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09/10/2019

Ce qui reste de soi.

Ce qui reste de soi quand on s’efface, qui te permet de rentrer dans l’oeuvre, en interprète. Que l’on ne retienne que cette pièce de moi ne me déplaira pas, car j’y aurai participé de tout mon être, de toutes mes forces. Celles du chemin que j’ai tracé. Diego pourra y déplacer sa tristesse, puisqu’elle la provoque : ça lui évitera la peine en écoutant mes disques, lui permettra même d’aller chercher la joie, qui préside à tout cela. Je ferme les yeux, le reste m’échappe, mais je pars confiant, parce qu’il sait tout de moi, déjà, et qu’il lui reste une vie pour savoir que c’est une force. On ne se refait pas, chez les Sánchez, taiseux de pères en fils. C’est dans les jardins du Palais Royal que mon âme va s’envoler, dans les couleurs des bougainvilliers, elle doit y aller seule, c’est comme ça. Diego, tu me tiens la main, tu ne comprends pas ce qui arrive, mais je fais mieux que mourir, je m’en vais. Solo quiero caminar.

Extrait de Paco, Editions Le Réalgar

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07/10/2019

Impatience.

J'aurais dû écrire l'histoire d'Aurelia en cinq volumes et demi de la taille de ma Girafe , cela m'aurait évité de trépigner dans l'attente des retours.

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06/10/2019

Tuer l'éphémère.

Le Salon du livre que je préside accueille parmi (beaucoup) d'autres un auteur que tout le monde aime, pour ses livres, pour sa sympathie et pour son parcours. Il est connu, brillant, engagé, mène des ateliers d'écriture en univers carcéral, promène sa bonhomie avec, qui plus est, cette pointe d'accent chantant (et qui n'en finit pas) qu'on affectionne tout naturellement, ici. Mais ça n'est pas pour parler de lui, ni même du festival - j'essaie de distinguer les univers - que j'écris cette note, ce soir. C'est parce qu'il aura vite oublié que je l'ai interviewé dans une librairie qui m'avait embauché il y a dix ans pour tenir le blogs et mener les rencontres. Et un peu plus que ça. C'est ce un peu plus qui a fait que tout s'est écroulé dès que le lien s'est fissuré. J'ai encore les pages de notes sur ma préparation de l'entretien, j'ai son livre de l'époque dans lequel une femme a entouré des lettres censées composer des mots et un message, d'amour. De tout ça il ne reste rien, sinon l'auteur, et moi, qui vais le saluer cordialement. Sans rien lui rappeler d'une époque que lui et moi - et moi pour une fois - avons laissé derrière nous.

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05/10/2019

Roupie de cent un sonnets.

Sans jamais prévenir, la nature renverse

Ce que l’on croit à soi, qu’on n’imagine pas

Prendre du cours des choses la direction inverse

L’aube le crépuscule et la vie le trépas

Quand le Ciel le décide, la pluie tombe à verse

Freine le pérégrin et embourbe ses pas

Maquille au carrefour la conscience adverse

Et laisse l’homme au sort qui jadis attaqua

 

L’inconnu sans chemin dont la douce hébétude

S’égare dans le champ de son incertitude

D’un temps entier voué aux choix qui accaparent

Le promeneur perdu dans les vicissitudes

Que procurent au passant la douce quiétude

D’un sentier de forêt que deux allées séparent

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04/10/2019

Retours d'Aurelia.

"Ce parallèle constant entre la créativité de l'homme - les avancées de l'ère industrielle, le talent de Nicolai et Anton, l'ambition des deux hommes à améliorer toujours les outils et les conditions de travail, sans véritable ambition personnelle - et sa férocité - tabassage, tueries, jalousie, désir de nuire, indifférence."

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03/10/2019

Gaële & les AKïens*.

Gaële Beaussier-Lombard fait partie de ces gens qu'on a toujours un immense plaisir à retrouver, et pas seulement pour son sourire irrésistible. Voilà quelqu'un que j'ai connu dans les jardins de la Casa Musicale, dans les couloirs de l'école Presqu'île, qui a créé son propre environnement professionnel en proposant des interventions par modules dans différentes grandes écoles sur ce qu'elle connaît le mieux, entre sa formation d'historienne et son métier de journaliste. Une vraie, à l'ancienne, une qui sait de quoi elle parle, qui promène son micro pour des interviews ciselées qui donnent l'impression à celui qui répond qu'elle connaît mieux le sujet que lui. Elle s'est, il y a longtemps, intéressée à mon travail, m'a accordé une longue interview sur les Pentes au cours de laquelle, à défaut de casser la baraque, j'ai cassé le siège instable qu'on m'avait offert. Elle m'a reçu en format cours pour Paco, je l'ai laissé respirer pour la Girafe mais je ne pouvais pas ne pas répondre à ses questions sur Aurelia et, plus globalement, sur les thèmes qu'elle a dégagés de sa lecture. Le résultat est ici, aujourd'hui, livré tel quel, dans ses 7mn et des poussières. Vous m'entendrez ainsi bafouiller, hésiter, me perdre et me retrouver. Une archive à venir comme une autre, qui dit l'attachement, aussi, que je garde à la ville de Lyon, un peu plus encore depuis samedi. La nouvelle radio pour laquelle Gaële travaille - son précédent employeur lui a demandé d'être davantage dans l'entertainment que dans la culture, il la cherche encore, je crois - s'appelle Lyondemain.fr : à la fin de chaque chronique, il est demandé à l'invité(e) de dire quelle est sa vision de la ville, à l'avenir. C'est sans doute ma meilleure réponse, mais c'est à la fin.

* Thanks to Valérie B.

