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17/07/2026

Force Sud.

Capture d’écran 2026-07-17 à 07.29.48.jpgMoi je l’appelais Al Pacino pour son élégance et pour cette façon d’attirer le regard quand il arrivait quelque part. Il a sans doute été très beau, René, parce qu’il l’était resté, fin, toujours apprêté, le regard un peu moqueur, le sourire à l’avenant. Quand je suis rentré dans son agence immobilière, il y a 11 ans, je voulais, comme tout bon Parisien, amortir mon temps au maximum, visiter le plus de lieux possible ; je suis rentré dans le bureau remonté comme une pile, il m’a dit Oh, assieds-toi, va boire un coup, on est à Sète, ici, et j’ai compris : en une phrase, il m’avait adoubé, sans même qu’on fasse affaire ensuite ou plutôt si, parce qu’il représentait celui qui m’a vendu l’appartement dans lequel je suis, juste au-dessus, ou presque, du Force-Sud de René, cette agence qui ouvrait quand il avait fini de prendre son café chez Boule, ou son repas. Chez Boule, et dans tous les bars de Sète, il avait sa bouteille de Cristal – on n’en servait pas aux autres, de peur qu’il en manquât – ce Pastis sans alcool qu’il consommait depuis que d’alcool, il ne buvait plus pour en avoir sans doute trop bu. Il en reste encore chez moi puisque j’avais acheté la bouteille pour lui… René, l’ancien de l’Arago, grand et fin comme un lévrier, à l’accent à couper au couteau qui me demandait des efforts surhumains qu’il n’a jamais vus ; René, l’homme de mon quotidien, ici, quand je rentrais dans sa boutique – qui sentait un peu trop le cigare… - pour galéger, ou quand lui rentrait chez Franck, le coiffeur d’à-côté, pendant que je me faisais couper les cheveux et que d’un coup, la Pagnolade démarrait ! Ça l’avait marqué, je peux le dire maintenant, de me voir revenir affaibli de l’hôpital il y a trois ans, rassuré de me voir reprendre le dessus… Je l’ai vu s’enferrer dans la maladie et la mort de ses parents, souffrir sans rien dire puis prendre une décision radicale, une fois les racines arrachées : quitter sa ville, partir en Espagne, pas loin de sa sœur, à proximité d’un terrain de golf, sa passion. Sans regrets, que de toute manière il n’aurait jamais formulés. C’est lui, René, qui m’a accueilli ici, c’est la première figure que j’ai rencontrée. Qui m’a envoyé direct chez Tino Di Martino, puisque j’étais dans les bouquins. C’est de mon balcon qu’il a entendu une serveuse inconséquente lui demander s’il avait bien payé son café, ce qu’il n’a pas apprécié, c’est un euphémisme. C’est avec lui que je suis allé voir Martine Bousquet chanter Barbara, dont il n’avait absolument rien à faire mais ils étaient en négociations (avec Martine, Barbara, c’était déjà trop tard)… C’est à lui que j’ai fait chanter (sic) un extrait de ton Égide pour les 55 ans de quelqu’un qui m’est cher… Il y a peu, sans prévenir, il est revenu voir ce qui lui restait de famille, c’était un ravissement de le retrouver pour un moment, comme si rien n’avait changé. J’apprends au matin qu’il n’est plus là et ça m’attriste. Il ne saura pas que je l’ai fait rentrer, discrètement, dans un des décasyllabes de mon Cimetière marin, dans un de ces clubs des frites dont il aura été le premier à me parler. J’aurais aimé en faire une des Figures Singulières, mais l’homme était secret et n’aurait pas aimé l’exercice : j’ai respecté. J’ai un vieux porte-manteau brinquebalant dans une chambre, ici, qu’il a absolument voulu me donner, quand il a vidé son lieu : je crois bien qu’il tiendra jusqu’à ce que je m’en aille à mon tour. Merci pour tout, René.

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09/07/2026

I wanna live like common people.

