25/01/2026
L'appeau des FS*.
De mémoire d’écrivain, je ne me souviens pas avoir signé autant de livres qu’hier, au Bar du Plateau, pour la présentation du 3e volume des Figures Singulières, ces livres de portraits qui me déterminent de plus en plus en tant qu’auteur – même si Aurelia Kreit me définit comme romancier. Un monde fou – 70, 80 personnes – dans ce petit bar si symbolique de l’esprit de quartier et de l’identité d’une ville. Il a pourtant fallu lutter contre une météo déplorable, et ici, ça incite toujours le Sétois à rester chez lui ; contre un calendrier défavorable puisque le maire inaugurait son local de campagne juste en bas de chez moi, écran géant et petits-fours à l’appui : lui aura eu 400 personnes, paraît-il, dont quelques-uns qui avaient tout intérêt à paraître chez lui, pas chez moi. Peu importe, moi qui craignais qu’on fût 10, j’ai vu l’endroit se remplir et saturer un poil quand Yves (Izard) a commencé l’interview, un genre qu’il connaît bien et qu’il prépare toujours consciencieusement. Avec l’avantage d’une amitié sans concession, quelques questions un peu pièges, gentiment, sur Biolay – histoire d’évacuer – sur le seul passage un peu complexe d’un des portraits, portant sur la disjonction entre soi et soi-même quant au refus du temps, la coalescence entre ce qui n’est plus, ce qui est et ce qui sera, pas révélateur de mon mode d’écriture mais qui, dans le contexte, reprend la volonté – simple – de faire une tielle pour retrouver le goût de son enfance. Je traite des sujets qui me sont chers, retrouve – et personne ne le sait – le mode d’oralité en public qui me manque depuis que je n’enseigne plus, j’explique ma façon de choisir les portraiturés, pas forcément pour eux mais pour le pan qu’ils représentent, chacun, dans la ville. Personne ne sait non plus que si je me suis lancé dans l’exercice, c’est parce que Nizan a soldé Bourg-en-Bresse dans Présentation d’une ville et que je m’étais un jour juré de me lancer dans la démarche sociologique et historique. C’est une contre-histoire et une contre-sociologie que cette somme-là, que je vais continuer, sans doute jusqu’à l’acte V, comme dans les vraies tragédies. Je m’amuse toujours un peu de mon côté autoritaire, sans y toucher, parce que l’assemblée est intéressée, ça se voit dans les regards, mais n’ose pas participer. Je suis heureux de voir des jeunes que j’ai croqués, dont un que j’ai eu en classe, venu avec ses parents, qui me disent à quel point j’ai dû marquer les élèves. D’une façon ou d’une autre, oui… J’ai des gens chers avec moi qui sont venus de Lyon, ils me laisseront bosser – dédicaces et discussions privées – pendant qu’ils prendront l’apéro, la fonction du Plateau et l’objectif réel de la démarche, la convivialité. Je suis toujours ravi que le bar soit rempli, ça change de quelques rencontres que j’ai vues là-bas qui n’ont pas attiré leur public. Sans doute parce que l’auteur en place avait une trop forte envie de parler de lui, alors que le portrait, même si l’on retrouve (forcément) de l’écrivain qui le fait, c’est d’abord une belle façon de parler de l’autre. Des autres. Ceux qui font sens et somme. Je suis heureux parce que je ne serai pas maire de Sète, mais parce que mes FS laisseront une trace. Et pas seulement par le calembour*, achilletalonesque.
photo: Karine Hermet
Dessin : Christine Puech.
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10/01/2026
Présentation d'une ville (vol.3)
Pour connaître un Sétois, vous pouvez tenter de l’aborder, en espérant que ce jour-là soit le bon...
ou vous en remettre à Laurent Cachard. Pour ce 3e tome de ses Figures Singulières, LC remet l’ouvrage sur le métier, une entreprise désormais reconnaissable entre toutes, malgré les ersatz qu’elle suscite, poursuivant son patient travail de plume- sismographe : aller à hauteur de Sétoises et de Sétois, tendre l’oreille, recueillir la parole, la ciseler serrée sans la lisser, comme on prend le pouls d’un port — sans folklore inutile, sans révérence excessive. Un dosage attentif qui a fait ses preuves jusque-là : deux cuillères de miel pour une cuillère de fiel (léger). LC ne cherche ni l’hagiographie ni l’anecdote. Ce sont des trajectoires plus que des destins, des équilibres précaires entre enracinement et fuite. Le portrait devient un miroir oblique, où l’auteur et son modèle se reflètent, dans une alterbiographie assumée.
Souffrez que certaines confessions ou indiscrétions seraient restées enfouies sans l’art de ce Canut, loin des canulars ambiants. Quand pour d’autres portraiturés, on attend toujours, dans la Venise langue de peille, le mousseur qui réduirait le débit de leur conversation, comme il le fait pour l’eau du robinet.
La lecture avance ainsi comme une déambulation dans L’Expo FS ! de la médiathèque cet été : on reconnaît une voix, un visage, parfois le sien. On comprend surtout que ces Figures ne figent rien. Elles circulent, respirent, s’échappent. Et lorsque se referme ce FS3, il reste moins une galerie de portraits qu’un sentiment persistant assaisonné par LC du meilleur sel : à Sète, les histoires ne demandent pas à être admirées, seulement à être racontées, avant de retourner se mêler au vent et au brouhaha des halles.
Les Figures Singulières, vol.3, sortie le 24.01.2026 à 11h au Bar du Plateau
et disponibles sur le site de l'éditeur : https://www.audasud.fr/figures-singulieres-tome-3
Jean-Renaud Cuaz
11:01 Publié dans Blog | Lien permanent





















