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19/12/2025

Cultures lives, 18.12.2025

IMG_6065.jpegC’est un très bel écrin, le théâtre de la petite rue dans la petite rue de la Viabert, à Villeurbanne, qui vous accueille sous l’égide du buste de Monsieur de Molière et réservé à Cultures lives, le podcast créé par Gaële Baussier-Lombard, qui nous invitait, Stéphane Pétrier et moi, pour évoquer Jean-Louis Murat et le Voyage de Noz, ci-devants mes deux derniers sujets d’écriture. La petite scène pour l’enregistrement est dressée dans la première salle, il y a un bar, des fauteuils Empire et une ambiance ouatée, c’est accueillant en soi et ça l’est encore plus quand Guillaume Lebourgeois mène l’entretien avec la maestria de ceux qui ont lu les livres. Il parle d’entrée d’un exercice très littéraire, de l’apport d’un artisan à un autre, voit des analogies flatteuses (pour moi) dans nos parcours conjoints, à Jean-Louis et moi. Il a repéré des récurrences du mot atrabilaire, dans les notes - forcément répétitives - puisqu’on est chez Molière, je ravive le sous-titre du Misanthrope, le titre de mon premier recueil de notes de blog, aussi - l’hippocampe atrabilaire - quand je pensais dur comme fer que l’écriture d’un diariste n’était pas faite pour être éditée. Ce que je pense toujours, sauf si, dans le même livre, on propose également autre chose, comme c’est le cas pour Un monde sans Murat. Guillaume souligne l’audace de l’entretien post-mortem mais préfère s’attarder sur le pan strictement littéraire des nouvelles, parle des Endimanchées comme d’un exercice proustien, ça tombe bien, Murat s’est revendiqué proustien à vie, c’est l’objet de la dernière note de la somme. Je fais le lien avec les récents 40 ans des Noz, quand on était en droit d’observer ce beau monde en se demandant s’il avait vieilli ou s’il jouait à avoir vieilli. Stéphane, lui, annonce avoir détesté Murat à l’origine - trop beau, trop ténébreux - puis être petit à petit entré dans son univers jusqu’à être happé. C’est le premier moment-privilège de l’émission, quand, accompagné de Jérôme à la guitare et de Nathalie aux chœurs, il chante Petite Luge, qu’il a enregistré pour le projet Aura aime Murat, avec un immense talent. Placer le moine babillard, le théologicien de nos culs ignorants, ça n’est pas si aisé mais le silence qui saisit la dizaine de personnes présentes est éloquent. Wah! Il s’est vraiment passé quelque chose et j’ai eu 2´30 d’une absolue conscience de la chance qui était la mienne, hier. On s’y remet, il est question de la construction de ces deux ouvrages, du rapport à l’écriture, aux thèmes des nouvelles, qui allient connaissance du sujet muratien et distanciation. Je rappelle qu’en dehors des deux-trois moments fugaces que j’ai vécus avec lui, je n’ai jamais cherché à en savoir plus que ce qu’il donnait sur scène; que j’ai (déjà) mis vingt ans avant d’aborder Stéphane Pétrier. Guillaume rappelle que UMSM est tout sauf un livre de fan, c’est bien. On a déplacé un piano pour que Steph joue Près du vide, ce qu’il fait en deux temps, sans doute insatisfait mais là encore, pour moi, l’instant est magique, avec ce vers qu’il me faut souligner juste après : et se dire, sans frémir, que si tu me blesses, c’est peut-être de l’amour à l’envers. Molière regimbe un peu, parce que l’alexandrin est bancal mais Pétrier jubile parce qu’il ne le cherchait pas. Une interview, c’est court, et j’aurais pu rester des heures, et serais bien intervenu sur les séquences d’après, quand il y a eu lecture d’Henri Barbusse, qui mit sans un mot les impétrants entendus juste avant à leur place, sous les applaudissements. Il fut question, après l’entretien, d’amis d’enfance - et d’un étrange auto-suicide - d’autres de très longue date, d’un couscous délicieux et même d’un verre de Suze. D’un parcours de curiosité et de vie qui nous lie, Gaële et moi, depuis 15 ans. Ce sont des personnes comme ça qui font vraiment vivre la culture, qui prennent des risques parce que c’est tellement plus beau lorsque c’est inutile. Comme Anthony et son équipe, que je retrouve ce soir, avant de redescendre sur mes terres. Fatigué mais ravi.

photo: GBL

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15/12/2025

Coup sur coup.

