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25/01/2026

L'appeau des FS*.

IMG_6203.JPGDe mémoire d’écrivain, je ne me souviens pas avoir signé autant de livres qu’hier, au Bar du Plateau, pour la présentation du 3e volume des Figures Singulières, ces livres de portraits qui me déterminent de plus en plus en tant qu’auteur – même si Aurelia Kreit me définit comme romancier. Un monde fou – 70, 80 personnes – dans ce petit bar si symbolique de l’esprit de quartier et de l’identité d’une ville. Il a pourtant fallu lutter contre une météo déplorable, et ici, ça incite toujours le Sétois à rester chez lui ; contre un calendrier défavorable puisque le maire inaugurait son local de campagne juste en bas de chez moi, écran géant et petits-fours à l’appui : lui aura eu 400 personnes, paraît-il, dont quelques-uns qui avaient tout intérêt à paraître chez lui, pas chez moi. Peu importe, moi qui craignais qu’on fût 10, j’ai vu l’endroit se remplir et saturer un poil quand Yves (Izard) a commencé l’interview, un genre qu’il connaît bien et qu’il prépare toujours consciencieusement. Avec l’avantage d’une amitié sans concession, quelques questions un peu pièges, gentiment, sur Biolay – histoire d’évacuer – sur le seul passage un peu complexe d’un des portraits, portant sur la disjonction entre soi et soi-même quant au refus du temps, la coalescence entre ce qui n’est plus, ce qui est et ce qui sera, pas révélateur de mon mode d’écriture mais qui, dans le contexte, reprend la volonté – simple – de faire une tielle pour retrouver le goût de son enfance. Je traite des sujets qui me sont chers, retrouve – et personne ne le sait – le mode d’oralité en public qui me manque depuis que je n’enseigne plus, j’explique ma façon de choisir les portraiturés, pas forcément pour eux mais pour le pan qu’ils représentent, chacun, dans la ville. Personne ne sait non plus que si je me suis lancé dans l’exercice, c’est parce que Nizan a soldé Bourg-en-Bresse dans Présentation d’une ville et que je m’étais un jour juré de me lancer dans la démarche sociologique et historique. C’est une contre-histoire et une contre-sociologie que cette somme-là, que je vais continuer, sans doute jusqu’à l’acte V, comme dans les vraies tragédies. Je m’amuse toujours un peu de mon côté autoritaire, sans y toucher, parce que l’assemblée est intéressée, ça se voit dans les regards, mais n’ose pas participer. Je suis heureux de voir des jeunes que j’ai croqués, dont un que j’ai eu en classe, venu avec ses parents, qui me disent à quel point j’ai dû marquer les élèves. D’une façon ou d’une autre, oui… J’ai des gens chers avec moi qui sont venus de Lyon, ils me laisseront bosser – dédicaces et discussions privées – pendant qu’ils prendront l’apéro, la fonction du Plateau et l’objectif réel de la démarche, la convivialité. Je suis toujours ravi que le bar soit rempli, ça change de quelques rencontres que j’ai vues là-bas qui n’ont pas attiré leur public. Sans doute parce que l’auteur en place avait une trop forte envie de parler de lui, alors que le portrait, même si l’on retrouve (forcément) de l’écrivain qui le fait, c’est d’abord une belle façon de parler de l’autre. Des autres. Ceux qui font sens et somme. Je suis heureux parce que je ne serai pas maire de Sète, mais parce que mes FS laisseront une trace. Et pas seulement par le calembour*, achilletalonesque.

photo: Karine Hermet

Dessin : Christine Puech.