IMG_6882.jpegUne vie de concerts, c’est un continuum qui fait que, le mois dernier, je suis allé voir un artiste 40 ans après l’avoir vu pour la première fois. J’ai vu des chanteurs (ou des groupes) des dizaines de fois, me suis lassé de peu, finalement, j’en ai laissé partir, j’en ai oublié d’autres. Et quand on fait le bilan de cette métaphysique musicale, il reste peu de regrets. Le plus fort, peut-être, l’anomalie dans le parcours, s’est réglé de lui-même, hier, après bien des épreuves, des heures d’attente dans une gare surchauffée, un retard si conséquent que la question de l’abandon s’est posée. Mais parfois, le rendez-vous surmonte l’épuisement et je suis finalement arrivé au théâtre antique de Fourvière 20 mn après que Jarvis Cocker et son Pulp sont rentrés sur scène, devant un amphithéâtre plein à craquer, dont l’accès à la fosse, côté cour, était paradoxalement assez aisé : la vie en concert est tout de suite plus simple quand vous faites 1,85m. Il était donc là, devant moi, ce que je n’espérais plus et deux époques se sont télescopées, mon obsession depuis qu’Aurelia Kreit s’est reformé pour la sortie du roman du même nom. Là encore, ce sont trente années qui parlaient d’elles-mêmes, les fêtes et le Common People entonné à tue-tête, comme un rituel. Jarvis est comme il a toujours été, élégant, dégingandé, expressif à souhait dans ses mimiques, ses hoquets, son allure de Woody Allen à cheveux filasses dans le corps de Jacques Higelin, ses vestes de costumes si…anglaises, ses chemises colorées ; le light-show est impressionnant pour un concert en plein air, le spectacle est rodé, à 63 ans, si le plaisir de jouer n’est pas là, eh bien on ne joue pas et là, ça joue, vraiment, pleinement, en deux parties entrecoupées d’une mi-temps de 15 minutes annoncées. Jarvis, juché sur un caisson en bord de scène, est à quelques mètres de moi et moi je repense à tout ce qui s’est passé depuis que sa musique m’accompagne, depuis ce Disco 2000 que j’aurai donc raté, mais tant pis : il n’y a rien de mieux que la certitude d’être là où on doit être et j’y suis ; arrivé de loin et revenu d’encore plus. C’est comme une case cochée et il le sait, Jarvis, qui veut jouer le plus de chansons possibles avant 23h55 et qui introduit la dernière avec volupté parce qu’il sait qu’elle va soulever le théâtre, que des gens – dont moi – vont perdre leur voix en hurlant qu’ils rêvent de vivre comme des personnes normales alors même qu’ils ne le sont pas. Il profite même du break vocal pour présenter les musiciens, les historiques, les nouveaux, c’est fascinant de voir un homme autant intégrer son propre univers et tout donner le temps de la représentation. Quitte à ce que les images de lui qui défilent en arrière-plan soient celles du passé, le sien, le nôtre. Des belles années, un peu folles, et le sentiment, depuis hier, qu’on ne les a pas tout à fait perdues.

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23/06/2026

Comme dans une chanson d'Hostettler.