L'information passera inaperçue, sans doute, mais peu importe : il faut continuer d'y croire, même seul, jusqu'à la fin. Et puis, quelle esthétique, au final! Une (nouvelle) émission de radio en présence d'un des artistes que j'admire le plus, pour parler d'un autre que nous avons connu tous les deux, qui nous a même fait nous rencontrer, c'est jeudi, à 18h, à Villeurbanne, et c'est public. Le lendemain, je retrouverai JC pour notre récit-récital, dont j'ai l'outrecuidance de dire qu'il tient la route. Tout est dit. 

Une 3e rencontre était prévue à Saint-Étienne et je me faisais une joie. J'y retournerai en temps utile, mieux paré.

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11/12/2025

Nous nous sommes tant aimés.

images.jpgOn ne sait pas encore s’ils se sont immédiatement projetés sur les 50 ans (de scène), mais on ne se remet pas facilement d’un tel Everest émotionnel quand sur deux soirs, opposés et complémentaires, six-cents personnes vous font passer l’idée forte que vous n’avez pas fait ça pour rien. Toute une vie validée par acclamation, ça a de l’allure, même s’il faut retrouver le réel. Accepter que ce ne soit que ça, cette intensité poussée au paroxysme, aussitôt envolée quand les lumières s’éteignent. C’est sans doute pour ça qu’après le concert, on trouve autant de personnes qui restent à distance que d’autres qui cherchent à vous happer, les premiers n’ayant pas envie, qui sait, de vous voir régurgité en simple mortel. Deux heures plus tôt, c’est par un vieux titre qu’ils ont ouvert le bal, Nous nous sommes tant aimés, un des nombreux emprunts cinéphiliques de la soirée – entre Attache-moi, Pierrot le Fou ou Mauvais sang, entre autres. Dans le film d’Ettore Scola, Gianni, Nicola et Antonio se heurtent aux lendemains qui ne chantent plusaprès avoir connu les fulgurances de la Résistance, fabriquent, entre contingences et idéaux, une histoire de l’Italie sur trente ans, jusqu’aux 70’s. Ces années pendant lesquelles le petit Pétrier se construisait des histoires mentales, dans sa chambre, inventant des disques – pochettes comprises – sans savoir poser une note de musique. Là, ils sont beaucoup plus nombreux, sur la scène du Radiant, mais la question est la même, d’autant que les temps se sont abolis d’eux-mêmes, les partants n’ayant jamais été aussi présents que ces dernières années, avec l’idée sous-jacente qu’ils pourraient ne plus jamais repartir. Parce qu’il y a dans la durée la notion permanente de recommencement, l’idée d’un projet qui comprend sa propre genèse : sans doute dans les premières notes de Lady Winter était-il déjà contenu, mais sans perception de sa forme. Quand ils jouent sur la scène du Radiant, Pétrier, Perrin (X2) & Co. retrouvent des sensations qu’ils ont déjà connues – j’ai vécu la scène avant - enrichies par l'expérience et la réflexion d'une vie entière. Ils ne diront pas s’ils ont trouvé vieillies, dans la pénombre de la salle, les personnes qui les suivent depuis longtemps, ce serait 1) reconnaître qu’ils n’ont pas échappé au temps non plus 2) briser le cours de la réminiscence qui fait création, donne le matériau d’écriture et de composition. Puisqu’il n’y a pas de linéarité, il s’agit de la créer et quelque part, dans un multivers, tous ceux qui ne sont plus là – Jean, Sandra « Fleur de Métal », Éric et les autres, mais finalement pas tant que ça : en 40 ans, on aurait pu compter plus de pertes, à commencer par moi - auront eu leur concert parallèle, fait de tous ces titres qui n’ont pas été choisis*, d’une connivence que nous ne comprendrions pas, de toute manière. Quand on relie les deux pans d’une longue époque, on prend un double risque, celui de ne pas être fidèle à ce que l’on était (la théorie du salaud), celui de trop concéder à la mélancolie quand tout est encore à refaire, quand on a encore tant de choses à vivre : rien n’a vraiment changé. Et si justement l’on met en lien le début et la fin du Voyage, l’œuvre en elle-même devient un manifeste(o) et sa réalisation à la fois : le projet initial, ramené sur le devant de la scène, acquiert une nouvelle valeur, en soi. Le palimpseste mémoriel que se sont offert les Noz, au Radiant – avant même de l’offrir aux autres – ce questionnement sur le temps, l’Art et la mémoire relève de l’illusion comique : pendant 2h30, chacun a pu replonger dans ses jeunes années, se croire, de nouveau les dents longues et les cheveux dans le vent. Il ne l’avait encore jamais dit jusque-là, mais Pétrier, c’est Dorian Gray,  sans la décrépitude : éternel jeune homme désireux de manger le monde, qui dessine lui-même le processus de la chute inhérente, pour mieux l’éviter. Son Altesse, respectée et adorée du public, et derrière, la vraie peinture de lui-même, sous le bonnet, et l’analepse, toujours, puisqu’ainsi tout reprend de là où ça a commencé. Mieux, là où il n’est jamais allé mais où il veut nous emmener tous, cet été, à l’aube, pour rejouer Bonne-Espérance, en intégralité et costumes d’époque. En plein air, près d’un lac et jusqu’au mur, la limite de tout ce qui est civilisé. Et là, nous saurons.

