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09/03/2016

Manifeste mémoriel.

Puisqu’il semble permis de s’approprier le noir profond, je revendique le bleu du ciel.

18:38 Publié dans Blog | Lien permanent

08/03/2016

Prenez une feuille.

À la Villette, on a le geste plus tranchant que le verbe.

18:13 Publié dans Blog | Lien permanent

07/03/2016

Avec le temps.

fergessen julien cuny.pngTiens, tiens, ces amis, duo talentueux qui m’ont offert le privilège de faire partie de leur troupe le temps d’un bilan des années écoulées sur la route, noires tenues, cheveux en bataille et Martin en bandoulière - ou l'inverse - ces amis là restés terrés plusieurs mois dans leur Fast-Est d’adoption, ne se taisaient pas parce qu’ils n’avaient rien à dire : ils travaillaient à ce qu’ils allaient faire maintenant, maintenant qu’ils étaient allés au bout de la première partie de leur chemin. Surprendre, dans une activité artistique, c’est survivre : changer les codes, les genres, le discours, aussi. Dans une chanson, on a peu de temps pour convaincre et parfois, la moitié d’une minute suffit pour éloigner. Comment mettre à la portée de tous une métaphysique qui touche n’importe quel individu, comment rendre signifiante la platitude du temps qui passe, par exemple, l’urgence avec laquelle on dévore la vie et, dans le même temps, ces cinq minutes de respiration qu’il nous faut prendre, régulièrement, pour éviter que l’action soit vaine, ou mal pensée ? Comment dire, en deux minutes et trente secondes, qu’on a justement choisi sa vie et qu’on la mène, bon an mal an, sur un juste chemin, la route longue et chaotique d’une existence qu’on a voulue et qu’on se fabrique, pas à pas ? Le temps commence à compter quand on s’en éloigne, de cette vie : quand on la revendique, on ne mesure que ce qu’on en a fait, ça évite les remords, les regrets et toutes ces contingences qui font qu’on en perd, du temps. Qu’on en mesure la part détruite, écrivait Nizan, au front. Ça méritait ce silence et une grande part de bleu, en 3D, signé Julien Cuny. Mais c’est malin : ça fait aussi qu’on s'impatiente de la suite et qu’il va falloir qu’on nous apprenne à attendre. Peut-être en faisant autre chose, de notre côté.

PS: c'est ici, aux alentours de la 8ème minute

15:08 Publié dans Blog | Lien permanent

06/03/2016

Apostrophé.

Brillant invité, enfin, d’une grande émission littéraire, il fut victime, le soir même, d’une grève du service public audiovisuel, doublée d’une rancune tenace des diffuseurs contre le propos de son livre, ainsi que d’une indifférence totale des lecteurs, des moqueries de son épouse et du dédain de ses enfants. Ce qui ne l’empêcha pas de penser à l’adaptation cinématographique de sa saga.

19:29 Publié dans Blog | Lien permanent

05/03/2016

Association ouatzefequesque.

Je ne saurai jamais pourquoi, en pleine nuit, me reviennent et s’associent la marque très ancienne d’un dentifrice au goût salé, l’Emoform, et l’appellation grossière dont nous affublait - nous, les enfants - un vieil et rustre ami de mes parents : « Sent-la-pisse ».

11:45 Publié dans Blog | Lien permanent

04/03/2016

Voir les hautes travées du théâtre romain.