J’ai suffisamment fait le lien entre mon ami Éric Hostettler et Stephan Eicher, pas plus tard qu’en dessous pour ne pas réagir, au bout d’une semaine, à cette vidéo captée lors d’un concert dans une chapelle, dans les conditions idéales pour un guitare-voix, la vraie façon de savoir si une chanson est bonne. J’ai entendu tout et son contraire, en près de vingt ans, sur Éric, sa voix, ses références musicales, les arrangements etc. Je me suis épuisé, un temps, à le défendre bec et ongles, à dire que sur Trop Pas, par exemple, il fallait le suivre, le rythme démentiel de l’écriture, et composer 13 chansons variées, dans des genres différents, j’ai cessé, de guerre lasse. Mais nous, nous n’avons jamais arrêté, même quand des éléments nous ont éloignés : c’est lui, que je venais de rencontrer, qui a accueilli NADA en studio, c’est à lui que j’ai confié deux premières chansons, refusées par son groupe, qui l’ont poussé à faire son premier album studio, l’Eclaircie, que clôture Au-dessus des eaux & des plaines. C’est à sa table qu’est né Quantifier l’amour ou Ton Egide, c’est lui que j’ai ramené vers son pote de fac (et sa nièce Clara) pour que Coup du sort finisse une année Littérature & Musique de toute beauté. C’est lui qui chante sur le square, en piano-voix, pour que l’Abandon, son dernier EP, semble jamais se terminer…  Elles sont toutes là, entre autres, sur ce concert acoustique et à vrai dire ça fait un drôle d’effet, d’entendre ces morceaux s’aligner : évidemment, il en manque certains, il y a ceux, aussi, qu’on n’a pas écrits parce que c’est la règle du jeu, ; il y a la chanson de Springsteen, la Haine des absents et même un inédit, les Brumes du passé, au titre inspiré par Leonardo Padura.  J’aurais aimé qu’il termine par l’Ecole buissonnière, que d’autres chantent pour lui, mais si on va pas là, il eût fallu qu’il chantât Faire l’hélicoptère ou l’Embuscade, la chanson de Tébessa : les chanteurs que j’aime font ce qu’ils veulent, il n’y a aucune raison qu’Hostet’ échappe à la règle.

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29/05/2026

Que sont-ils tous donc devenus?

C’est assez dingue, quand on passe sa vie à écrire, qu’un autre trouve les mots pour vous, en 3’40 qui plus est, sur des sujets aussi parlants que l’amitié, l’amour qu’on porte à des gens, qu’on croit éternel, justement parce qu’il est délesté des lourdeurs de l’autre (amour). Et là, cet homme-là - que je connais depuis sa Fossette, que j’ai vu sur scène à ses débuts (avec Miossec et Philippe Katerine pour 50 francs !), qui a traversé ma vie entre son Courage des oiseaux, son Gros Boris, son Twenty-two, son Eleor, écouté chez Franck Gervaise, la première fois – balance son narratif pour dire le difficile chemin de ces liens qui se sont défaits, sans explication, le plus souvent, parce qu’on se convainc, de part et d’autre, du côté rédhibitoire de l’autre – un nom, ça se raye -pour ne pas se poser la question de soi. Un homme qui dit le temps qui passe sans revoir ceux dont on n’aurait jamais imaginé qu’ils n’existent plus tout en continuant à être, quelque part. « J’attendais tôt ou tard que l’un de vous survienne », dit-il, pour ne pas avouer qu’à force d’attendre sans rien faire, eh bien, rien ne se passe. C’est un sujet qui m’a toujours parlé, sans que j’en dise rien : lui le chante, et très bien.

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21/05/2026

Dans la voiture-balai.