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02/10/2019

Retours d'Aurelia.

jardin de papier.jpgChristian Chavassieux qui chronique "Aurelia", c'est sur le fil de son extrême bienveillance et des quelques travers qu'il lui trouve. Sur lesquels nous n'avons pas toujours été d'accord, qui plus est. Lui, certainement, aurait ajouté une année de plus à ce projet, serait allé chercher le roman tel qu'il le devinait, à l'intérieur; son travail, celui d'autres, aussi, dans les phases de découragement, m'ont permis de trouver le mien tel qu'il a été livré, puisque c'est le mot. Réjouissons-nous, il n'a pas eu - a priori - envie d'éclater Aurelia à grands coups de pelle comme il menaçait de le faire pour Clara (Ville). Ouf. 

Ce sont ses mots, ICI, sur kronix-de-chez-blog-d'en-face.

La photo est prise dans le Jardin de papier, la papeterie que vient d'ouvrir sa douce, à Roanne. Si vous n'êtes pas loin, passez-y : l'endroit donne envie.

 

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01/10/2019

Lost in the mists of time (2/2).

IMG_5368.jpgLe morceau que le groupe répétait à cet instant des balances, c’était The Eternal wave, il fallait y voir une allégorie, sans doute, mais le plus marquant fut d’abord la tenue des artistes, en mode détente, puis l’impression immédiate que rien n’avait changé, ni la mèche de Didier, les coupes de cheveux des filles, ni les lunettes de JJ. La casquette chinoise de Tito a disparu au profit d’un chapeau rond, le même qu’il porte pour jouer de la basse dans Nellie Olson. Basse qu’il a transmise à Jérôme, guitariste du groupe de la peste, appelé en renfort dans le AK2019 pour que le chanteur se concentre exclusivement sur l’interprétation. Jérôme, dont j’ai dit à quel point le projet global lui devait, pris d’un trac d’adolescent et d’un complexe de légitimité imbécile avant le concert, heureux comme un gosse après. J’aurai, samedi, entendu deux morceaux avant tous les autres, j’aurai été un peu seul dans une salle avec Aurelia Kreit sur scène. Quand ils ont fini de faire le son, je les rencontre tous, un par un, peut-être ceux qui ne me connaissaient pas ont-ils reconnu le jeune homme qui est encore en moi, je ne sais pas, mais je suis reçu avec joie, et curiosité. Je les laisse entrer dans leur bulle, je n’abuserai pas de mon pass pour aller dans les loges, je ne me collerai pas au premier rang non plus. J’envisage le côté, puis je me rabats vers le petit groupe de ceux qui sauront pourquoi, avoir vainement lutté, je pleure à chaudes larmes dès le pont musical de « Night by night », le deuxième morceau : je l’ai fait sampler pour « Trop Pas ! » dans une autre vie. Il y a celui avec qui j’allais les voir en concert, je sais qu’il vit la même chose que moi. Ils sont revenus comme si c’était naturel, Tito ne veut pas s’encombrer de trop de remerciements, il est métamorphosé, dans sa pantomime new-wave, entremêle les baguettes d’une batterie électronique à laquelle il est affecté, de temps à autre. Ça tourne du feu de Dieu, j’imagine qu’il en est pour se demander d’où sortent ces types aux morceaux extraordinaires et à l’expérience avérée, mais ça n’est pas pour eux que jouent les Kreit. C’est pour les fans massés à droite de la scène qu’on regarde, qui chantent, sautent et sortent des briquets numériques, seul concession au temps qui a passé. On a oublié que Tito, dès le début, a demandé l’indulgence, rappelé la longue absence. Raphaëlle est lunaire à l’arrière, ponctue ses chœurs de cris et d’onomatopées pop, JJ est son compagnon d’infortune dans un brouillard trop épais de fumigènes. Didier est stoïque, derrière sa Gretsch, la tête tournée, toujours, vers la droite, vers les solistes en voix et violon. Muriel a troqué sa salopette de balance pour une tenue très élégante, elle illumine la scène, rayonnante : elle qui a d’abord refusé de revenir, prétextant  n’avoir jamais été une rock star, dira à qui voudra l’entendre, après le concert, qu’elle en était devenue une, ce soir-là, et qu’elle ne lâcherait pas. C’est sans doute à ses filles qu’elle a envoyé des multitudes de baisers à la fin du « Cœur en croix » - reprise instrumentale comprise - ce morceau que tout le monde attendait et qui m’a littéralement achevé, pour tout un tas de raisons. Elle le sait, Muriel, qu’elles incarnent un temps qui n’est pas passé pour rien. L’après-concert ne sera qu’une succession d’embrassades, de verres partagés, de larmes qu’on essuie. Denis Simon me dit « Allez les Verts ! » à chaque fois qu’il me croise, c’est dire à quel point la faille est immense. Ils me le pardonneront, mais je n’aurai vu le concert des Noz que par bribes : ils ont suffisamment de suiveurs pour se permettre d’en perdre un, qui reviendra vite. J’ai entendu Opéra, Que la fête commence, d’autres, et surtout « Anassaï », qui incarne pour moi le premier concert que j’ai vu d’eux, au Vaisseau Public, en 87. Quand ils s’apprêtaient à faire mieux que les autres groupes de l’époque : un album sur compact-disc, inusable, irrayable, avec plus d’une heure de lecture. Bonheur de revoir Emmanuel Perrin, Moustaki électrique, Clapot à la basse et Tollon aux claviers, Aldo l'Inoxydable. J’aurai raté Mumu, le jeune pianiste, la pendaison finale, mais mon ami Saïd – 200 concerts latino par an, deux rock, le même soir, samedi – me demandera à la fin qui est ce showman extraordinaire et pourquoi il n’a pas fait carrière. Sans savoir qu’elle commence à peine : le Mur de Berlin vient juste de tomber, tous les espoirs sont permis.

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