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10/01/2026

Présentation d'une ville (vol.3)

IMG_6153.JPGPour connaître un Sétois, vous pouvez tenter de l’aborder, en espérant que ce jour-là soit le bon...

ou vous en remettre à Laurent Cachard. Pour ce 3e tome de ses Figures Singulières, LC remet l’ouvrage sur le métier, une entreprise désormais reconnaissable entre toutes, malgré les ersatz qu’elle suscite, poursuivant son patient travail de plume- sismographe : aller à hauteur de Sétoises et de Sétois, tendre l’oreille, recueillir la parole, la ciseler serrée sans la lisser, comme on prend le pouls d’un port — sans folklore inutile, sans révérence excessive. Un dosage attentif qui a fait ses preuves jusque-là : deux cuillères de miel pour une cuillère de fiel (léger). LC ne cherche ni l’hagiographie ni l’anecdote. Ce sont des trajectoires plus que des destins, des équilibres précaires entre enracinement et fuite. Le portrait devient un miroir oblique, où l’auteur et son modèle se reflètent, dans une alterbiographie assumée.

Souffrez que certaines confessions ou indiscrétions seraient restées enfouies sans l’art de ce Canut, loin des canulars ambiants. Quand pour d’autres portraiturés, on attend toujours, dans la Venise langue de peille, le mousseur qui réduirait le débit de leur conversation, comme il le fait pour l’eau du robinet.

La lecture avance ainsi comme une déambulation dans L’Expo FS ! de la médiathèque cet été : on reconnaît une voix, un visage, parfois le sien. On comprend surtout que ces Figures ne figent rien. Elles circulent, respirent, s’échappent. Et lorsque se referme ce FS3, il reste moins une galerie de portraits qu’un sentiment persistant assaisonné par LC du meilleur sel : à Sète, les histoires ne demandent pas à être admirées, seulement à être racontées, avant de retourner se mêler au vent et au brouhaha des halles.

 

Les Figures Singulières, vol.3, sortie le 24.01.2026 à 11h au Bar du Plateau

et disponibles sur le site de l'éditeur : https://www.audasud.fr/figures-singulieres-tome-3

Jean-Renaud Cuaz

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11/12/2025

Nous nous sommes tant aimés.

