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16/09/2018

Retours de Girafe (MAJ).

GLSEV.jpgJe ne suis dupe de rien: tant que le livre n'aura pas - par son titre, par les dessins de Franck? - interpellé un ou plusieurs libraires digne de ce nom (à savoir pas seulement obnubilé par les 600 romans de la "rentrée" littéraire), ça restera du succès d'estime, mais après tout, mes deux premiers romans ont construit leur existence là-dessus et se portent (toujours) très bien. Alors, les premiers retours sur ma "Girafe", s'ils sont ceux de personnes qui me connaissent essentiellement, plus d'autres qui ont poussé la curiosité, sont plutôt bons, voire très élogieux. Et je les prends comme tels, sachant que ces gens-là, me connaissant donc, savent que je ne suis pas sensible à la flatterie. Quelques mots:

« Juste un petit message pour te dire que ta girafe m'a beaucoup touchée. Je suis admirative de la finesse de ton écriture et j'espère pouvoir te le dire de vive voix un jour ou l'autre. »
"Clara ne peut que me plaire. Par son indépendance dejà - même si comme beaucoup d'entre nous, elle y renoncera un temps pour tenter de construire quelque chose - mais aussi par sa personnalité, complexe, sensible, anguleuse, et déterminée."
«Girafe lymphatique, j'ai les larmes aux yeux. Je l'ai lu d un trait, impossible à lâcher !"
"Je me suis régalée à le lire ! Quel magnifique portrait...qui m'a ramené à certains moments de ma propre existence..."
"Je ne veux pas m'avancer avant de l'avoir terminé, mais il me semble que c'est ce que tu as fait de plus beau. »
« Et ce portrait "resserré" tout en pudeur, une justesse. Elle est touchante cette Girafe que je connaissais déjà (...) Je te félicite quoi qu'il en soit, c'est une très grande réussite. »
« Que voilà un petit bijou de délicatesse et de subtilité ! Bravo Laurent. Une réussite absolue »

"Laurent Cachard est un merveilleux portraitiste. Sa langue s'emporte parfois dans un tourbillon de lyrisme et chante sans cesse une mélodie à l'oreille du lecteur.."

"Cette façon de toujours citer l’héroïne par son prénom et son nom de famille… En le lisant, je t’entendais le dire à haute voix, de façon monocorde, et j’imaginais en fond une note persistante, comme un bourdon de chant grégorien. (...)
On dirait que tu prends plaisir à faire en sorte que l’on ne s’attache pas à tes personnages. Que l’on ne s’attache à rien.
Tout ceci est mené de main de maître bien sûr, beau et brillant, comme d’hab… mais effrayant aussi par sa froideur.
En refermant le livre, je me suis mis à rêver d’un second volume : la même histoire en négatif, avec les masques qui tombent et une absence totale de pudeur."

« Je n'aurai qu'un mot : magnifique. (...) Je n'arrive même pas, pour le moment, à trouver le coup de griffe pour équilibrer cet excès d'enthousiasme... Mais je vais chercher. »

"J'ai attrapé ta Girafe. C'est finalement elle qui m'a happée et me fait une nouvelle belle raison de ne pas dormir. Je regrette de ne pas t'avoir dit avant combien j'aime ton écriture, avec cette impression inquiétante que tu lis dans mes pensées, et ce plaisir jouissif de constater la supériorité de l'écrivain qui a toujours des longueurs d'avance, plutot une demi-douzaine de brasses d'avance!"

