26/02/2026
INCONDITIONAL*
Il faudrait toujours aller voir les artistes qu’on aime deux fois au moins sur une même tournée, des derniers rangs du Corum, récemment - avec vue imprenable sur la salle et l’ambiance, sur la scénographie, également – au tout premier rang, au centre, du Radiant, hier, pour Benjamin Biolay. Que je n’aurais jamais vu de si près si je n’étais pas entré dans les loges, la dernière fois, pour lui offrir un Figures Singulières. Deux Lyonnais exilés à Sète, ça ne doit pas courir les rues, ni les salles de concert, pas plus que les Argentins, visiblement, puisqu’il est de coutume, dit Biolay, dans cette tournée, s’il y a des Argentins dans la salle, histoire que Martin Rodriguez, son (autre) guitariste se sente moins seul. À Lyon, lâche l’inénarrable supporter de l’OL, il y a donc Nicolas Tagliafico et lui, Martin, mais Martin n’a pas l’air de connaître Nicolas. Peu importe, ça ouvre le sujet des transitions entre les chansons, souvent un supplice pour les chanteurs, que Biolay a résolu hier en parlant le moins possible, quitte à décevoir ses fans énamourées persuadées que c’était ici – avec elles, faut-il en déduire – que la session acoustique du disque bleu atteindrait son paroxysme. Il faut les voir, ces casques d’or bien défraichies, montrer de leur morgue parce qu’elles l’ont vu ici et ailleurs, rassurer les copines derrière qu’elles le verront bien, parce qu’il va venir là, et là, puis après se plaindre d’une visibilité moindre parce que les enceintes de retour sont massives et que la scène est haute. Ce sont les mêmes qui crient Benjamiiiiin alors que la crème des musiciens est sous leurs yeux, les mêmes qui le filment pour dire qu’elles l’ont vu plutôt que de le regarder. Une vraie plaie, en concert, de plus en plus. Finalement, voir le concert du fond de la salle permet d’éviter ces sangsues, dont je me demande bien ce qu’elles peuvent écouter et comprendre, en quoi le Penseur, par exemple, peut leur correspondre une seconde dans ce qu’elle a, comme chanson, de contemplatif et de métaphysique. Misogynie à part, dirait l’autre – mais il faut bien reconnaitre que son public est féminin, blanc, quinqua ou plus – il y a quelque chose de pathétique dans cette façon de réceptionner le travail d’un artiste, et heureusement que mon amie Florence, à mes côtés, n’est pas du genre réceptive à ces approches, je le dis par principe, pas par jalousie. L’avantage d’être tout devant, ça a été pour moi de constater les traces de coups sur la contrebasse de Laurent Vernerey, d’étudier chacune des quatre guitares du génial Pierre Jaconelli – jusqu’à ce que je croie même qu’il repère mon insistance ! – les percussions éclectiques de David Donatien. Le set est le même, mais puisqu’on est à Lyon, il faut qu’il joue Lyon Presqu’île, bon morceau, mais signe, hier, de la foire au boudin et des midinettes hors d’âge qui viennent s’encanailler sur la minuscule fosse séparant mon siège de la scène et hurler des Benjamiiin à n’en plus finir, mettre des voix nasillardes sur de belles mélodies et frapper dans leurs mains à contretemps. Il fait le job, Benjamin, et le fait bien, avec son tshirt Denis Rodman, en final, mais à l’écouter chanter son Testament et les Passantes, on voit bien venir ce malentendu d’un compositeur et parolier unique – les cerfs-volants me feront toujours venir partout, Ton héritage est universel et sa version guitare une vraie bonne surprise, la Superbe est magnifiée à elle seule par Gladys Ledoux-Doukhan – pris au piège du vedettariat. On pourrait lui souhaiter de vite devenir vieux et moche, mais on se reprend : ça n’est pas si grave.
*rare aussi de revenir, presque principalement, pour ne rater aucune miette du finale, le sublimissime Nunca es suficiente des Los Angeles Azules!
00:21 Publié dans Blog | Lien permanent






















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