images.jpgOn ne sait pas encore s’ils se sont immédiatement projetés sur les 50 ans (de scène), mais on ne se remet pas facilement d’un tel Everest émotionnel quand sur deux soirs, opposés et complémentaires, six-cents personnes vous font passer l’idée forte que vous n’avez pas fait ça pour rien. Toute une vie validée par acclamation, ça a de l’allure, même s’il faut retrouver le réel. Accepter que ce ne soit que ça, cette intensité poussée au paroxysme, aussitôt envolée quand les lumières s’éteignent. C’est sans doute pour ça qu’après le concert, on trouve autant de personnes qui restent à distance que d’autres qui cherchent à vous happer, les premiers n’ayant pas envie, qui sait, de vous voir régurgité en simple mortel. Deux heures plus tôt, c’est par un vieux titre qu’ils ont ouvert le bal, Nous nous sommes tant aimés, un des nombreux emprunts cinéphiliques de la soirée – entre Attache-moi, Pierrot le Fou ou Mauvais sang, entre autres. Dans le film d’Ettore Scola, Gianni, Nicola et Antonio se heurtent aux lendemains qui ne chantent plusaprès avoir connu les fulgurances de la Résistance, fabriquent, entre contingences et idéaux, une histoire de l’Italie sur trente ans, jusqu’aux 70’s. Ces années pendant lesquelles le petit Pétrier se construisait des histoires mentales, dans sa chambre, inventant des disques – pochettes comprises – sans savoir poser une note de musique. Là, ils sont beaucoup plus nombreux, sur la scène du Radiant, mais la question est la même, d’autant que les temps se sont abolis d’eux-mêmes, les partants n’ayant jamais été aussi présents que ces dernières années, avec l’idée sous-jacente qu’ils pourraient ne plus jamais repartir. Parce qu’il y a dans la durée la notion permanente de recommencement, l’idée d’un projet qui comprend sa propre genèse : sans doute dans les premières notes de Lady Winter était-il déjà contenu, mais sans perception de sa forme. Quand ils jouent sur la scène du Radiant, Pétrier, Perrin (X2) & Co. retrouvent des sensations qu’ils ont déjà connues – j’ai vécu la scène avant - enrichies par l'expérience et la réflexion d'une vie entière. Ils ne diront pas s’ils ont trouvé vieillies, dans la pénombre de la salle, les personnes qui les suivent depuis longtemps, ce serait 1) reconnaître qu’ils n’ont pas échappé au temps non plus 2) briser le cours de la réminiscence qui fait création, donne le matériau d’écriture et de composition. Puisqu’il n’y a pas de linéarité, il s’agit de la créer et quelque part, dans un multivers, tous ceux qui ne sont plus là – Jean, Sandra « Fleur de Métal », Éric et les autres, mais finalement pas tant que ça : en 40 ans, on aurait pu compter plus de pertes, à commencer par moi - auront eu leur concert parallèle, fait de tous ces titres qui n’ont pas été choisis*, d’une connivence que nous ne comprendrions pas, de toute manière. Quand on relie les deux pans d’une longue époque, on prend un double risque, celui de ne pas être fidèle à ce que l’on était (la théorie du salaud), celui de trop concéder à la mélancolie quand tout est encore à refaire, quand on a encore tant de choses à vivre : rien n’a vraiment changé. Et si justement l’on met en lien le début et la fin du Voyage, l’œuvre en elle-même devient un manifeste(o) et sa réalisation à la fois : le projet initial, ramené sur le devant de la scène, acquiert une nouvelle valeur, en soi. Le palimpseste mémoriel que se sont offert les Noz, au Radiant – avant même de l’offrir aux autres – ce questionnement sur le temps, l’Art et la mémoire relève de l’illusion comique : pendant 2h30, chacun a pu replonger dans ses jeunes années, se croire, de nouveau les dents longues et les cheveux dans le vent. Il ne l’avait encore jamais dit jusque-là, mais Pétrier, c’est Dorian Gray,  sans la décrépitude : éternel jeune homme désireux de manger le monde, qui dessine lui-même le processus de la chute inhérente, pour mieux l’éviter. Son Altesse, respectée et adorée du public, et derrière, la vraie peinture de lui-même, sous le bonnet, et l’analepse, toujours, puisqu’ainsi tout reprend de là où ça a commencé. Mieux, là où il n’est jamais allé mais où il veut nous emmener tous, cet été, à l’aube, pour rejouer Bonne-Espérance, en intégralité et costumes d’époque. En plein air, près d’un lac et jusqu’au mur, la limite de tout ce qui est civilisé. Et là, nous saurons.

NB: Les Noz d'émeraude, malheureusement absent jeudi dernier, ressortira au 1er trimestre 2026 avec une édition augmentée. Nouveau format, nouveau papier, nouvelles rencontres. 

 

*Le Voyage
J’empire
Nouvelle Star
Le cimetière d’Orville
Rien vu venir
Juste avant la fin du monde
Cheval Punk
Sculpture lente
Le match du siècle
Marie-Fleur
Une histoire de cul
Mathématiques modernes
Anassaï
Aurélia
Le Signe
Marianne couche
Un 30 avril, sur les Quais
End of the story
Près du vide
Les fleurs
La chambre d’hôtes
Each Uisge
Les Maldives
La fête s’achève

 
 
 
 

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02/12/2025

À pieds joints.