NB: Les Noz d'émeraude, malheureusement absent jeudi dernier, ressortira au 1er trimestre 2026 avec une édition augmentée. Nouveau format, nouveau papier, nouvelles rencontres. 

 

*Le Voyage
J’empire
Nouvelle Star
Le cimetière d’Orville
Rien vu venir
Juste avant la fin du monde
Cheval Punk
Sculpture lente
Le match du siècle
Marie-Fleur
Une histoire de cul
Mathématiques modernes
Anassaï
Aurélia
Le Signe
Marianne couche
Un 30 avril, sur les Quais
End of the story
Près du vide
Les fleurs
La chambre d’hôtes
Each Uisge
Les Maldives
La fête s’achève

 
 
 
 

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06/12/2025

Casa Noztra.

IMG_5980.jpegIl faut tout de suite rassurer ceux qui n’ont pas pu venir à l’After des Noz à la Casa musicale, au lendemain de leur concert exceptionnel des 40 ans, au Radiant, ils n’ont rien raté. Sauf à considérer que les voir jouer 3h à l’endroit où ils ont répété trois mois ait de l’importance. Sauf à penser qu’en sus des titres joués avant-hier, ceux qui se sont ajoutés, dans une joyeuse fatrasie, comptent réellement. Sauf également pour ceux qui auraient voulu voir l’envers du décor, un Flagada Circus dégagé de toute tension du résultat, mais pas de l’émotion de pouvoir prolonger l’instant. Les Noz à la Casa, on croyait l’histoire révolue, et le portrait du Grand, au-dessus du bar, montre qu’il se pourrait qu’il se soit absenté plus longtemps que prévu. Est-ce pour cela que même avant que le concert commence, Pedro, seule devant son clavier et son violon, verse déjà une larme? Depuis la veille, on sait quelle est la contrainte, laisser la place à 13 musiciens, puisque l’un d’entre eux n’a pas pu se libérer. Son Altesse Pedro, le chanteur, prévient, une fois les deux premiers morceaux joués, Nous nous sommes tant aimés - il y est question d’Aurelia et des amours anciennes - et le stratosphérique ISQLAF, ça se jouera à la bonne franquette, voire selon les envies du public, ce qui n’est jamais une bonne idée pour moi, parce qu’on a tous une considération différente du Voyage. Ce joyeux bordel s’égaie entre vieux titres - dont J’aimerais bien que tu sois morte - morceaux médians - le dystopique Ok - plus ceux joués la veille, sans plus de chronologie obligée. La toute petite scène de la Casa les voit défiler tous, Pedro, le batteur-fondateur et son acolyte-chanteur en piliers, Pedro Clapot, Pedro Perrin et Pedro Baujard se succèdent à la guitare, ou jouent ensemble, quand l’un n’est pas devant, à regarder les autres jouer. Comme au Radiant, il y a autant de bassistes que de cordes sur la basse: la sémillante Pedro Le Blanc, qui s’essaie sur Attache-moi, le canadien Pedro Dolino, revenu exprès pour l’anniversaire, à qui on doit l’idée de prolonger la date unique, Pedro Courtial, discret mais au jeu unique, Pedro Granjean et son gant noir… Au saxophone et trompette, sur Comme un seul homme et la Tempête, qui porte bien son nom, Pedro Soulier & Pedro Samuel-Jesus amènent un équilibre fantastique, qui produit le même effet devant 50 personnes que la veille devant 500. Non, vraiment, sauf à vraiment croire qu’il s’est passé quelque chose d’unique, ça ne valait pas le coup de se priver de son canapé-Netflix. Surtout quand il a fallu - c’est pénible - subir le même final que la veille, après un Attame rejoué (puisque Pedro Dolino voulait en être, cette fois), Une nuit sans étoiles, dont le Alleeeez! ultime met son Altesse au bord des larmes (antiphrase) et les fait couler par mimétisme sur les joues de ceux qui ne voulaient pas croire, jusqu’à hier, que 40 ans avaient passé depuis les premiers riffs de Chaque nuit, plus beau encore que la veille.