nozgfourvière.jpgTout ce monde qui se déplace pour quelqu’un d’autre, à l’exception des quatre ou cinq premiers rangs, ces regards qui supplient un retour complice alors que tout, de moi, doit tendre vers le texte, l’harmonie, l’interprétation… Ils savent à quel point on a attendu ce moment, combien on a dû batailler pour qu’ils nous programment : le succès d’estime, quand on est local, provoque la suspicion comme l’intérêt pour la facilité. Imposer les trois lettres qui restent du groupe dont tout le monde, dans le théâtre, a entendu parler, mais dont la plupart ne sait rien, ou a oublié. Ça n’est rien, ça n’empêche pas de continuer : on ne se bat pas pour soi, dans la musique, mais parce qu’on a quelque chose à proposer, et peu importe ce que ceux-là, en face, en garderont, finalement. On a un set à faire, je sais qu’en coulisses, quel que soit le succès qu’on aura eu, un homme me fera des signes pour que j’arrête, qu’on ne nous autorisera pas le morceau supplémentaire qui nous ferait passer un cap dans le souvenir qu’on en gardera. Peu importe, oui : je suis dans ma ville, avec mon groupe et même si c’est en petit, notre nom s’est inscrit dans le programme et l’histoire du festival, dans celle de ces vieilles pierres surchauffées. On continuera, on se fondera là-dessus et si les lendemains ne chantent pas, au moins on aura essayé, on aura fait toutes les salles qui comptent et, des années après, l’image d’une foule aux couleurs bigarrées – c’est l’été, les débardeurs sont de sortie – réapparaîtra, au détour d’un échange, d’une soirée, ou la préparation d’un autre concert, si on est toujours vivants. C’est haut, un théâtre antique, on s’y sent petit en tant qu’être humain, immense quand on joue : ça doit être ça, la catharsis. Il peut s’agiter, l’homme, côté jardin : ma mémoire est en marche, ce n’est pas lui qui va l’altérer.

photo: VDN officiel.

15:50 Publié dans Blog | Lien permanent

03/03/2016

Malédiction.

Toute cette abnegation qu’il mettait à déconstruire les espoirs fondés sur lui, que personne ne lui reconnaissait!

18:23 Publié dans Blog | Lien permanent

02/03/2016

Sobre España, también.

Première balade

J’ai pas tout de suite vu que c’était toi. Les uniformes qu’ils vous ont filés font que vous vous ressemblez tous : une belle bande de fils de putes. Même si vos mères, on a un peu de mal à les insulter parce qu’on les a connues. Qu’on est du même village, qu’on s’est entraidés au moment des moissons, de la cueillette. Le fusil non plus, ça te va pas ! Les nôtres sont tellement pourris qu’on passe pour des héros dès qu’on arrive à les charger. Mais les vôtres, pardon ! Rutilants, de vrais sous neufs. Quand je pense que c’est nos impôts qui les payent, alors qu’avec l’argent, on aurait pu la monter, cette ferme qu’on voulait partager quand on était gamins… Tu te souviens, tu regardais ma sœur, tu m’énervais à dire que tu allais la marier ? Tu sais qu’ils l’ont butée, tes potes, ma sœur ? Peut-être même qu’ils ont passé du bon temps avec, avant ? Tu peux penser à ça, ou ton cerveau a fondu dans la calotte ? Putain, il a fallu que ça tombe sur toi, tu pouvais pas être ailleurs, ¡coño !

Tu vas faire quoi, là, me tuer tout de suite ou le faire faire par quelqu’un d’autre ? La besogne, tu n’y as jamais rechigné, je pourrais le dire aux enfoirés qui t’ont embringué là-dedans. T’es pas fasciste, toi, Manolo, tu l’as jamais été ! Je t’ai jamais vu aller voter, à part pour dégager Emilio de la mairie. Pas parce qu’il était communiste, parce qu’il avait pas payé la parcelle qu’il avait achetée à ton oncle ! On est des paysans, c’est la terre qui nous intéresse. Et la terre, c’est mes copains à moi qui vont nous la donner, pas les tiens. Pas ces enfoirés qui vous embobinent mais qui vont pas se faire tuer. Les oliviers, tu sais comment ça fonctionne : il faut qu’ils soient à nous, sinon on gagne rien dessus !

Ça fait trois semaines qu’on est dans ce gourbi, on a plus rien à boire, rien à manger. On s’est planqués là mais on attendait que vous veniez nous cueillir : on en a ras-le-bol de tout ça, on voit bien qu’on pourra pas gagner, qu’ils ont tout prévu, tes chefs. T’as gagné quoi, toi, Manolo, un repas par semaine au mess, c’est ça ? Pauvre vieux, tu vois, c’est moi qui vais crever mais c’est moi qui te plains ! A qui t’auras le courage de raconter ça quand tout va s’arrêter, si tu retournes au village ?

