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14/02/2026

La première séance.

IMG_6297.JPGPour avoir, depuis vingt-trois ans, fait des portraits- rédigés, longs, distanciés – de mes proches et de tous ceux qui ont, peu ou prou, marqué ma vie, pour le faire de Figures Sétoises depuis trois ans et 73 personnes au compteur, il est évident que le C’est à vous (instant d’artistes) de mon ami et talentueux Gérard Grenier allait m’intriguer, d’autant plus qu’il m’avait intégré dans les 40 créateurs (39 et lui, à la place de la chaise vide) à qui il a donné 2’30 (en moyenne) pour dire tout ce qui leur passait par la tête. Drôle d’idée que de résumer un monde d’égo à une limite de temps flagrante, mais c’était la seule solution pour éviter la longueur et la répétition – induite de fait par l’énumération, les artistes défilant, par ordre d’arrivée, les uns après les autres, sans lien induit, sinon la coïncidence. Ça n’est pas à moi, pas plus qu’au public hier, de définir qui l’a emporté sur qui, puisque ça n’était pas la question, mais à la réflexion, des catégories se sont imposées d’elles-mêmes, ceux qui sont venus faire une performance (de lecture, de récitation, de jeu théâtral) et ont donc préparé leur session en amont, ceux qui ont laissé faire le temps pour voir ce qu’il en sortirait, dont la maladresse, parfois, prend des atours certains, ceux qui savent ce qu’est un face caméra mais savent aussi en éviter les pièges du narcissisme – des écrivains qui parlent d’autres auteurs, par exemple – ceux qui ne le savent pas et tombent dedans à pieds joints, pour 2’30 d’auto-célébration ou d’évocation d’un sujet qui tombe à plat. On a vu des vieux de la vieille emporter un auditoire en récitant un sketch de 30 ans d’âge et un minot de moins de 30 ans parler de ses influences musicales comme un vendeur de la FNC, ceux d’avant, qu’il n’a pas connus. Des artistes parler de leur art, certains bien, d’autres en mettant en avant une espèce de morgue ou de prix quelconques qui ne convainquent qu’eux-mêmes. Pas étonnant qu’une femme de ménage devenue peintre l’emporte à l’applaudimètre ; rien de surprenant non plus à ce que l’un sourie trop – quitte à ce qu’on ne le prenne pas au sérieux, dira-t-il – quand l’autre est à peu près aussi agréable d’abord qu’un Jean-Pierre Bacri au sommet (c’est moi). Il s’en fout, Gérard, le montage est bon, la musique, quoiqu’artificielle, fonctionne, son film bénéficie d’une chute superbe, sans doute parce que personne ne parle. C’est forcément un peu long, 1h25 d’enchainement, mais l’exercice est réussi, chacun y trouvant son compte, finalement. Comme en littérature, je lui aurais bien imposé, moi, de tout diviser par deux – à commencer par le nombre de convives – mais je sais trop que c’est le portraitiste qu’on juge, dans ce qu’il fait de l’exercice, plus que les portraiturés, qui ont fait ce qu’ils ont pu. C’est quand ils en ont trop fait que, pour moi, ça ne passe pas. Mais c’est une question de point de vue. Île singulière, face caméra, coupez !

PS : Allez, je me mouille : mes deux préférés, Reka – déjà croqué dans les Figures Singulières – dont on pense qu’il ne fera que dessiner pendant la première moitié et qui s’avoue, dès qu’il parle, d’une humanité folle ; et Zarouani, dont le travail m’était opaque jusqu’à ce qu’il dévoile ses dessins sur des notices pharmaceutiques, ces textes que personne ne lit.

22:57 Publié dans Blog | Lien permanent

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