Tour-de-France-2022.jpgAujourd’hui sort Tour de France, l’album live de la dernière tournée de Jean-Louis Murat, enregistré en 2022. La dernière, oui, parce que personne ne savait que le 25 mai de l’année d’après, le jour (ou la veille, ou le lendemain) de la sortie d’un Best-of dont il n’a jamais vraiment voulu, Jean-Louis s’est écroulé, chez lui, à Orcival, victime d’un arrêt cardiaque (toujours aimé la tautologie médicale, moi) après de fortes douleurs à la jambe. Cette tournée, j’en ai fait deux dates, une à Bourgoin, une à Montpellier, avec mon amie Christine, que j’ai convaincue de venir le voir, elle qui avait décidé qu’elle ne le ferait plus, après une mauvaise expérience de plus. Elle n’a pas regretté, tant l’homme semblait délesté des tourments qui l’ont souvent habité. Une tournée intimiste, avec le compère historique Denis Clavaizolle, son fils à la batterie histoire de montrer que ça faisait déjà trente ans (ou presque) qu’on allait voir le Bougnat sur scène, Fred comme s’il n’était jamais parti, si ses concerts avec Johnny (l’autre) n’avaient été qu’une grande farce inventée par Jean-Louis… Une tournée fondée sur ses derniers albums, comme toujours, avec la part belle faite à la vraie vie de John Buck, Baby love et Taormina, dont il ne joua que deux titres mais dont tout le monde se souvient parce que le morceau éponyme sera le dernier qu’il aura joué sur scène. Juste après le sublime Arc-en-ciel joué en piano-voix, à la Dolores, une chanson qu’il a adaptée de l’Arcobelano d’Adriano Celentano, la délestant de son côté pop pour en tirer une ballade testamentaire, prémonitoire, Je suis devenu un coucher de soleil Je parle comme les feuilles d'avril, Je vis enfin dans chaque voix sincère  Avec les oiseaux je vis le chant subtil, comme s’il s’était seulement évaporé, loin de tout vacarme, et principalement celui qui a précédé la parution du livre de son fils aîné Yann, à qui d’aucuns reprochaient de ne pas avoir été suffisamment proche de son père pour en parler aussi longuement, qui a précédé la sortie dudit Tour de France, à qui les autres reprochaient de ne pas avoir été consultés. Je dis ça de loi, sans aucun enjeu, tellement je m’en fous : j’ai lu le livre, que je n’ai pas trouvé bon, parce qu’il ne suffit pas d’aligner les anecdotes privées pour atteindre ce que le bandeau promettait, dire à un père tout ce qu’on n’a pas pu lui dire de son vivant; j’ai commandé le disque, même si je serai sans doute déçu de son contenu parce qu’il ne contient pas le fameux Arc-en-ciel, qu’il est conçu sur la base de plusieurs enregistrements, comme tous les live officiels, alors que, filou et, qui sait, méfiant de la suite, j’ai enregistré moi-même, portable dans la poche de la veste, le concert de Bourgoin, dans son intégralité. Un pirate, à l’ancienne, avec un son plutôt bon, une très bonne performance. Tout ceci, je l’ai déjà raconté dans un Monde sans Murat, ce livre que beaucoup me demandent mais que l’éditeur semble ne plus vouloir vendre : même là-dessus, j’ai arrêté de me battre. Je m’amuse même que ceux qu’ils l’ont m’en ont dit le plus grand-bien, qu’une source très proche de Jean-Louis le présente même comme le meilleur bouquin sorti sur son père. Les thuriféraires auront fait le service minimum, mais je n’attendais rien d’eux et je n’ai pas été déçu. J’ai cru un temps que moi-aussi, j’irais faire un tour aux Vinzelles, avec Franck Gervaise, comme annoncé depuis bien avant la sortie du livre mais là non plus, rien ne s’est passé. Et rien de grave : je mène ma barque de création comme lui le faisait, loin de tout ça. J’ai failli mourir avant lui et, toujours là, je me dois à ma ligne directrice, à Aurelia, qui prend tout le temps que ma nouvelle vie me laisse. J’ai une pensée pour lui, aujourd’hui, parce qu’il vaut mieux fêter une création, même in abstentia, qu’un anniversaire de décès. Pour moi, Jean-Louis, c’est comme Barbara avant lui : il m’a convaincu qu’il fallait le laisser partir – je ne me le suis jamais approprié, pas une seconde – pour mieux revenir. En écoutant ses disques : ça tombe bien, il y en a un qui sort aujourd’hui.

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photo de Florence Couté.

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05/04/2026

Balade & Conte d'été.

Voilà, le premier morceau de Phébus est joliment mis en images; c'est l'occasion de se rappeler que Conte d'été, ce film qui a sans doute changé ma vie, a désormais l'âge de mon enfant, que la rue des Chats-bossus, que je n'ai fréquentée qu'une fois il y a bien longtemps, m'a l'air bien jolie, mais loin de là où l'existence m'a mené. Des images se superposent, anachroniques - qui écrit de longues lettres, désormais? - boisées, dans le manche de la contrebasse. Ça n'a, comme le EP qui va sortir, le 18 mars, pas d'autre ambition qu'esthétique, mais ça ressemble à son compositeur-interprète, plein d'élégance et de culture musicale. Ça compte, et ça pique un peu les yeux, mais dans le bon sens du terme.

