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07/02/2026

Benjamin Biolay Corum Montpellier 6.02 - Nunca es suficiente

IMG_6262.JPGIl y a, dans l’idée de suivre les artistes qu’on aime, quelque chose de l’ordre de la permanence, c’est une évidence. Alors, mon 14econcert de Benjamin Biolay en 18 ans, hier, au Corum de Montpellier, n’était pas censé m’apporter grand-chose, avant que je le retrouve au Radiant – chez lui, empiriquement – à la fin du mois. D’autant que cette grande salle stalinienne n’incite pas toujours à l’optimisme, en amont. Mais ma découverte (à l’heure des réseaux et de l’immédiateté, il faut savoir résister) de ce Disque bleu et autres joués en acoustique a été pleine et étonnante : ainsi donc un chanteur se réinvente-t-il à chaque tournée, lui qui les enchaîne, ainsi, à une époque où la musique se fait virtuellement, un musicien peut-il s’entourer d’une bande de copains tous aussi talentueux les uns que les autres, recréer l’atmosphère ouatée de l’appartement de ses rêves dans lequel il était périlleux, selon lui, qu’il nous invitât tous. On voit arriver les musiciens par jeu d’ombre, derrière la fenêtre, prendre place – côté cour, la session rythmique Laurent Vernerey à la contrebasse, David Donatien à la batterie, Pierre Jaconelli à la guitare, côté jardin, en provenance de Cordoba, Martin Rodriguez et la petite perle Gladys Ledoux-Doukhan au violon et au piano. Et au centre, derrière un bureau chargé de papiers, de partitions et un clavier, ou devant, sur un fauteuil qu’il a réellement ramené de chez lui, à Sète, parce qu’il compose dessus et se rend compte que pour une chanson qui reste, il faut accepter qu’il y en ait dix qui n’aient aucun intérêt, annonce-t-il. Il est entré sur 15 octobre, les plus nostalgiques se diront que son 15 août et son 15 septembre ont déjà 17 ans, ça n’est forcément pas sérieux, cet âge-là. Le son est bon, le public n’attend que de s’enflammer, il a l’air content d’être là, peut-être la perspective de dormir chez lui, bien après. La complicité est complète, ça joue, le violon de Gladys est une bonne surprise, bien équilibré, capable de soutenir la comparaison avec un symphonique à lui tout seul. Il y a du Miss Miss, une Débandade introduite n’importe comment, ce qui fait son charme, un Adieu Paris après lequel il remercie le public d’accueillir comme ça les nouvelles chansons qui ne sont jamais que des nouvelles chansons, il y a  - l’ordre m’a échappé – cette chanson extraite de Négatif – pas une très bonne idée pour la com’, un titre pareil – Les lendemains qui chantent, que la très grande Françoise Hardy a reperée, à qui il pense tous les soirs : quand celle qui a chanté votre vie vous dit qu’elle aime une de vos chansons, c’est Yesterday que vous avez écrit ! Mais le premier tournant du concert, c’est le Penseur, pour lequel on repense à ce qu’il a dit au départ : il a dû en écrire, des m…., pour sortir un tel titre, intemporel, porté par l’harmonie des zicos, par un jeu de lumières (rouge) sublime ; le public ne s’y trompe pas, parce que c’est la première transe collective. Après le dernier morceau qu’il a sorti, BB va jouer le premier, qu’il a délibérément saboté à l’époque en incluant un sample, en plein milieu, de Marilyn chantant « The river of no return », ce qui lui a coûté cher en droits SACEM et ne lui a rien rapporté. Il n’est pas rancunier parce qu’il les chante depuis, à chaque tournée, ces Cerfs-volants à partir desquels, il y a 25 ans, je ne l’ai plus jamais quitté. Entre Lyonnais plein d’orgueil, on sait que le déjeuner au Parc, c’est à la Tête-d’or, mais ça n’a aucune importance, ce titre justifie à lui-seul d’être venu, sa reprise instrumentale aussi. Il a demandé au public d’éclairer la salle de la lumière des portables, ça peut paraître risqué, adolescent, mais ça fonctionne, ça permet aussi de voir une foule transportée. Il y a ce sublime Testament, absolument brassensien, qui témoigne de son génie d’écriture mais qu’il appréhende de jouer, à chaque fois, comme si le poids de ses textes le rattrapait, de temps à autre. Que dire, alors, de Ton héritage, qui surprend tout le monde parce qu’il le joue à la guitare ; quand il l’a fait en 2016, ça n’était pas une réussite, de son propre aveu. Là, pfouuh, dirait l’autre, c’est difficile de survivre à un tel morceau, toujours. Quand il se déplace, nonchalamment, du côté du piano, alors que David Donatien martèle une intro à la batterie, quand Gladys lance sa partition au violon, on comprend que la Superbe est de la partie et là, c’est le lien de l’aventure (quelle aventure!) qui se fait, depuis tout ce temps. Le reste, c’est une salle debout et déchainée, jusqu’à la fin, les Merci Merci Merci qui le caractérisent, le cœur frappé de la paume, les tielles qui l’attendent dans la loge, mais avant ça, entre autres, les Passantes, terminé au trombone, en mode Las Damas que pasan, comme dans Emilia Perez : sa double culture. Il y aura les joues roses et un Corum transporté en Mongolie inférieure, dirait Higelin, sur l’inévitable Comment est ta peine. On pense, un poil exsangue, que c’est fini mais tous reviennent sur le générique de fin, le Nunca es suficiente de Los Angeles Azules : tout le monde danse, eux les premiers, qui saluent sans fin et reprennent les instruments pour repiquer la chanson, que BB termine sur un ultime coup de trombone. Un chanteur dans une pareille formation ne peut que donner le meilleur de lui-même, et c’est un BB plus en phase avec ses textes – fini, l’IPAD – donc plus centré sur l’interprétation – quitte à se planter, et à reprendre - qui les sert mieux qu’il l’a jamais fait. C’était une grossière erreur de craindre l’acoustique, qui n’empêche pas le spectre de monter jusqu’à faire trembler le navire soviétique (Georges Frèche vous souhaite un joyeux pipi) du Corum. La première partie de cette tournée, comme le disque, s’appelle Visiteurs. J’en connais 3058 qui sont sortis ravis, hier, dont une petite dizaine qui attendaient dehors pendant que, privilège, je remettais son exemplaire des Figures Singulières au chanteur, dans la loge. Il fut question d’Éric Martin, d’Hubert Mounier, d’une macaronade à remettre et d’autres sujets, qui n’ont pas leur place ici. On n’a pas parlé de football, c’est tout ce que je peux dire.

Merci à Karine & Bruno.

10:46 | Lien permanent

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