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01/09/2021

121.

Dans l'absurde de ce monde, la phrase entendue le plus, un jour de rentrée, reste : "Tu sors à quelle heure?".

07:47 Publié dans Blog | Lien permanent

31/08/2021

122.

bordas.jpg

09:17 Publié dans Blog | Lien permanent

28/08/2021

125.

Il y a cinq ans, dans cette chambre de Léon Bérard, je me suis demandé si j'avais le droit d'écrire là-dessus, et je me suis répondu que je le devais.

Les mêmes gestes, les mêmes décors, jusqu'à l'absurde. Vingt jours (d'été) après que son grand frère a rendu l'âme, Régis s'éteint doucement dans une chambre d'hôpital, entouré des siens, ses enfants, sa femme, leurs cinquante-deux ans de mariage et de fidélité. Un mois et demi après avoir fêté son soixante-quatorzième anniversaire, à Sète, chez le plus jeune de ses fils (j'y tiens). Il a lutté un temps contre ce que lui-même appelait une "courte et rigolote maladie", mais l'infection l'a emporté, à moins que ce ne fussent les dizaines d'opérations que sa carcasse et son coeur fatigué ont subies durant les dernières années d'une existence bien remplie et bien complexe. Une vie passée à dire qu'il fallait bien "mourir de quelque chose" en allumant une énième de ses Gauloises et en se resservant un whisky. Une vie marquée par les deuils, ceux qu'on tait et ceux qu'on vit, une vie sacrifiée au boulot avant qu'arrivent les bonheurs d'une deuxième partie de vie, les petits-enfants, les parties de campagne en famille et ses grandes tablées. La maladie tombe toujours mal, mais elle lui a permis d'en dire plus, de confier ses peurs et ses joies, toujours avec cette forme de dérision un peu brute qui cache l'inquiétude de n'être bientôt plus là, de ne pas savoir ce que ses ouailles deviendront. Mais s'il devait partir avec une certitude, ce serait celle que, sur ce terrain, il a déjà gagné, déjà légué, déjà transmis. Qu'on gardera son éducation, ses assiettes dans lesquelles il reste deux euros à terminer, et son récent: "mort ou pas mort, enterrement demain matin". Ça et sa voix de stentor, son port altier et une réputation de valseur invétéré. Sûr que ses copains du basket vont se trouver dépourvus, eux qui en ont déjà vu partir plusieurs. Que ceux qui ne l'ont pas vu depuis longtemps ne vont pas croire à son départ anticipé. Que ceux des Pentes de la Croix-Rousse, qu'ils ont quittées il y a longtemps, vont voir défiler leur jeunesse, leurs pantalons courts (lui qui nous a tant reproché les nôtres!), leurs Vespa et les soirées au Palais d'hiver. Les petites que l'on drague et celles avec qui on passe toute une vie. Accessoirement, voir partir son père, c'est rompre le lien avec sa jeunesse, se placer à son tour sur la ligne, aléatoire, de départ. Mais ça importe peu. Ce dernier souffle, qu'on attend, c'est celui de la vie qui nous a donné la nôtre. Ces forces qui s'épuisent, ce sont celles, également, qui nous régénèrent et nous donnent envie de poursuivre ce qu'il était. D'en revendiquer la fierté et le bonheur. Il y a des larmes, mais aussi des rires dans cette chambre d'hôpital: la mort est annoncée, certes, mais elle ne vaincra pas. On n'a qu'un père, je perds le mien, mais j'ai un fils, des neveux et nièces et Papé sera toujours parmi nous, dans nos rires, nos excès, nos pensées vers ceux et celles qui sont loin mais qui sont avec nous en esprit. Les jours prochains seront durs et beaux à la fois, c'est certain.
NB: un mot pour le personnel hospitalier de Léon Bérard, dans lequel il n'aura fait qu'un court séjour mais dont les membres auront respecté ses volontés jusqu'au bout. Un personnel jeune, qualifié et très humain. Dans l'empathie, le service et la gentillesse, de la femme de ménage jusqu'à l'interne. Quand on pense que des politiques pensent qu'on peut faire l'économie de ça...