"Le titre intrigue, comme la jeune femme à laquelle ce roman nous lie, en un peu moins de cent pages, dans un double portrait (celui du peintre, celui de l’écrivain), à la fois sensible et vacillant, car celle qui fut abandonnée par son père à l’âge de six ans, ne se laisse pas approcher facilement. Nous l’accompagnons pourtant, dans chacun des lieux où elle tente de s’ancrer et d’aimer, sans sacrifier sa liberté de mouvement, chacun des hommes de sa vie. Car l’intérêt de ce roman tient précisément à la façon dont l’écrivain se joue de cette difficulté annoncée par le peintre : accepter de se tenir à distance pour saisir les nuances, accepter les images brouillées, les reflets contradictoires, d’une femme qui n’aime rien tant que disparaître... L’auteur nous accorde (dans tous les sens du terme) ces instants du quotidien, légers ou douloureux, qu’elle traverse avec une sorte de grâce désordonnée, observée avec une infinie patience. De même, la figure du père retrouvé est saisie dans sa vérité déployée, c’est à dire complexe, sans explication rassurante, sans réponse définitive. Au temps de l’épilogue, nous n’avons pas très envie de quitter Clara Ville, ses paysages et sa famille, toujours recomposés, et nous nous surprenons à lui imaginer mille chemins possibles : lequel choisira-t-elle ?"

et le lien qui va avec.

 

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15/09/2018

Réponse à un forcené*.

jean-pierre-leaud-masculin-feminin.pngLa dernière fois que j’ai vu Christian Chavassieux s’emporter, c’était contre Jean-Pierre Léaud, dont il dénonçait, de mémoire, l’absolue vacuité du jeu et la supercherie liée au mythe d’Antoine Doinel. Et le voilà, bigre, cet homme doux et placide, qui massacre ma Clara (Ville) à grands coups de pelle dans une chronique enflammée, qui dit autant l’amour qu’il porte à mon travail – depuis que nous nous sommes connus en sélection, comme deux footballeurs moyens – que la déception qu’a entraînée chez lui la lecture de ma « Girafe lymphatique ». J’ai suffisamment prévenu, dans ces colonnes, que je ne supportais pas les retours d’ascenseur que se font poliment les auteurs installés par voie de presse ou de blogs particuliers pour ne pas l’autoriser, en amont, à publier sa chronique, lui qui a eu l’élégance de m’en demander l’autorisation. Et je dois dire, lecture après lecture, que j’y vois davantage de marques d’amitié que de sujets de - réelle – discorde. Je serais même, parfois, en accord avec lui et, ici et là, on m’a aussi soufflé que cette Clara était parfois bien agaçante. Pour autant, puisqu’il m’en donne l’occasion, voire sollicite une réponse, qui éclaircirait ce qu’il appelle gentiment « être passé à côté », le démiurge que je suis, sans passer par l’exercice fastidieux du contre-argument, aimerait préciser quelques éléments.