On a eu un bref passage de Pedro Westermeier aux claviers - fais pas ta mijotée, lâche Pedro, une blague recuite, selon Pedro Jarret - une dédicace du Train à l’auteur des Noz d’émeraude venu sans livres (on en est à 50 ventes manquées en deux jours), un cliché de Statler et Waldorf par Pedro Thabouret lui-même… Une énième expérience temporelle, la plus forte, sans doute, mais ne le dites pas à ceux qui n’y étaient pas. Ni à Pedro, qui m’a gentiment fait remarquer que je l’avais oublié dans l’énumération de la veille.

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05/12/2025

Le cap de la quarantaine.

IMG_5968.jpegJ’imagine que les fans de la première heure, ou plutôt de la seconde, ceux qui ont fêté les 20 ans  (et des poussières) du Voyage de Noz au Rail théâtre en auront eu pour leur argent, ce soir, au (grand) Radiant de Caluire, dans une salle copieusement garnie qui a rappelé que c’est le même groupe qui a un jour rempli le Transbordeur, en 1989. Pour fêter les 40 ans de la formation du combo - Lady Winter qui devint vite le Voyage de Noz - pour rappeler que deux des membres initiaux étaient encore là, le chanteur et le batteur, pour signifier également que les musiciens qui ont un jour quitté le navire se retrouvent vite et de nouveau embarqués en moins de temps qu’il en faut pour épeler le nom d’un groupe qui a longtemps été raillé, à Lyon, mais qui n’aura eu, au bout du compte, aucun équivalent dans sa façon de se réinventer et de raconter des histoires. Folles, démesurées, emphatiques, souvent, très littéraires, dès le début, dans ses emprunts à Lautréamont puis plus libérées, une fois les chimères du succès de masse effacées, toutes empreintes de l’imaginaire de Stéphane Pétrier. J’ai plus de soixante notes de blog qui leur sont consacrées, un livre, récent, qui a brillé par son absence sur les étals du marchandisage sans que le groupe ni moi-même n’en soient responsables. Bref. Hier soir, on a vu la grosse cinquantaine d’habitués se décupler pour remplir une grande salle, avec scène, éclairages et son idoines, et la capacité pour le groupe de s’ébrouer à … 14. Avec des musiciens qui se sont interchangés avec fluidité, avec la bonne idée qu’a eue Stéphane de ne pas les présenter à leur arrivée sur scène, pour ne pas alourdir les transitions. Il a peu parlé, de toute manière, parce que le jeu, c’était de présenter 2h30 de chansons, sur quatre décennies. La question du choix a dû être douloureuse, celle de l’organisation aussi: que faire, respecter une chronologie, piocher indifféremment dans toutes les périodes? Ils arrivent, le chanteur a troqué son, habituel t-shirt contre une veste élégante, il est classe, un peu tendu, le premier morceau - Nous nous sommes tant aimés -  se joue dans une pénombre organisée, un film défilant en arrière-plan de toutes ces années passées; on les voit jeunes, proches, complices, soit ce qu’on retrouvera pendant le show, avec quelques rides de plus, quelques cheveux en moins. Pas Stéphane, ni Henri; ni les filles - Carole, Samuèle, Nathalie - restées jeunes et belles. Ni Marco, l’éternel dernier arrivé. Ni Manu, ni Aldo, toujours fringants. Ni Éric, ni les Thierry, ni Christophe, ni Jean-Charles… Ok, bref, rien n’a changé, surtout qu’une fois Il semblerait que l’amour fut envoyé en deuxième titre, c’est un festival de vieux morceaux, sur une heure, qui a satisfait la fan-base, pas forcément les amateurs des albums plus récents, plus exigeants dans l’écriture. Stéphanie Kerr, Cameron Diaz, ça marche du feu de dieu, mais pas chez moi, c’est comme ça. Quant à Gryffondor & Serpentard, c’est à peu près tout ce que je déteste, mais je me console avec le bel éclairage vert, qui sied parfaitement à l’homme qui ne mange pas les M&M’s de cette couleur. Je tique mais la foule est ravie, le groupe aussi, c’est donc, déjà, réussi. Il y a eu quatre bassistes, avec des jeux et des influences différences, trois guitaristes, deux claviers, une session cuivre, il y aura eu neuf musiciens en place sur plusieurs titres, une sacrée gageure. Mais puisque c’est ma mémoire à moi que je sollicite, dans vingt ans (et d’autres poussières), je me souviendrai du spectre sonore déployé sur la Tempête, 2e titre de Bonne-Espérance, leur chef d’oeuvre absolu, qui les  fait passer dans une autre dimension. On regrette que les cardigans n’aient pas été ressortis, mais après Nous nous marierons, quand le groupe enchaine sur le climax Secret, sa reprise en chant par le public, on sait qu’on a atteint le sommet. Que l’heure qui vient comprendra des surprises, des absences, des morceaux étranges, une reprise de Manifesto, un Bagdad Disco Club déchainé, avec paillettes à foison. Un Train tant attendu, joué en mode rapide, presque scandé.  Les musiciens s’amusent, sourient, on est à la fois dans la fête - l’anniversaire - et la conscience du temps qui a passé, de celui qui reste, littéralement, pour bien finir. Nous nous sommes tant aimés, disait la première chanson, c’est avec une nuit sans étoiles que Stéphane, assis en bord de scène, va clôturer le concert, avec cette chute tellement juste, à cet instant-là: À la vie, à la mort, tant que notre étoile brille encore, tant que je respire, alleeeeeez! comme cri primal et final. 