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26/02/2026

INCONDITIONAL*

Capture d’écran 2026-02-26 à 00.17.55.pngIl faudrait toujours aller voir les artistes qu’on aime deux fois au moins sur une même tournée, des derniers rangs du Corum, récemment - avec vue imprenable sur la salle et l’ambiance, sur la scénographie, également – au tout premier rang, au centre, du Radiant, hier, pour Benjamin Biolay. Que je n’aurais jamais vu de si près si je n’étais pas entré dans les loges, la dernière fois, pour lui offrir un Figures Singulières. Deux Lyonnais exilés à Sète, ça ne doit pas courir les rues, ni les salles de concert, pas plus que les Argentins, visiblement, puisqu’il est de coutume, dit Biolay, dans cette tournée, de demander s’il y a des Argentins dans la salle, histoire que Martin Rodriguez, son (autre) guitariste se sente moins seul. À Lyon, lâche l’inénarrable supporter de l’OL, il y a donc Nicolas Tagliafico et lui, Martin, mais Martin n’a pas l’air de connaître Nicolas. Peu importe, ça ouvre le sujet des transitions entre les chansons, souvent un supplice pour les chanteurs, que Biolay a résolu hier en parlant le moins possible, quitte à décevoir ses fans énamourées persuadées que c’était ici – avec elles, faut-il en déduire – que la session acoustique du disque bleu atteindrait son paroxysme. Il faut les voir, ces casques d’or bien défraichies, montrer de leur morgue parce qu’elles l’ont vu ici et ailleurs, rassurer les copines derrière qu’elles le verront bien, parce qu’il va venir là, et là, puis après se plaindre d’une visibilité moindre parce que les enceintes de retour sont massives et que la scène est haute. Ce sont les mêmes qui crient Benjamiiiiin alors que la crème des musiciens est sous leurs yeux, les mêmes qui le filment pour dire qu’elles l’ont vu plutôt que de le regarder. Une vraie plaie, en concert, de plus en plus. Finalement, voir le concert du fond de la salle permet d’éviter ces sangsues, dont je me demande bien ce qu’elles peuvent écouter et comprendre, en quoi le Penseur, par exemple, peut leur correspondre une seconde dans ce qu’elle a, comme chanson, de contemplatif et de métaphysique. Misogynie à part, dirait l’autre – mais il faut bien reconnaitre que son public est féminin, blanc, quinqua ou plus – il y a quelque chose de pathétique dans cette façon de réceptionner le travail d’un artiste, et heureusement que mon amie Florence, à mes côtés, n’est pas du genre réceptive à ces approches, je le dis par principe, pas par jalousie. L’avantage d’être tout devant, ça a été pour moi de constater les traces de coups - donc de vie  - sur la contrebasse de Laurent Vernerey, d’étudier chacune des quatre guitares du génial Pierre Jaconelli – jusqu’à ce que je croie même qu’il repère mon insistance ! – les percussions éclectiques de David Donatien. Le set est le même, mais puisqu’on est à Lyon, il faut qu’il joue Lyon Presqu’île, bon morceau, mais signe, hier, de la foire au boudin et des midinettes hors d’âge qui viennent s’encanailler sur la minuscule fosse séparant mon siège de la scène et hurler des Benjamiiin à n’en plus finir, mettre des voix nasillardes sur de belles mélodies et frapper dans leurs mains à contretemps. Il fait le job, Benjamin, et le fait bien, avec son tshirt Denis Rodman, en final, mais à l’écouter chanter son Testament et les Passantes, on voit bien venir ce malentendu d’un compositeur et parolier unique – les cerfs-volants me feront toujours venir partout, Ton héritage est universel et sa version guitare une vraie bonne surprise, la Superbe est magnifiée à elle seule par Gladys Ledoux-Doukhan – pris au piège du vedettariat. On pourrait lui souhaiter de vite devenir vieux et moche, mais on se reprend : ça n’est pas si grave.