L’écriture de « Girafe lymphatique » - un exercice à part dans ma bibliographie – s’est faite, dans un effet de mise en abyme avec le « roman » (grosse nouvelle ? Je ne sais pas. L’éditeur a tranché et, après tout, « Tébessa », ce roman que jamais personne n’a contesté, ne fait qu’une grosse vingtaine de pages en plus), « à main levée », ce qui n’est jamais tout à fait vrai si l’on compte les dix mois de travail que l’édition a nécessités. Et qui n’engage en rien l’argument imbécile d’Oronte selon lequel le temps consacré à l’ouvrage est en lien avec sa qualité. Aucune urgence n’a présidé à la Girafe lymphatique, sinon celle de l’écrire. D’incarner un personnage dont je venais de faire le portrait. Pour l’anecdote, et pour me défouler sur un autre auteur, un ami venait de me conseiller la lecture d’un ouvrage – « Clara Stern », d’Eric Laurrent, Minuit, 2005) que j’ai tellement détesté dans sa préciosité que j’ai décidé, dans l’instant, de me consacrer à l’écriture de ce roman « sec et économe » proposé par ce même ami, après qu’il a lu le portrait de Clara Ville. Dont je me demande s’il n’eût pas fallu le mettre en fin d’ouvrage, vu que, chez Christian comme chez d’autres, on ne perçoit pas suffisamment qu’elle est ce qu’elle est devenue à la fin de l’histoire. Dans une conscience éprouvée, après l’épilogue, quelques années après qu’elle a retrouvé son père. Ce que je veux avancer, sans avoir à me justifier ni me défendre, c’est que l’histoire de cette femme m’a offert un sujet d’écriture tel que je n’aurais jamais imaginé qu’on pût m’en offrir. Le moyen d’écrire la vie d’une femme, son portrait, tel quel, sans intervenir et surtout sans que cette p… d’autofiction prenne le dessus sur le récit. J’ai dit mille fois que la distance – dans l’énonciation – avec laquelle j’aborde le personnage, le fait que je l’appelle systématiquement par ses noms et prénoms comme si je voulais m’en éloigner était une référence au Henri-Pierre Roché de « Jules & Jim », mais elle m’a servi, cette distance, pour raconter une histoire, puisque c’est le but de la littérature. Je comprends qu’on puisse préférer les interludes entre portraitistes, puisqu’elle est là même abolie et que le peintre tend parfois, déjà, à lui régler son compte, à cette Clara. Indolente et indocile, agaçante dans ses atermoiements. Christian aura donc eu la même réaction viscérale que la directrice de thèse, dans le roman ! Et la voilà qualifiée, de facto, de rohmérienne, ramenant à la surface de l’ami Chavassieux le souvenir à peine assimilé, depuis 2011, du Paul Herfray de mon « Poignet d’Alain Larrouquis », déjà éreinté à l’époque (le personnage, pas le roman). Rohmérienne, Clara l’est moins que Margot dans le PAL. S’il y a quelque chose du Maestro dans la Girafe, c’est sur le fatum, son acceptation (ou pas), sur les accidents, les mutations qui construisent une existence. Celui du père, celui de sa fille, les deux liés puisque déterminés par l’acte initial, l’abandon. C’est plus que l’identité, qui, pour le philosophe que je suis, ne se dessine qu’à partir de la perception de ce qui l’entrave. A partir de là, il était évident pour moi que j’allais travailler sur les ellipses, parce qu’un roman naturaliste sur trente ans de l’absence ne correspondait en rien au cahier des charges. Exeunt, de fait (et c’est pratique) les charges que s’impose, je le sais, le terrien et besogneux (au sens noble) Chavassieux, dans chacun de ses ouvrages : un contexte trop poussé, une atmosphère trop décrite – elle l’est tout de même un peu, en végétation, en habitats, en technique d’insémination, même ! – m’aurait sorti de mon ouvrage, que je voulais tel quel. Sans rien dévoiler, je sais aussi que celui qui me châtie aujourd’hui m’a considérablement aidé dans ce qui sortira demain, cet ouvrage que j’ai, du coup, sorti de son hors-sol de l’imaginaire pour l’ancrer dans les lieux, les places, les cultures et l’histoire. Mais ce n’est pas la visée de la Girafe, et je trouve que la juger là-dessus relève d’un drôle de transfert : Chavassieux le dit lui-même, c’est Aurélia qu’il attend, pas cette chiffe molle de Clara (dans mon entourage, on l’a déjà traité de connasse). Et puis quoi, encore ? Ah, oui, ce « Clair de lune », une œuvre bien mal choisie, me dit-on, tant elle ne pourrait pas combler ce si long manque, comme revendiqué. Deux de mes amies, musiciennes, ont eu cette réaction, également : un pianiste aussi exigeant ne saurait se contenter, toute une vie, d’une œuvre aussi simpliste. C’était juste avant que, sous l’effet de la lecture, elles la reprennent, et changent un peu d’avis. Coller les Variations Golberg et en faire un élément du récit, j’y ai pensé, mais je ne l’ai pas fait. Je voulais une œuvre dont la portée romantique (la vraie, avec l’amour, la mort, le temps et l’élément naturel indissociés) se transfère dans l’interprétation. Comme s’il la redécouvrait à chaque fois et qu’elle le suprenait. Ce que le père dit à Clara sur les singes savants de la musique me semble suffisant, comme explication : Glenn Gould, d’ailleurs, pour moi, me semble relever de cette catégorie-là, mais je ne vais pas soulever une polémique supplémentaire… Et pour le reste, mon pianiste de la Réunion a Bach. On se souvient, avec Cioran : “Sans Bach, Dieu serait un type de troisième ordre.”