Il faudra bien que Stéphane, comme aux César, remercie tout le monde - et ça en fait, sur 40 ans, mais le pic d’émotion, c’est quand Aldo a pris le micro pour remercier le public des ondes positives qu’il leur a toujours renvoyées, et remercier Stéphane, par définition jamais nommé, dans la présentation des musiciens. Il y a quelques larmes qui guettent, mais l’idée est de rester joyeux, de faire, une fois de plus, la nique au temps. Qu’on ne sache plus - l’album a été oublié - s’il s’agit du début ou de la fin, ou du début. Il préfèrerait annoncer la sortie de leur premier single, ou leur nomination à la Victoire du meilleur espoir, a-t-il dit tout de suite. De ma place, pas sûr. L’After, ce sont des gens qui se connaissent depuis 40 ans (ou plus) qui se retrouvent. Et qui remettent ça demain, en mode petit comité et bonne franquette, à la Casa Musicale, chez Lyne et Éric, l’absent le plus présent, hier. Lui ne respire plus, alors on le fait pour lui. 

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02/12/2025

À pieds joints.

9782336552200r.jpgA priori, le fait que David Allouche, auteur de deux romans, écrive une pièce de théâtre sur un romancier auteur de deux romans qui veut écrire une pièce de théâtre – le plus difficile des arts ! - n’était pas fait pour me convaincre, la mise en abyme étant un effet qui se voit, souvent, un peu trop. Surtout après avoir plongé, en apnée, dans le théâtre minimaliste et éprouvant de Laurent Mauvignier. Et puis la langue, le rythme, l’idée que cet homme d’une cinquantaine d’années (sic) consacre sa vie dérisoire à aller voir du théâtre (toutes les pièces de théâtre !) m’a intrigué et j’ai poussé la petite cinquantaine de pages du monologue pour savoir ce qu’il allait advenir de cet individu indécis en tout sauf dans la projection de sa propre fin. Je mourrai au théâtre, dit-il, de façon spectaculaire, en respectant les unités du genre, mettant fin ainsi au questionnement qui ponctue le récit (a-t-il vécu ou pas ? aimé (bien) ou pas ?). On pourrait vite le trouver geignard si sa métaphysique ne finissait pas par épouser des questions plus larges, comme la religion du père et, au-delà, celle de Sarah, dont on pût croire, au nom, qu’elle était juive mais elle ne l’était pas. Et quand arriva le 7octobre, c’est Roméo & Juliette qu’on rejoua, sans qu’il fût Roméo pour autant. Tiens! Sarah, c’est aussi le nom du personnage féminin, qu’on vit in abstentia, via l’amour impossible que lui porte le troisième contrebassiste (tout au fond, en haut), de la pièce de Süskind évoquée dans l’énumération de départ - ce qui par ailleurs est lui faire beaucoup d’honneur… 

Il y a du lyrique, sur quelques envolées, du pathétique, au sens propre, dans la façon dont l’homme s’expose et commande deux coupes de Ruinart au Bar de la Comédie française pour les boire seul. Il y a dans l’illusion comique des références précises aux ainés (Molière et Corneille), à la mythologie, une réflexion sur le temps (je fus tout et ne suis plus rien), ses mutations brusques, une autre sur l’écriture elle-même, pieds nus sur le parquet. Et dans l’emprunt à Hamlet (words !words !words !), le danger qui guette tout exercice de création : le mot de trop. En 50 pages, peu de risques (l’auteur avoue lui-même avoir privilégié des romans courts pour ne pas ennuyer), même si – la règle d’une critique, trois caresses pour un coup de griffe – la dernière scène ne paraît pas apporter grand-chose à l’ensemble. Il faudra la voir jouée – les didascalies sont comprises – cette pièce, souhaiter qu’elle le soit avec beaucoup de finesse, par un acteur tout en retenue. Mais c’est (toujours) à Louis Jouvet, quand on parle de théâtre, que revient, dans le Comédien désincarné, la chute (la Chute !) : Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, de plus nécessaire que le théâtre.