Quoi, tu veux que je ferme ma gueule, c’est ça ? Mais vas-y, fais-moi taire, appuie, c’est rien ça, Manolo. T’as dû en avoir, des heures d’instruction, tu dois savoir t’en servir, de ton fusil ! Vas-y, tire, mais jure que t’iras voir la mère après, que tu pourras la regarder dans les yeux !

C’est beau, ici, Manolo, hein ! C’est là où ça va se passer, ils nous ont dit l’autre fois. On s’est caillés à vous attendre, mais quand le soleil se lève, sur le pic, on se dit qu’on aura un peu voyagé. Je te donne mon foulard, tu le cacheras dans ta thurne. Quand ce sera fini, ramasse un peu de terre, tu lui donneras ça, à la mère. Tu lui diras que j’ai pas souffert, que j’avais un beau sourire sur mon visage. Que je suis avec ma sœur, maintenant, qu’on doit bien s’amuser tous les deux. Elle y croit, elle, à ces conneries.

Attends un peu , Manolo ! Je veux te dire une chose, même si tu voudras pas m’écouter. Depuis que je suis dans la Brigade, j’en ai vu des choses pas belles, des mecs qu’on dessoude parce qu’on peut pas les garder. C’est normal que vous fassiez pareil, c’est de bonne guerre. Mais les mecs de la Brigade, ils pensent ce qu’ils veulent en politique, mais y’en a pas un qui pense pour lui tout seul, tu comprends ? Ces mecs-là, ils sont venus parce qu’ils veulent pas qu’on leur dicte leur vie, ils veulent juste qu’on se fasse un peu moins avoir. Toi, quand tu vas rentrer, t’auras rien de plus que ce que t’avais avant, sauf que t’auras manqué plus d’une fois de te faire descendre et que y’aura fallu que tu me tues moi. Mais les oliviers, tu verras, tu vas te tuer à les cultiver et c’est jamais toi qui toucheras l’argent, jamais toi qu’on remerciera pour tout ce que t’as donné. Et quand tu seras vieux, quand il faudra quand même que t’ailles t’achever à la tâche, ça va te revenir. Tu te diras qu’il avait raison, Federico, parce que tu vas pas pouvoir m’oublier ! A ce moment-là, je te jure, je te tendrai la main et où que je sois, je t’emmènerai avec moi : l’enfer, tu l’auras déjà connu. T’auras qu’à t’occuper du chien, ¡hombre ! tu peux faire ça pour moi, non ? Le vieux cabot, déjà qu’il reverra pas Anna, il va se laisser mourir, il va faire comme la mère.

Vas-y, tire, maintenant, je t’ai tout dit. Tu vois, j’aime autant que ça soit toi qui le fasses plutôt qu’un autre con de ta bande. Un mec qu’aurait vraiment des intérêts à ce qu’on gagne pas. Même si on finira par gagner : vous allez pas pouvoir tous nous tuer ! Allez, Manolo, t’attends pas à ce que je sorte un mot historique. Je suis fatigué de tout ça, ça fait trop longtemps qu’on est partis de la maison, tu crois pas ? Fais gaffe à ce qu’ils la brûlent pas, il paraît que c’est comme ça qu’ils font peur aux paysans, qu’ils leur disent de se mêler de ce qui les regarde. Comme si ça les regardait pas, mais bon, on a plus le temps d’en parler.

Putain, j’ai les foies, Manolo ! J’espère qu’on m’oubliera pas trop vite au village. C’est con, la vie ! On était faits pour avoir des gamins, Anna avec toi, peut-être, moi avec Penelope, si elle avait voulu. Mais on en aura pas et quand les vieux seront morts, la ferme, si vous l’avez pas brûlée, elle ira à je sais pas qui, c’est ballot… Peut-être que tu pourras l’acheter, avec celle des tiens : tu l’auras ton exploitation !

Fais ton devoir, tu pleureras plus tard ! Je t’interdis de chialer devant eux. Toi, je te connais, mais eux, ils ne méritent pas que tu leur dises qui j’étais. Dis-leur plutôt que je les emmerde !

(Silence)

Tu ne vas pas me tuer ?

PAN !

(Silence)

 Extrait du "Poignet d'Alain Larrouquis", Raison & Passions, 2012

19:23 Publié dans Blog | Lien permanent