9782336552200r.jpgA priori, le fait que David Allouche, auteur de deux romans, écrive une pièce de théâtre sur un romancier auteur de deux romans qui veut écrire une pièce de théâtre – le plus difficile des arts ! - n’était pas fait pour me convaincre, la mise en abyme étant un effet qui se voit, souvent, un peu trop. Surtout après avoir plongé, en apnée, dans le théâtre minimaliste et éprouvant de Laurent Mauvignier. Et puis la langue, le rythme, l’idée que cet homme d’une cinquantaine d’années (sic) consacre sa vie dérisoire à aller voir du théâtre (toutes les pièces de théâtre !) m’a intrigué et j’ai poussé la petite cinquantaine de pages du monologue pour savoir ce qu’il allait advenir de cet individu indécis en tout sauf dans la projection de sa propre fin. Je mourrai au théâtre, dit-il, de façon spectaculaire, en respectant les unités du genre, mettant fin ainsi au questionnement qui ponctue le récit (a-t-il vécu ou pas ? aimé (bien) ou pas ?). On pourrait vite le trouver geignard si sa métaphysique ne finissait pas par épouser des questions plus larges, comme la religion du père et, au-delà, celle de Sarah, dont on pût croire, au nom, qu’elle était juive mais elle ne l’était pas. Et quand arriva le 7octobre, c’est Roméo & Juliette qu’on rejoua, sans qu’il fût Roméo pour autant. Tiens! Sarah, c’est aussi le nom du personnage féminin, qu’on vit in abstentia, via l’amour impossible que lui porte le troisième contrebassiste (tout au fond, en haut), de la pièce de Süskind évoquée dans l’énumération de départ - ce qui par ailleurs est lui faire beaucoup d’honneur… 

Il y a du lyrique, sur quelques envolées, du pathétique, au sens propre, dans la façon dont l’homme s’expose et commande deux coupes de Ruinart au Bar de la Comédie française pour les boire seul. Il y a dans l’illusion comique des références précises aux ainés (Molière et Corneille), à la mythologie, une réflexion sur le temps (je fus tout et ne suis plus rien), ses mutations brusques, une autre sur l’écriture elle-même, pieds nus sur le parquet. Et dans l’emprunt à Hamlet (words !words !words !), le danger qui guette tout exercice de création : le mot de trop. En 50 pages, peu de risques (l’auteur avoue lui-même avoir privilégié des romans courts pour ne pas ennuyer), même si – la règle d’une critique, trois caresses pour un coup de griffe – la dernière scène ne paraît pas apporter grand-chose à l’ensemble. Il faudra la voir jouée – les didascalies sont comprises – cette pièce, souhaiter qu’elle le soit avec beaucoup de finesse, par un acteur tout en retenue. Mais c’est (toujours) à Louis Jouvet, quand on parle de théâtre, que revient, dans le Comédien désincarné, la chute (la Chute !) : Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, de plus nécessaire que le théâtre.

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13/11/2025

Mathias & Marie - 10 ans.

2876391494.jpgLa thématique des dix ans m’a toujours porté et j’envisage de retourner à Ouessant en 2027 parce que j’ai métaphoriquement promis d’y faire le Voyage tous les dix ans, peut-être. Forcément, le souvenir du 13.11.15 est prégnant, je dois y accoler la difficulté d’être loin des miens quand c’est arrivé, d’avoir eu l’impression de ne pas pouvoir les protéger, même s’ils n’étaient menacés en rien. Dix ans d’études, de témoignages, de reportages (j’évacue tous ceux qui jouent la carte de la musique dramatique…) m’ont permis de comprendre mieux ce syndrome, l’idée qu’on ait été touché soi-même alors que rien ne peut remplacer – hélas – ce qu’ont vécu les vraies victimes et, plus encore, la culpabilité avec laquelle doivent vivre ceux qui ont échappé à la mort sans savoir pourquoi. Qui doivent se demander pourquoi eux sont (encore) là et pourquoi d’autres non. Il y a dix ans, j’avais choisi, au hasard, ces deux-là, Mathias et Marie, sans rien en savoir, je les avais isolés, un temps, du reste des victimes pour qu’on mette un visage sur un temps qu’on avait fauché, celui qu’il leur restait à vivre, les projets, les amours… Sans doute parce qu’ils avaient l’âge, à peu de choses près, de mon propre enfant, que parler d’eux empêcherait de les savoir morts tout à fait. Depuis, une association leur a été consacrée, dans une réalité qui convient davantage que la seule façon que j’ai trouvée de parler d’eux à cet instant-là. Depuis, je lis qu’il est de plus en plus difficile pour les familles des victimes de ce vendredi noir de n’entendre parler que du Bataclan, et pas des autres lieux de carnage. Même la commémoration est sélective, si on n’y fait pas attention. Depuis, j’ai écrit, comme beaucoup d’autres, une chanson pour Éric Hostettler, trois jours après les faits, le temps de me reprendre. Même si on ne se remet jamais de ça, si un tel repère partagé dans les existences de chacun nous a tous figés ce jour-là, à l’âge que nous avions, à ce que nous vivions alors. Cette notion d’événement qui m’a toujours interpellé, qui varie selon que l’on est historien, philosophe ou, au plus près, secouriste, policier.