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27/11/2025

APOCALYPSE NOW.

att.RjamlZVAs_QHoPTZ7Ppbs4FXYVhj_3wgB0acfKp-9YI.JPGIls sont jeunes et plein d’allant, ces artistes qui viennent s’emparer de l’Open Space pour présenter leur vision de leur Apocalypse (Now), en réponse à ce qui n’était, il y a 50 ans, que les prémices de ce qui les attendrait aujourd’hui, un truc que les parents de leurs darons leur ont cédé jusqu’à ce que ce soit eux qui en héritent. Ils traitent des sujets de leur époque, privée de l’insouciance à laquelle on a eu droit et qu’ils n’ont pas ou peu connue. Eux sont les héritiers de beaucoup d’artistes mais savent qu’on ne fait pas d’œuvre – et encore moins d’œuvre commune – sans s’affranchir de ses ainés, souvent pesants. Ainsi Simon Conti montre-t-il des corps enchevêtrés, calcifiés, des visages effacés, des silhouettes suspendues au vide pour témoigner d’une complexité des identités, de tous les déchirements possibles ; ainsi Didipizi, sous des allures (presque) ludiques traite-t-il des pouvoirs et de la façon méthodique dont l’homme travaille à sa disparition ; ainsi Vinny Murano cache-t-il derrière d’immenses fresques colorées aux allures de manga des entrailles, des abysses et les déchirements de l’être humain ; ainsi Louis San s’empare-t-il, via ses chevaliers de l’Apocalypse ou la jeunesse retrouvée des Beatles l’idée d’un monde 1) qu’on a perdu 2) qui va à sa perte ; ainsi Leni «Lkim» Malki insère-t-il dans ses planches colorées quelques figures méphistophéliques ou patibulaires, des regards hagards et des mondes resserrés qu’on croirait tirés de Metropolis…

L’idée que des jeunes artistes s’emparent de l’Apocalypse n’est pas une concession faite à la fatalité, au contraire. Quand tout menace de ruine un jeune homme (l’amour, la santé, la famille…)*, il a le choix de la démission – comme ses ainés – ou du combat, auquel la société l’a préparé. La violence, l’injustice, le repli, l’isolement, ils ont traversé ça sans qu’on se soucie vraiment d’eux, se sont repliés, chacun, sur un mode d’expression artistique, le seul domaine dans lequel se renfermer (sur soi) permet de s’exposer (aux autres). Ce qu’ils veulent tient dans le mot même qui les réunit : dans la culture judéo-chrétienne, l’Apocalypse est une révélation sur la marche du monde, l’arrivée proche du Royaume de Dieu. On les a trop leurrés sur l’existence de ce dernier – sous quelle forme que ce soit - trop nourris à l’obscurantisme et au fanatisme pour qu’il y soit pour quelque chose, Dieu, dans ce qu’eux-mêmes ont créé et c’est là la bonne nouvelle. Parce que seule la première proposition va compter – une réflexion sur le sens de la vie – et que c’est la seule façon dont l’être humain pourra se libérer de ses chaines. Se réaliser.

Elle peut paraître bigarrée, cette exposition, éclectique, mais elle a un sens commun – la chose au monde la mieux partagée, dit-on par ironie. Le Quintet en I - Leni, Louis, Vinny, Didipizi & Conti - vient mettre le monde qu’on lui a laissé sous nos yeux, comme pour dire qu’ils prennent les choses en main puisqu’on a échoué. Dans cette ville où, dans l’Art plus qu’ailleurs, il est douloureux de laisser la place (voire de la place tout court) ça n’est pas forcément pour eux que va sonner l’Apocalypse, dans son idée de finitude. Et les toiles de Nora Jo, l’invitée spéciale – à l’âge de leurs parents – feront le lien, pour ce qu’elles montrent de l’arché – l’origine – des monstres et des fantômes venus côtoyer des figures plus douces, enfantines. Dans une espèce de Guernica maritime, néanmoins. C’est l’œil de celui qui regarde qui fait le sens de la toile ; dans l’Apocalypse la plus sombre, libre à chacun de voir le rameau d’olivier.

*Paul Nizan, Aden Arabie, Éditions Rieder, 1931

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25/11/2025

VUES D'ENSEMBLE.

Stan MATHIS, 48 ans, en mode symphonique, dans l’intériorité des âmes.

