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27/07/2022

Rappel de beauté absolue.


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09:58 Publié dans Blog | Lien permanent

17/07/2022

Recours aux forêts.

forêts.jpgIl est possible que toutes les œuvres naissent d’un accident. À l’origine, une aquarelle ratée, que le peintre déchire, et une intuition qui naît : en rapprochant les deux pans du travail détruit, une faille verticale apparaît, et c’est une genèse, celle de la verticalité des arbres, ceux des forêts dans lesquelles il a l’habitude de se promener, se ressourcer. Il ne se rend pas compte, à l’instant, que reconnaître une faille, c’est en valider le principe, accepter que toutes celles qu’on a refoulées vous submergent un jour, nourries de l’hypersensibilité. Il n’en est pas là, le peintre, il se dit qu’il a trouvé un sujet, un de plus, et quand il découpe l’aquarelle en fines bandes, quand il crée un mouvement dans le sens inverse de ses Horizons, il est happé par la création, ne se méfie pas de l’origine des forêts, des orées à ne pas enfreindre. Il est passé plus d’une fois par Brocéliande, ce Breton d’adoption, pourtant, y a ressenti les esprits et les ambiances, mais là, pas de fontaine de Barenton, pas de Méléagant qui rôde, non, juste un chemin qui, dans l’acte même de créer, va générer d’autres accidents, qu’il ne maîtrisera pas, cette fois, et dont il ne tirera rien, sinon de la douleur et – paradoxe à part – un sentiment d’asséchement. Comme si le mythe de la Création qui se retourne contre celui qui l’a provoquée s’avérait, le voilà qui subit l’épiphénomène d’une déception amoureuse extraordinairement prévisible, de celles qu’on devine la seconde d’après celle de la cristallisation. On a beau jeu de s’acoquiner, d’aller chercher les sensations fortes loin de sa zone de confort, l’illusion de la Beauté ne fait pas la Beauté elle-même. Et la chute n’est jamais loin quand les repères se mélangent. Les forêts ont toujours joué leur rôle cathartique, dans le recours qu’on sollicite chez elles. C’est, dit Jünger, la monade originellel’existence dans le présent, tout ce dont le peintre, quand il se détache du sujet, est privé : là où devrait régner le secret – l’intime, le foyer ou la citadelle – c’est le manifeste qui s’impose et engendre la mélancolie. Celle qui empêche, fige, comme si un sort avait été jeté. La forêt est la grande demeure de la mort, le siège d’un danger d’anéantissement, dit-on dans le Traité du Rebelle. En perdant pied, celui qui les a peintes a symboliquement lâché la main de celui qui devait le guider pour surmonter sa crainte. Il se sent seul, même quand on l’accompagne, dans son spleen, et ses projections sont douloureuses : plus d’inspiration, plus d’envie. Des cieux bas et lourds qu’il peint dans ses marines, il ne perçoit plus l’éclaircie, qui centre le regard. La conscience du temps qui passe s’exacerbe d’elle-même, les enfants s’en vont et vivent leur propre vie, les amours, comme le corps, se délitent, rien ne semble pouvoir éclairer le constat : la vie est dure pour ceux dont la perception de son irréversibilité est aigüe. Baudelaire l’avait pourtant prévenu, mais il l’a pris, comme tout le reste, dans sa dimension esthétique, rien d’autre. Ses lignes verticales sont devenues des barreaux, il s’ankylose, jusqu’à la camisole chimique, qui ne fonctionne pas. C’est la conscience de ce qu’il vit qui crée la douleur, il se sent seul alors que jamais la solitude ne l’a effrayé, jusque-là : on ne crée que seul, et il n’a jamais eu besoin de ceux dont il souffre aujourd’hui qu’ils lui tournent le dos,  ne les a peut-être jamais considérés. C’est un cercle vicieux, qu’il a tenté de briser, radicalement (ou presque). Sans ignorer que la mort viendra d’elle-même et que la seule trace qu’il faille laisser, c’est celle de la réalisation, par l’œuvre. Il sait également qu’il en sortira, de ce mal de vivre, c’est écrit dans la chanson. Pas celle qu’il connaît mieux, celle de la maladie, du mal amer, et puis la fatigue aussi. Et son refrain, lancinant : que vas-tu faire, à minuit, seul, dans la forêt ? Elles reviendront, les joies simples, les mines rassurées de ceux à qui il pourra au moins faire croire qu’il va mieux, juste pour le plaisir. Il observera sa vie, le temps qu’il en reste, sourira peut-être de ce qui l’a fait tomber. La tristesse ne dure jamais : la cultiver, c’est s’y complaire, l’apprivoiser, c’est s’y soustraire. Mais il est dur au peintre de dissocier l’œuvre de ce qui la nourrit, et parfois la broie. Elle est là aussi, la tentation de Démocrite.

Photo: Erell Henry

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06/05/2022

Simplicité d'esprit.