La tuerie de Charlie-Hebdo avait déjà bien atteint notre idéal de société juste et commune ; celles du 13.11, quand j’y repense, cliniquement, l’a achevé, en ce qui me concerne, même si la solidarité immédiate a été belle, spontanée. J’envie ceux qui y croient encore, moi, je me suis mis en retrait, ne survis que par la Beauté. Et si je repense à Mathias et Marie, c’est parce que je pense à tous les autres : les morts, les blessés, les traumatisés et les hébétés que nous sommes tous restés.

17:13 Publié dans Blog | Lien permanent

12/10/2025

Murat sur un Plateau.

IMG_5766.jpgÉvidemment, il a suffi que j’annonce au public venu me rencontrer au Bar du Plateau que je tiens toujours le journal des rencontres en train de se faire pour que je procrastine et attende les premières minutes du jour d’après. Mais c’était hier (donc) matin, et j’ai présenté Un monde sans Murat pour la première fois en public, sans assistance – ni interviewer, ni musicien – à l’ancienne : je me suis posé, et de ma voix haute j’ai parlé de Jean-Louis Murat à ceux, nombreux, qui ne le connaissaient pas ou mal. Toujours, dans ces cas-là, le souci est de se montrer clair, exhaustif et limité dans le temps, pour ne pas lasser. Toute proportion gardée, je garderai jusqu’au bout le souvenir d’un Axel Kahn clôturant les Assises de la bioéthique, à Paris VIII, sans note, demandant à l’assesseur de combien de temps il disposait (20mn) et organisant sa prise de parole en fonction. C’est avec moins de gravité, simplement, que j’ai parlé de Murat, de ce qui nous liait et, surtout, de ce qui a provoqué ce besoin d’écrire ce livre sur lui. J’ai évoqué la construction de l’ouvrage, l’importance de son sous-titre, Variations, puisqu’il comprend des genres différents comme le portrait, l’entretien, la chronique et la nouvelle. J’ai évoqué ce fameux premier article de blog, en 2009, qui a tout entraîné, puis les thématiques développées dans les nouvelles, dont l’Irrégulière, un texte que j’ai lu seul, à voix haute, a capella. J’ai parlé d’autres souvenirs qui sont venus, spontanément, comme les endimanchées – titre de la première nouvelle, la plus longue – du sourire à Drucker et, dans l’Irrégulière, de Jeanne Moreau, de Jules & Jim, d’Henri-Pierre Roché. Mes thématiques. Quand on s’adresse à un public neuf, qui ne connaît pas (encore) vos obsessions, ça marque. J'ai lu la note que j'avais envoyée à Didier le Bras pour dire à quel point le Bougnat était essentiel à ma vie; un bout de la fin de mon Irrégulière. À force, je connais les réactions, je crois pouvoir dire que ça a plu (coquetterie). Mais le plus beau, dans tout ça, c’est qu’un bon nombre de futurs lecteurs ne connaissaient pas Murat, qu’ils vont découvrir parce que je leur en ai donné envie. Je leur ai demandé de l’écouter, pas d’aller voir les vidéos de ses outrances sur Internet. Il y a quelques titres qui ont dû circuler, aujourd’hui (hier) et c’est une réussite, en soi. L’éditeur me dit que les commandes sont déjà importantes, à notre niveau, et émanent de la France entière. Ça veut dire que Un monde sans Murat bruisse déjà, un peu. Je l’ai écrit pour rendre à JLM un millième de ce qu’il m’a apporté, en trente ans : sans flagornerie – pas son genre, ni le mien – sans une once d’appropriation, puisque c’est la limite. J’ai hâte, déjà, d’être aux prochaines rencontres, hâte que d’autres s’annoncent, puisqu’un Monde sans Murat, c’est un monde que l’on se doit de partager, et pas seulement entre nous. Merci à Sarah et Rebecca, toujours là pour moi.