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26/08/2021

127.

Tu vois, parfois j’ai l’impression que je peins pour me venger, de ne pas avoir été assez aimé de ne pas être reconnu comme j’estime devoir l’être. Je me venge des échecs que j’ai moi-même construits par auto-destruction. Mépris de soi réactivé, tu te souviens de la chanson ? C’est comme avec les femmes, je vais m’éloigner de celles qui m’ont aimé justement parce que j’ai peur qu’elles aiment un autre en moi, celui que je ne suis pas. On a suffisamment dit de moi que j’étais un séducteur pour ne pas me reconnaître dans ce portrait-là : comme si j’avais besoin, jusqu’à la fin, de me chercher. Il y a un brin de paranoia, là-dessous, parce que je reste au centre d’un univers que ceux qui me voient pensent être le mien, mais qui m’échappe, que je ne m’approprie pas. Toi, j’ai l’impression que tu écris par damnation : pas la tienne, non, celle de ceux qui t’inspirent. Si tant est qu’ils se reconnaissent dans l’exercice, ils n’y échapperont pas. Ni le temps, ni l’idée que le livre soit livre ne leur permettront de s’en sortir. Oh, ils s’en convaincront, mais une petite part d’eux-mêmes sait qu’il n’y a pas d’issue. Je la comprends, Clara Ville, qui n’avait qu’une crainte, finir tuée dans un roman. Mais il y a pire, finalement : que le peintre tienne le portrait, que l’auteur le réussisse et le portraituré sera redevable, dans sa vie et dans ses choix, de ce qu’on a dit et fait de lui.

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24/08/2021

129.

J'arrive à me souvenir très précisément des jours et des conditions dans lesquels des chansons sont entrées dans ma vie, pour n'en jamais ressortir. La playlist ultime ne date pas du numérique: quand on achetait (cher) une BASF 90mn métal, il ne fallait pas se rater dans les enchainements. Le temps passant, les chansons se font plus mélancoliques, seulement. J'ai la chance d'avoir les miennes, celles que j'ai écrites; et celles des autres, quelquefois, qui me percent l'âme et le coeur à la fois.

 

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23/08/2021

130.

J’imagine que ça n’a surpris aucune d’entre nous, mais ça a fait l’effet d’une déflagration. Plus encore que l’annonce de sa mort. Personne ne l’aurait imaginé vivre plus vieux qu’il l’avait fait et les circonstances m’étant alors inconnues, j’ai plongé vite dans l’idée qu’il était mort comme il l’avait décidé, ce dont il me parlait déjà, quand nous nous sommes rencontrés. Il y a près de cinquante ans. A une époque où il fallait courir les cabines téléphoniques pour lâcher quelques mots d’amour et attendre une semaine pour se voir.

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22/08/2021

131.

Je n’éprouve jamais autant d’affection que pour les supposés vainqueurs qui reprennent le contrôle de leur vie, au détriment de tout ce qui les a supposément fait gagner.

08:36 Publié dans Blog | Lien permanent

20/08/2021

133.