Rohmérienne, alors, cette Girafe ? Honnêtement, je ne crois pas, du coup. En tout cas surtout pas en lien avec le Rayon Vert, ce film que j’ai tellement détesté à 17 ans que je suis par la suite allé voir tous les films de Rohmer par curiosité, puis par amour, jusqu’à l’apothéose, pour moi, des « Contes des quatre saisons ». Avec un dénouement, dans le « Conte d’hiver », que ne renierait pas le final de ma Girafe, c’est vrai, tiens.

J’ai la drôle d’impression – le luxe des auteurs - depuis que le livre est sorti, que Clara est enfin tranquille. Dans sa vie comme dans l’épilogue. Elle ne connaît plus les déceptions, les changements de cap, d’îles, elle n’a plus à se soucier de quoi demain sera fait. Elle occupe une place, dans mon cœur (pardon pour le cliché) aussi large que celle qu’a prise Emilie, de ma partie de cache-cache, ou celle que se prépare, depuis dix ans, la petite Aurélia, qu’il me tarde de présenter au monde. Je vais vous faire un aveu : Chavassieux la connaît, Aurélia, et bien. Mieux que quiconque, et peut-être mieux que moi. Il sait aussi à quel point elle m’a poussé dans mon travail et dans mes retranchements, à quel point je l’ai ancrée, encore et encore, dans son époque et les lieux qu’elle traverse. Mais si Clara est une île – Ouessant n’est qu’un trompe l’œil – elle aura hébergé l’écrivain Cachard le temps d’un joli naufrage, d’une révolution poétique. De quoi chercher à la défendre, au moins un peu, à regretter qu’une personne – même une seule – ne l’ait pas comprise. J’ai proposé à Christian de mettre l’ouvrage dans les rayons du bas de leur – à lui et sa douce – immense bibliothèque, il n’ira pas jusque là, m’a-t-il dit. Je lui fais juste la promesse d’un prochain envoi, dans les mois qui vont suivre. Qui sait, d’ici là, Clara aura fait un bout de chemin, encore, dans sa mémoire et ses élans. Qu’il se sera trouvé un peu brutal, d’où cette réponse à un forcené (*l’expression est de lui). Un autre de mes amis chers m’a écrit que ma Girafe lui avait parue aussi clinique et glaciale que les couloirs d’hôpitaux et de morgue que la disparition récente de son Papa l’avait obligé à fréquenter. Jusqu’à me dire quelques jours après que l’effet de ce livre était troublant et durable, chez lui. On ne décide jamais de la réaction de ses lecteurs, et heureusement. Il est déjà bien heureux d’avoir des lecteurs, encore.

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14/09/2018

Pan sur la Girafe!

4363092_7_da38_la-depouille-du-girafon-euthanasie-au-zoo-de_cf53968e276fbca2505e59584f3bd692.jpgChristian Chavassieux, que tout le monde ici sait de mes amis et, qui plus est, un écrivain absolument remarquable, n'a pas, mais pas du tout aimé la "Girafe lymphatique" et il le dit ici. J'y trouve autant de marques d'estime que d'énervement, mais je vous laisse le plaisir de la lecture : c'est un billet délicieux dans sa démesure, et aussi dans sa justesse. Comme cet homme est élégant, il m'a soumis son papier avant de le publier, et m'a proposé d'y répondre, ce que je ferai demain, ici même.

 

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09/09/2018

Chronique camélopardine.