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25/09/2025

LM WAS HERE (MAISON VIDE & PLEIN DE SENS).

LM&MOI.jpgDrôle de sensation que de rentrer ce soir du grand entretien avec Laurent Mauvignier, et du dîner qui a suivi. Outre le Momentum littéraire, de haut niveau – il faut toujours inviter des auteurs qui ont quelque chose à dire sur la littérature, pas seulement sur leur roman – il y a eu cette rencontre avec un écrivain qui a marqué ma vie : nous avons le même âge, à quelques mois près, et les thèmes d’écriture que nous avons choisis, chacun de notre côté, sont diablement identiques. À la différence près que la Maison vide, le livre dont tout le monde parle et pour lequel, sans suspens et sans concurrent, il va décrocher le Goncourt, prochainement, une anomalie – sans jeu de mots – pour quelqu’un qui aurait pu être récompensé dix fois déjà, pour dix romans différents, est un roman, je l'ai dit, comme il en paraît un tous les cinquante ans. Alors, attendre Mauvignier au pied de l’escalier de l’Orque bleue, c’est se remémorer les rencontres avec Pascal Quignard, Pierre Jourde, Éric Chevillard, Alexis Jenni et autre ; c’est se dire que le premier contact, dans la réalité, est un sérieux indice sur la dimension du bonhomme : je suis rassuré, je le trouve plus en forme que sur des photos des mois antérieurs qui circulaient. On marche jusqu’à la Maison régionale de la mer, qui accueille les Automn’Halles pour la première fois – le quotidien local en a fait un sujet en réussissant l’exploit de ne citer ni Mauvignier ni Haddad, que Marie-Ange interrogera samedi… Première victoire sur une communication un peu poussive, la salle est pleine, il y a entre 70 et 80 personnes qui prennent place, peut-être plus, je ne sais pas, mais déjà l’exercice est réussi, la crainte initiale évacuée. Les deux Laurent prennent place sur la scène – à l’inverse du roman, on ne peut changer de prénom parce que trop commun, comme le patriarche du récit, Firmin Proust, qui s’appelait Paul, à l’origine. C’est la première grosse révélation (ou pas) de la rencontre, Mauvignier évacue d’un coup d’un seul la nuance autofictive entre narrateur et auteur, la Maison vide, c’est l’histoire réelle de sa famille à lui, avec des failles sidérales, comme la grand-mère tondue à la Libération, le père suicidé parce qu’il n’a pas supporté l’Algérie etc. Mauvignier raconte comment il a inscrit cette histoire dans la réalité historique, l’entrecroisement de trois guerres sur quatre générations (en comptant celle du narrateur), dont on a parlé sans rien y comprendre, une qu’on a tu, à un niveau de névrose que personne ne peut soupçonner. LMV, c’est donc le récit de trois femmes, qui finiront, par obligation, par démontrer que la présence des hommes, finalement, n’est pas nécessaire au bon fonctionnement de l’entreprise familiale et plus globalement de la vie en général. Les hommes sont au front, l’Histoire se passe, elle est perçue via la distance de la Bassée, cette vie à l’arrière de tout où la guerre se perçoit via les morts qui, à force d’encombrer les devants des maisons en deuil (par la croix) se réunissent en des monuments aux morts devant lequel Marguerite, la dernière, tentera de deviner à travers ce qu’aurait été sa vie avec une mère aimante et un père présent. Mauvignier remonte l’écheveau de la patate chaude des histoires familiales, il est dissert en tant qu’auteur, bon client, semble apprécier les questions d’un interlocuteur qui a retravaillé TOUTE son œuvre avant de le recevoir, ça change des émissions télévisées où l’on passe plus de temps à parler autour du texte que du texte lui-même. J’adapte, c’est