Sans titre.pngJe ne pourrais jamais prétendre à l’autorité de l’éminent Dominique Blanc-Francart – qui a masterisé l’album, enregistré dans le prestigieux studio d’Abbey Road – ni même à celle de ceux qui l’ont conseillé, mais j’aurais arrêté Synopsis, le nouveau disque de Stan Mathis, aux envolées symphoniques (de l’orchestre de Budapest, sous la direction de François Rousselot) au finale de Je n’oublie rien, le morceau le plus long de cet album décliné en dix scènes, toutes entrecoupées de dix mises en situation. En extérieur, pour la plupart d’entre elles, dans le métro de Londres ou ailleurs. Des transitions qui contiennent ou reprennent instrumentalement le cœur de ce qui va suivre ou de ce qui a précédé, d’où leur nom. Je n'oublie rien (sache que, l’impératif est catégorique), est une belle ballade à la guitare sèche sur le parfum des promesses, l’imprudence en passant, les instantanés provisoires auxquels on a tous été confrontés, avant que la trompette et le lever de batterie nous adjurent de ne pas cesser d’y croire, de Séville à Ferney-Voltaire, avant que le crescendo de cordes nous laisse sur un climax magnifique. C’est la première vraie (et bonne, pour moi) surprise de ce Synopsis-là, qu’il soit musicalement beaucoup plus abouti que le précédent album, moins soumis à la technicité guitaristique rock’n’roll, celle qui ne me parle pas trop, principalement parce que je n’y connais rien. Pas plus que je ne connais Stan Mathis, en dehors de l’avoir croisé poliment ça et là, mais j’avais un double intérêt à écouter son disque : d’abord parce qu’il me l’a gentiment offert, ensuite parce qu’en électron absolument libre qui sait à quel point la scène lyonnelo-lyonnaise peut être perfide – à l’époque de Trop Pas, on parlait d’un financement illimité… – je me suis toujours méfié des curées. Et si globalement, je n’avais gardé de son 57#75 que le magnifique Revoir la mer et le violoncelle de Thuy-Nhi  Au Quang, j’ai été très agréablement surpris par la variation des mélodies, la diversité des instruments. Synopsis est une réflexion sur le chemin (il le dit lui-même dans Un peu plus loin, ses au revoir aux murs et aux trottoirs) et puisque l’homme a ses références philosophiques, elle n’est pas dénuée d’une touche d’existentialisme, dans l’archéologie du champ de bataille qu’est une vie ; d’un optimisme qu’il s’agit de préserver, en protégeant la flamme, en résistant à la soumission. Ça n’est pas l’homme révolté non plus, Stan Mathis – même s’il ouvre son #1 sur la Chute -  mais c’est un être qui sait ce qu’on peut faire de mal - même air arrogant, même mépris des autres, entend-on dans le forcément nwardézirien Début de siècle – avec une question centrale : quelle est la vraie souffrance, celle que l’on subit ou celle qu’on engendre ? Qui sait aussi la dose de fatalité qu’on doit assimiler pour se dire, in fine, pourtant je suis vivant. Qu’on a dépassé la peur de la mort et la peur de la vie, les luttes, les déceptions, les douleurs, qu’on en a fini avec le cycle des souffrances et qu’il est temps de briser la monotonie, dit-il dès le synopsis 2 (/10). Vivant, pas comme Ayrton Senna à qui il consacre Imola, le faisant parler, lui, le plus rapide, solitaire dans son véhicule, qui vit sans concession, transforme son inquiétude en force de caractère ; celui qui se souvient d’une enfance passée, déjà, à toute vitesse, dans les frissons de l’accélération, d’une vie (courte) menée sur la piste abrasive de ses contradictions, à tromper son angoisse.  Le spectre musical du morceau – avec Fred Jimenez, l’inoubliable compositeur de Bird on a poire à la basse – fait monter une tension dont on connaît l’issue, pourtant. Les commentaires d’époque sont intégrés au morceau, jusqu’à cette paradoxale victoire : trouver la mort et gagner l’éternité. Mourir c’était la preuve que j’étais vivant, ça ressemble au Crépuscule des idoles, mais l’album n’est pas sombre, s’illumine de très jolies ballades, qui ne semblaient pas son genre, à Stan Mathis : je retiens D’elle, qui relève la gageure des rimes riches Stridence/ silence/évidence/importance, espoir/croire/pas trop tard clarté/vérité/aimer pour imposer une belle mélodie au bandonéon (?) et au piano et, d’une voix suave, (beaucoup) moins nasale que précédemment, asséner néanmoins que quelque chose se détache : l’amour je crois. Le parolier sait se dégager du piège autobiographique – ou du moins les raccourcis qu’on en fait – et épouser une énonciation externe comme dans Quand les lumières s’éteignent, un instantané sur le temps suspendu, la façon qu’ont de fuir les gens qui ont sur les épaules le poids d’un monde pourtant pas bien lourd à porter. Il faudra bien à un moment briser l’inertie qui l’étreint, Dehors (X4) peut-être. Une voix féminine vient lui susurrer des dialogues qui font peut-être partie du monde irréel, aux relations fantasméesbien plus sincères que la réalité – qu’il voyait déjà défiler sur les murs de sa chambre, via le jeu d’ombre qui nourrit tous les imaginaires. Dans Délaissée, c’est le point de vue féminin qu’il saisit – comme Murat dans l’Irrégulière – pour dresser le quotidien d’un couple en déshérence, lui qui rentre téléphone à la main en guise de bouclier, la chambre, froide, désincarnée et cette femme enténébrée, perdue, épuisée au réveil, qui refuse de se réduire à (lui) et tout ce qu’(il) ne fait pas. La pire des punitions, c’est ma vie quotidienne, j’aimerais tellement aimer quelqu’un qui m’aime, lâche celle qui se présente comme la veuve d’un homme vivant. La vie est un bien perdu quand on l’a pas vécue comme on l’aurait voulu, c’est difficile (pour moi, au moins) de passer à côté d’une telle sentence dans la chanson française. C’est un morceau qui se termine par des vocalises féminines dont on ne sait même pas si elles relèvent du fado ou du Blues, ce qui de toute manière revient au même. On comprend mieux les insères, dans les synopsis, de Françoise Sagan- un extrait des Bleus à l’âme, dans lequel elle dit qu’il faut se colleter avec les extrêmes de soi-même pour comprendre un tout petit peu ce que c’est que la vie – de Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce, lu par Gaspard Uliel ou de Amor de mis entrañas, viva muerte, de Federico García Lorca : Llena pues de palabras mi locura o déjame vivir en mi serena noche del alma para siempre oscura. C’est une somme que ce Synopsis-là, qui a le bon goût de ne pas trop afficher des moyens visiblement mis en œuvre. Puisque je ne dérogerai jamais à ma règle auto-édictée d’un coup de griffe pour trois caresses (©Girafe lymphatique), je m’interroge sur des titres dispensables, à mon goût : la jeunesse a tous les droits, par exemple, à moins d’un exercice autocritique rétrospectif : si parfois elle se donne des airs arrogants, c’est pour s’émanciper de tous nos faux-semblants. Voire le single – choix cornélien – Quelques jours avec toi, dont le final aux cordes classiques est magnifique mais dont le texte m’a un poil laissé de marbre. C’est sans doute une bonne  nouvelle pour lui parce que dans un de mes tout premiers articles (disparu depuis), j’ai essayé à demi-mots de dire qu’il ne fallait pas que la pièce de café-théâtre à laquelle m’avait emmené mon ami Sammy (disparu aussi) nourrisse trop d’espoirs, et c’était… Arrête de pleurer Pénélope, qui a fait 2M d’entrées, 100000 pour son adaptation au cinéma. De quoi me mettre, comme critique, au niveau de ce plumitif parisien qui écrivit, après avoir vu Johnny Hallyday en vedette américaine de Raymond Devos, à Bobino: si ce type-là fait carrière, je veux bien être pendu. Il n’en est pas là, Stan Mathis, mais c’est toujours bon de souligner qu’il faut écouter les artistes pour les bonnes raisons, pas pour d’autres. Et finalement, Un peu plus loin, sa guitare sèche, son moins de soleil mais de meilleurs lendemains et ses roulements de tambour martiaux fait office de post-générique, sollicitant les nombreux musiciens, techniciens, arrangeurs, tous ceux qui permettent à une idée de voir le jour, et termine sur une image panoramique, quand on voit, enfant, à l’arrière d’une voiture, les silhouettes s’éloigner et les arbres défiler, sur le côté : des heures de voyage à rester bien sage à s’émouvoir des paysages. À l’âge où on s’émeut d’une impression sur laquelle on ne peut pas – encore – mettre de mots mais dont on pressent qu’elle contient quelque chose d’essentiel. C’est sans doute un peu de tout ça qu’on retrouve dans le Synopsis de Stan Mathis. Aérien, abouti, professionnel et personnel. N'en déplaise à ceux qui confondront encore la cause et la conséquence.

 

NB: Pour les réactions que cet article entrainerait, je me souviens d'un Dominique A. lâchant un "Allez, l'orchestre!" après avoir détourné son Twenty-two Bar pour tourner les Victoires de la Musique en dérision. Ça fera l'affaire.

 

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