Jocelyne Fonlupt-Kilic est écrivain et fut journaliste, notamment à Radio-Libertaire, ce qui n'est pas fait pour me déplaire. Elle est l'auteure, aux Editions Wartberg, de la collection "Nous les enfants de (...)" (ajoutez l'année qui vous conviendra) et de "Grandir à Lyon dans les années 60 & 70", ce qui nous aura empêché, au moins, de nous marcher sur les pieds. Son dernier ouvrage, "Montpellier, hier/aujourd'hui", comprend les photographies de Jeanne Davy, qui m'a immortalisé mercredi. Après m'avoir interrogé mercredi au Bar à Lire, Jocelyne vient de publier, sur les réseaux sociaux, un article sur ma Girafe que je ne peux pas ne pas publier ici, tout en invitant les lecteurs qui me restent à venir à la Balançoire, le vendredi 21. Parce qu'il va s'y passer des choses qui me dépassent déjà.

Invit Balançoire.jpg"Girafe lymphatique" est le portrait distancié de Clara Ville, une femme qui retrouve son père trente après que ce dernier a quitté le domicile familial, elle avait alors six ans. La construction en abyme du roman en fait une œuvre originale : outre le narrateur qui dresse le portrait discursif du personnage, un second narrateur intervient qui, lui, en brosse le portrait pictural, et qui n’hésite pas à tacler son alter ego lorsque ce dernier laisse son sujet lui échapper.
En plus d’observer la vie de Clara Ville « dans la banlieue calme » d’une grande ville, le narrateur scrute parallèlement celle du père installé sur une île. On obtient ainsi des volets consacrés à la vie, chaotique, de la jeune femme et d’autres à celle du père qui s’obstine à produire au piano une interprétation parfaite du Clair de lune de Debussy. Le tout étant entrecoupé des réflexions sur la difficulté à peindre le sujet de la part du narrateur artiste-peintre.
Roman « sec et économe » sur la mémoire, sur l’absence et sur l’amour, la Girafe est aussi un livre sur le piano. Rien de bien surprenant de la part d’un auteur, Laurent Cachard, que l’on sait mélomane et qui affirme « J’aime tellement la musique que j’ai refusé d’en faire. » Il s’était déjà attaqué avec talent à la guitare dans Paco.
Girafe lymphatique est un roman court (82 pages) – la marque de fabrique de Laurent Cachard, qui toutefois, pour déstabiliser la chroniqueuse sans doute, annonce “en terminer avec un roman russe de 600 pages”. Court donc et heureusement car c’est un ouvrage à ne commencer que lorsqu’on dispose de deux heures au moins devant soi. « L’orgueilleuse et la jeune fille perdue de l’enfance » happe le lecteur dans un tourbillon où les personnages dits secondaires ne le sont pas tant que ça.
Franck Gervaise – qui n’est pas responsable des propos sur l’art du livre – a illustré de belle façon ce roman.
Laurent Cachard est l’auteur de plus d’une quinzaine d’ouvrages dont Tébessa 1956, son premier roman paru en 2008 et qui continue d’obtenir un grand succès, mais aussi La Partie de cache-cache, prix du 2e roman à Grignan en 2012, des nouvelles dont Paco en 2015 sur Paco de Lucia...


Girafe lymphatique, Laurent Cachard, éd. Le Réalgar, 2018.

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06/09/2018

Girafe aphonique.