*rare aussi de revenir, presque principalement, pour ne rater aucune miette du finale, le sublimissime Nunca es suficiente des Los Angeles Azules!

 

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14/02/2026

La première séance.

IMG_6297.JPGPour avoir, depuis vingt-trois ans, fait des portraits - rédigés, longs, distanciés – de mes proches et de tous ceux qui ont, peu ou prou, marqué ma vie, pour le faire de Figures Sétoises depuis trois ans et 73 personnes au compteur, il est évident que le C’est à vous (instant d’artistes) de mon ami et talentueux Gérard Grenier allait m’intriguer, d’autant plus qu’il m’avait intégré dans les 40 créateurs (39 et lui, à la place de la chaise vide) à qui il a donné 2’30 (en moyenne) pour dire tout ce qui leur passait par la tête. Drôle d’idée que de résumer un monde d’égo à une limite de temps flagrante, mais c’était la seule solution pour éviter la longueur et la répétition – induite de fait par l’énumération, les artistes défilant, par ordre d’arrivée, les uns après les autres, sans lien induit, sinon la coïncidence. Ça n’est pas à moi, pas plus qu’au public hier, de définir qui l’a emporté sur qui, puisque ça n’était pas la question, mais à la réflexion, des catégories se sont imposées d’elles-mêmes, ceux qui sont venus faire une performance (de lecture, de récitation, de jeu théâtral) et ont donc préparé leur session en amont, ceux qui ont laissé faire le temps pour voir ce qu’il en sortirait, dont la maladresse, parfois, prend des atours certains, ceux qui savent ce qu’est un face caméra mais savent aussi en éviter les pièges du narcissisme – des écrivains qui parlent d’autres auteurs, par exemple – ceux qui ne le savent pas et tombent dedans à pieds joints, pour 2’30 d’auto-célébration ou d’évocation d’un sujet qui tombe à plat. On a vu des vieux de la vieille emporter un auditoire en récitant un sketch de 30 ans d’âge et un minot de moins de 30 ans parler de ses influences musicales comme un vendeur de la FNAC, ceux d’avant, qu’il n’a pas connus. Des artistes parler de leur art, certains bien, d’autres en mettant en avant une espèce de morgue ou de prix quelconques qui ne convainquent qu’eux-mêmes. Pas étonnant qu’une femme de ménage devenue peintre l’emporte à l’applaudimètre ; rien de surprenant non plus à ce que l’un sourie trop – quitte à ce qu’on ne le prenne pas au sérieux, dira-t-il – quand l’autre a l'air à peu près aussi agréable d’abord qu’un Jean-Pierre Bacri au sommet (c’est moi). Il s’en fout, Gérard, le montage est bon, la musique, quoiqu’artificielle, fonctionne, son film bénéficie d’une chute superbe, sans doute parce que personne ne parle. C’est forcément un peu long, 1h25 d’enchainement, mais l’exercice est réussi, chacun y trouvant son compte, finalement. Comme en littérature, je lui aurais bien imposé, moi, de tout diviser par deux – à commencer par le nombre de convives – mais je sais trop que c’est le portraitiste qu’on juge, dans ce qu’il fait de l’exercice, plus que les portraiturés, qui ont fait ce qu’ils ont pu. C’est quand ils en ont trop fait que, pour moi, ça ne passe pas. Mais c’est une question de point de vue. Île singulière, face caméra, coupez !

PS : Allez, je me mouille : mes deux préférés, Reka – déjà croqué dans les Figures Singulières – dont on pense qu’il ne fera que dessiner pendant la première moitié et qui s’avoue, dès qu’il parle, d’une humanité folle ; et Zarouati, dont le travail m’était opaque jusqu’à ce qu’il dévoile ses dessins sur des notices pharmaceutiques, ces textes que personne ne lit.

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