prévu, mes questions, reviens sur des sujets qu’il aborde lui-même, la topologie, les récits dans le récit, je regarde le public captivé et me réjouis parce que l’auteur est captivant – je le savais – mais qu’il faut aussi savoir lui donner la réplique. Il parle de ses recherches, de ses inspirations – l’enterrement de Jules est inspiré  d’une toile de Courbet, le prénom Florentin de la peinture du XIX°, également – on bifurque sur le sujet de la Guerre d’Algérie, traité en filigrane dans ce roman-là, abordé dans Des hommes, évidemment, mais aussi, indirectement dans Apprendre à finir – paru en 2000, dont Mauvignier lâche qu’il a failli s’appeler… la Maison vide – dans Seuls, dans le Lien. Mauvignier confesse une irrépressible envie de savoir les choses, qui l’a poussé, enfant, à poser les questions là où d’autres se seraient tu. Il avoue également ne jamais dissocier la réalité de ce qu’on en raconte, même pour des scènes de massacre à la tronçonneuse. Alors, pour des scènes de guerre, dont les protagonistes disent eux-mêmes qu’il n’y a rien à en dire tant c’est indicible… De temps à autre, je regarde ce type à côté de moi, avec ses boucles de marin, j’ai du mal à me dire qu’il est là et il sera dur, après ce que j’ai vécu, de vivre des émotions aussi intenses : celles d’un lecteur, qui voudrait que le temps s’allonge, que des questions fusent, du public. Il n’y a que Marie-Ange qui me reproche de ne pas avoir parlé de Continuer quand j’ai délibérément évacué la question, pour rester dans le temps imparti. Il répond un peu à côté en parlant de Dans la foule et de Autour du monde, avec ses premiers lecteurs qui lui ont répondu que même en ouvrant sur le monde, il finissait dans ses huis-clos pré-carrés. C’est drôle, parce que l’auteur a du recul sur son œuvre – c’est rare – parce qu’il s’amuse de lui-même en disant que finalement, si c’est être passé d’une Maison vide à une autre en 25 ans, il n’a pas trop avancé… On a parlé un peu de cinéma, il s’est aventuré sur la question de Dieu – concédant lui en avoir beaucoup voulu – sur l’époque, l’information, les petites crottes que des auteurs satisfaits peuvent laisser et le doute avec lequel les vrais continuent d’avancer, bon an mal an. La suite est agréable, conviviale, laisse déjà l’impression proustienne – on y revient – qu’il valait mieux que les choses ne fussent pas encore arrivées pour qu’on n’ait pas à regretter qu’elles soient déjà passées. Mais Laurent Mauvignier was here, à Sète, j’en suis témoin.

Photo : Florence Montferran.

NB2: Ci-après, le fond d'écran qui n'a pas pu être projeté.

et au coeur de la nuit, la version audio (en deux parties) :

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22/09/2025

Faire les liens.

lmgrandentretiencom-page-001.jpgJ’avais moins de 30 ans quand Laurent Mauvignier a publié Apprendre à finir, j’ai remisé la (grosse) nouvelle que j’avais écrite sous ce titre. Qui n’aura manqué à personne. J’avais 40 ans quand Des hommes est sorti, un an après Tébessa 1956 et que j’ai vu la grosse machinerie de l’édition se mettre en marche, pour de bonnes raisons (pour une fois). J’avais 45 ans quand Valse, Claudel est sorti au Réalgar avec en final le poème Camille, qui reprend ce Quelque chose d’absent qui me tourmente que j’ai fait rimer dans le Square de mon ami Éric avec Ta fossette rieuse et tes Diabolos menthe. J’ai 56 ans et j’ai eu le privilège de lire la Maison vide deux mois avant tout le monde avant de recevoir son auteur jeudi à 18h30 à la Maison régionale de la mer, pour le grand entretien des Automn'Halles.

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