moibal.jpgOn vit heureux, au Bar à lire, on lit heureux, au Bar à vivre. L’endroit est chaleureux, personnel, Stéphane et Sarah en ont fait un authentique lieu de rendez-vous, à Sète. Et de rencontres, musicales, littéraires, n’importe quoi tant que ça propose du talent à en revendre sans se prendre trop au sérieux. C’est ici – puisque les libraires de la ville sont trop occupés par la fréquentation des auteurs importants – que j’ai choisi de présenter ma Girafe, hier, sur la place, une trentaine de curieux attablés devant une bière ou la citronnade locale, délicieuse. Une Girafe passée au crible de Jocelyne (Fonlupt), qui fut journaliste, à qui j’ai demandé de mener l’entretien parce que je savais qu’elle ne donnerait pas dans l’enthousiasme démesuré : pas le genre de la maison. Manque de bol, c’est elle qui m’écrit quelques jours avant qu’elle a trouvé ce roman magnifique et qu’elle n’arrive même pas à trouver le coup de griffe qui contrecarre la caresse. « Mais je vais trouver », ajoute-t-elle, et je lui ai fait confiance. A raison parce que l’entretien était mené de main de maître et qu’il est toujours agréable d’être confrontée à une bonne lectrice, qui donne envie aux spectateurs d’en savoir plus sur l’histoire. Celle de cette Clara Ville dont j’ai parlé pour la première fois en public, répondant aux nombreuses attentes : d’où vient-elle ? Pourquoi cette distance, assumée, avec le personnage ? J’ai aussi tenté de répondre à la fonction des adjuvants, leur dimension tragique. On m’a accusé – gentiment – de ne pas aimer les hommes au vu du portrait que j’en fait dans le roman, d’avoir joué d’un double maléfique avec la directrice de thèse, bienveillant avec le jumeau du père. J’ai lu des extraits sur le Clair de lune que j’ai redécouverts, des leçons d’intention musicale qui m’ont fait sourire quand, dans l’assemblée, certains auront relevé d’eux-mêmes le lapsus de Jocelyne, m’annonçant musicien quand sur sa fiche était écrit mélomane. Le psychanalyste aura relevé l’imposture, mais c’est aussi le droit de l’écrivain que d’être faussaire. En m’adressant à l’assemblée, jouant un peu des bruits des scooters et surveillant du coin de l’œil mon balcon juste en face, je retrouve des ambiances que j’ai connues et qu’il me tarde de retrouver, ou pas. A cinquante ans, je ressens plus le besoin d’être dans l’œuvre que dans sa promotion. Jocelyne parle de mes autres écrits, j’entendrai, à la fin de la rencontre, parler de « Paco » dans mon dos, en des termes plus qu’élogieux. Je vois des visages amis, d’autres concernés, les trois quarts d’heure de l’entretien font la bonne formule. J’essaie d’être juste et pas trop didactique, je parle des portraits de mémoire, de Franck Gervaise, de Tébessa, de « Jules & Jim » et, à un moment, des choix que l’on fait, la conscience de leur contraire. Et de Kierkeggard. Là, je me demande ce qui m’a pris et, puisque personne ne se risque aux questions, dans le public, je me rattrape, saisit un « Trois-Huit » et lit à voix haute, sur la place, la première scène du dialogue de Pôle-Emploi. Rires francs, par vagues, dans le public. L’écrivain devient amuseur, témoin, et c’est un privilège, de la justesse du propos et de la tonalité. Finit épuisé, par contre. C’est la moindre des choses.

Rendez-vous le 21 à la Balançoire. De beaux moments partagés (avec Franck, avec Samantha Barendson à la question) et Jean-Christophe Géminard à la chansonnette. 

Photo: V.N

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01/09/2018

Comme sur une Balançoire.

Pour les Lyonnais qui sont restés mes amis et mes lecteurs, je présenterai ma "Girafe lymphatique" dans cet endroit charmant dont la patronne, Mareva, aime à faire correspondre les belles choses et les bons crus. Je serai, pour l'occasion, interrogé par Samantha Barendson, en compagnie de Franck Gervaise, l'illustrateur du roman. Jean-Christophe Géminard ouvrira une nouvelle ère musicale en interprétant trois de mes chansons. Un beau moment en perspective. Venez nombreux et invitez vos ami(e)s!

balançoire.jpg

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25/08/2018

Boule & Barthes.