IMG_0400.jpgIl faut remercier les deux jeunes filles qui se sont enfuies au quatrième morceau du concert des Amis de Brassens, hier, au Roquerols, à l’occasion d’un centenaire qui n’en finit pas de s’étirer. Parce qu’elles m’évitent, de fait, l’hagiographie – il y en a au moins deux à qui ça n’a pas plu – et la jalousie liée au fait que, comme d’autres, ce groupe fait qu’à chaque fois que je les vois, je les chronique et qu’à chaque fois que je les chronique, j’ai encore plus envie de les voir. Hier, c’était la grande scène devant le bateau-phare qui leur était offerte, et le public était très nombreux, au point que j’ai cru devoir passer le concert debout, jusqu’à ce que ces jeunes filles libèrent deux places au tout premier rang, sous les pédales de Philippe Lafon, quasiment. Lequel Pilou, n’étant pas de la dernière session à l'Hôtel de Paris, le 21 juin, avait obligé les deux membres restants à reconfigurer répertoire et arrangements pour du classique guitare/Contrebasse, comme Tonton Georges. Là, il n’allait pas manquer ça, Pilou, et reprendre le manche, qu’il tient à droite parce qu’il est gaucher. Dobro, mandoline, folk, son jeu est multiple et les versions pour dobro, la part Blues que le trio a accentuée encore hier, resteront longtemps dans les mémoires, comme un supplément d’âme : à ce titre, l’introduction de « Brave Margot » est juste extraordinaire, et j’ai eu l’impression d’entendre Dylan – le vrai – lancer « Blowin’ in the wind », en hommage à la tram’ qui s’est levée hier, menaçante, mais que l’hommage à Georges a aussitôt calmé. Ça fait du bien d’entendre du Brassens réinventé musicalement, sans fioritures, juste en accentuant les racines revendiquées de sa musique, du manouche de Django au swing de Trénet, et l’idée de jouer, dans ce marathon de plus de deux heures, les chansons de son enfance, celles qu’il ne s’est jamais lassé d’écouter, a permis de se faire une idée moins injuste que celle qui continue de courir, comme quoi sa musique est sommaire. Une confusion avec son ami de Pézenas, qui sait, mais les imbécillités ont ceci de supérieur à la culture qu’elles touchent plus de monde et durent plus longtemps. Un jour, je l’ai entendu et répété, Brel a répondu à quelqu’un qui insinuait ça que si Sidney Bechet reprenait du Brassens, ça n’était pas pour les paroles. Hier, ramené par son petit cousin – juste en face de son reflet en plus jeune, menaçant de lui fracasser sa guitare sur la tête s’il le trahissait, Bruno Granier & ses hommes ont encore emporté le morceau, enchainant les classiques comme les morceaux plus rares, parlant peu mais bien, sur les blessures du poète, son rapport au texte et à la musique, insérant avec brio du Hugo, du Paul Fort, du Antoine Pol, du Verlaine… Du Mireille, du Trénet, du Paul Misraki, avec ce sublime « petit bateau de pêche » - paroles de André Hornez -  qui fera ma joie le reste de ma vie, puisque je ne la connaissais pas encore, hier seulement. Ça swingue chez les Zazous, Laurent Clain – dont je reparlerai ici bientôt – accompagne tout cela, (beaucoup) moins cheval de fleuve que Pierre Nicolas, mais tout aussi prégnant, jusqu’au contrechant des sublimes « Passantes ». J’ai déjà tout dit sur les amis de Brassens, mais il faut imaginer l’effet qu’ils font sur le public, qui s’écrie « Ah ! » à chaque chanson qu’il reconnaît, c’est-à-dire les neuf dixièmes. Qui chante dans sa barbe, ou fort et faux, mais qui chante. Remue son popotin, un peu sclérosé par l’arthrose, mais quand même. Bruno va chercher dans sa moustache ces morceaux qu’il connait par cœur, qui lui échappent parfois un peu, comme pour souligner que son travail, c’est d’abord de la mémoire. Pas seulement pour chanter, mais pour recréer une atmosphère, une ambiance tellement archaïque dans sa langue (passé simple, subjonctif imparfait, conditionnel passé) qu’on ne peut que se battre, avec lui, pour qu’elle perdure. Qu’on voie encore, sur le pont du Roquerols, une jeune serveuse prendre sa pause et chanter avec tous ceux qui étaient là, hier. À Sète, le soir où le centenaire a pris son sens absolu. On aimerait dire que dans cent ans encore, coquin de sort, on chantera encore. C’est une autre question. Mais lui, d’où qu’il soit, dira Bruno avec émotion, il a dû retenir une petite larme, vite réfrénée. On ne parle pas de Brassens sans pudeur.

00:16 Publié dans Blog | Lien permanent