Bastien Rémy.jpgC’est terrible de savoir qu’un écrivain s’est déjà emparé du sujet, mais de voir arriver Bastien Rémy - sur la place du Pouffre, celle de la mairie de Sète, en pleine Saint-Louis - fut une expérience humaine et littéraire incroyable hier. Il faut dire que cet homme-là, que vous et moi ne connaissions pas il y a quelques heures, est un des sosies officiels de Claude François, ceux dont « Podium » nous a appris qu’ils détestaient les « Sardou » et qu’ils prenaient Brassens pour une moustache qui fait rimer couille avec nouille (citation apocryphe). Bastien Rémy est donc arrivé vers la fin des balances –grosse production, huit musiciens, deux choristes – suivi, à distance respectable, des quatre Clodettes officielles, il s’est passé quelque chose de l’ordre de la faille spatio-temporelle, et pas seulement parce que la bande-son diffusait le jingle du journal de TF1 du 11 mars 1978 et l’annonce de sa mort. Un événement dont tout le monde se souvient, à condition qu’il l’ait vécu (tautologie), c’est un peu comme la semaine du jeudi de repos, hein ! Bastien Rémy, petit homme frêle, porte sur lui une forme de morgue liée au succès et à l’intemporalité d’un autre que lui, qu’il représente sur scène tous les soirs ou presque. Incarner le désincarné, voilà un drôle de dessein, comme si la responsabilité d’une centaine de tubes, ces chansons que tout le monde connaît lui incombait. Le principe d’un spectacle pareil, c’est de remonter le temps, de créer l’illusion d’une époque dorée. Sur la place, que des badauds investissent dès les répétitions, l’après-midi, les vacanciers ont la même allure que dans les années 70, n’ont sans doute pas conscience que les temps ont changé : eux-mêmes n’ont sans doute jamais écouté Bob Dylan, ne se seraient jamais douté qu'il pût finir Prix Nobel de littérature. Un spectacle de Clo-Clo en 2018, c’est a-temporel et fascinant : il faut surmonter le pathétique de la situation et la prendre comme un exutoire. Hurler, chanter, se convaincre qu’il n’est pas mort, en plus qu’il n’a jamais été le sale type qu’il était. Se remémorer, avec les exégètes, son parcours, son arrivée d’Egypte, sa place de percussionniste. On se rappelle qu’à l’époque, la France supportait Saint-Etienne, qu’il y avait des téléphones à fil dans les DS des ministres, on pourrait citer les « Mythologies » de Barthes, mais la fête est PO-PU-LAIRE, on vous dit, comme la chanson du même nom. Grimé, maquillé, la perruque laquée au dernier stade, Bastien Rémy s’est métamorphosé et le spectacle bat son plein. Outre la performance scénique et musicale, on sent l’homme tenter de poindre au moins un minimum, dans de minuscules insères à destination du public, dans des anecdotes qu’il raconte en forçant sur la nasalité (« Tout l’moooonde !!! Je veux vous entennnnnndre ! »), comme s’il les avait vraiment vécues. Comme si Tina (Turner), Franck (Sinatra) ou Céline (Dion) étaient les collègues de boulot de Bastien Rémy. C’est son travail, sa vie, une allégorie de ce pourrait être l’éternité, à force de reproduction. Quand Granier chante Brassens, son grand oncle, à Sète, il y a autant de ferveur mais celle-ci est doublée d’une forme de recueillement, d’admiration pour la qualité d’un texte – la base d’une bonne chanson – pas d’abandon et de lâcher-prise, nécessaires pour entonner les magnoliiiiiiiiias for eveeeeeeuuuuuur avec son voisin de concert. L’avantage de la St Louis, c’est que le zinc de chez Boule vous prépare à ce type d’épreuve. Plus complexe qu’il n’y paraît : il ne faudrait pas paraître snob à bouder des plaisirs simples comme ceux-ci. Il y avait forcément des Sardou planqués sur la place à pester contre le succès d’un tel concert, quarante ans après la poussée d’Archimède confondue avec les théories de Benjamin Franklin. Pas un Polnareff, par contre, à ma connaissance. Un Brassens, régional de l’étape, pas plus convaincu aujourd’hui qu’il ne l’était la veille, je crois. Mais des Clodettes, dans le public, qui ont tout chanté de A à Z et reproduit des chorégraphies à paillettes qu’elles n’avaient plus sorties depuis… Depuis ? La question n’a aucune espèce d’importance : j’ai cru croiser Roger Gicquel à la sortie du concert, il avait l’air ravi. La France n’a plus peur.

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24/08/2018

Un cinq à Sète.

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