Jim Kerr.jpgOn va voir les Minds comme on décide, un soir, de se refaire un blockbuster de cinéma, pour le plaisir, pour se rappeler à quel point on l’a aimé à sa sortie, quand la vie était plus simple, peut-être, à moins qu’on en enjolive le souvenir. Devant la Halle Tony Garnier, hier, la foule qui affluait était monochrome, teintée de gris dans les cheveux et vêtue de façon anachronique, veste en jean avec des patches pour les filles devenues femmes et blouson en cuir un peu (trop) près du corps pour les hommes. Une concentration exceptionnelle, statistiquement, de vaporettes, des kebabs qu’on avale comme à l’époque sans se soucier des conséquences digestives dans la nuit, pas de doute, on était bien dans l’attente d’un des groupes des 80’s qui s’en est le mieux sorti, ontologiquement, qui n’a pas cédé aux placements fosse or ou zone VIP. C’est à l’ancienne, tu rentres, tu avances, et si tu es plus grand que les autres, eh bien, tant pis pour eux. Évidemment, il vaut mieux, sans doute, voir les Minds en hiver plutôt qu’en été (ou presque), parce que la redingote écossaise de Jim Kerr à la salle 3000, en 2015, ne sera jamais égalée. Là, c’est élégant, veste, jean, petite écharpe de tweed, un ou deux morceaux oubliables pour commencer et le récital, au sens propre, peut démarrer : des tubes par dizaines, la bande-son de l’existence de chacun des êtres réunis dans la Halle aux bestiaux. « Mandela Day » pour commencer, « Waterfront », « Someone somewhere (in summertime) », « Alive & Kicking”, “Belfast Child”, tout cela dans le désordre, en deux temps, avec un Jim qui a trouvé la formule que ses camarades de l’époque n’ont jamais trouvée : deux choristes qui montent dans les tons, voire qui chantent à sa place, une batteuse exceptionnelle qui finit les morceaux debout, Charlie à la guitare pour sauver la formation d’origine, et une réelle joie d’être là, deux ans après la programmation initiale, deux ans passés, dit-il, à faire fructifier l’argent qu’on lui a donné et qu’on n’a pas repris, en gage de fidélité. Il est drôle, (toujours) beau, il est, disais-je déjà il y a sept ans, l’inverse de ce que Bono est devenu. Et puis surtout, en une seule phrase restée célèbre (« let me see your hands ! ») et répétée à l’envi, il te crée une union populaire à lui tout seul et en une seconde et demie, autorise tout le monde à hurler ses textes en yaourt, et laisse chacun de nous se prendre pour Bender, de « Breakfast Club », le temps d’un « Don’t you » de 15,26 minutes. Décor, lumières, son impeccable (une gageure, à la Halle), tout était formidable, hier et les Minds, comme nous, n’avaient pas envie de partir, ajoutaient un morceau, puis un deuxième, un troisième, finissaient par un « New Gold Dream » dont le refrain, seulement, ainsi, allez, que les courbatures de fin de soirée, et la gueule de bois de ce matin, rappelaient qu’on parlait là des années 81,82,83,84 (In English, please !).
Photo: Joël Cathebras
 
NB : J´avais raconté, ici, cet épisode de mon épreuve de philosophie, au Bac, pendant laquelle j’avais remarqué ma jolie voisine du rang d’à côté, deux places devant. Je crois qu’elle m’a permis de me tirer de cette épreuve, et d’aimer la matière au point, bien des années après, de l‘enseigner moi-même. Elle avait quand même dû remarquer quelque chose - pourtant nous n’avons pas échangé un mot - parce qu’une ou deux semaines après, nous nous sommes retrouvés, et reconnus, au concert de Simple Minds, au Palais des Sports de Lyon. À cette époque, dans les concerts, les mains se frôlaient un peu, puis les corps se rapprochaient d’autant et enfin, suivant l’humeur et la volonté de la demoiselle, les lèvres se touchaient et les langues se mêlaient. Ce soir, elle sera peut-être dans la salle, comme moi, mais notre histoire n’a pas dépassé le dernier rappel, il y a trente-six ans, et il y a peu de chances qu’elle reprenne : la vie a changé, depuis, les règles du jeu aussi. Mais j’aurai une pensée pour elle, dont je ne connais pas le nom.
Let me See your hands!

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02/05/2022

Comme dans une chanson de Springsteen.

En voilà une belle histoire que cette chanson, qui réunit deux copains de trente ans, Gérard Védèche & Eric Hostettler, et deux autres de quarante-cinq, Denis Simon et moi-même. Dans ce film de Paul Herfray, il y a du Franck Gervaise, également, et des caméos du Boss lui-même et de Olivia Capecchi. L'Amérique des autres. Enjoy!

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16/04/2022

Va, ma mémoire est inflammable.

IMG_0908.jpgÀ force d’avoir laissé le temps passer par derrière – en vision sartrienne – on a fini par oublier que ça fera bientôt 30 ans de scène partagée avec Jean-Louis Murat. Je m’entends : je suis toujours resté sagement à ma place, dans la fosse comme hier, aux Abattoirs de Bourgoin-Jallieu, 10 ans après que je l’ai vu là-bas, déjà, comme partout ailleurs, principalement dans les petites salles de la couronne lyonnaise, les Transbordeur et autres Salle Rameau n’étant plus qu’un vieux souvenir pour lui et son public de sexagénaires ou presque. Jean-Louis Murat, je l’ai dit souvent, c’est l’histoire d’une anomalie musicale, depuis longtemps : un premier 45t mythique, au titre prometteur (« Suicidez-vous, le peuple est mort ») et puis ensuite, la volonté des maisons de disque d’en faire un concurrent à Julien Clerc, à base de chansons qu’elles n’ont pas comprises et de zooms sur les yeux bleu délavé, et la moue boudeuse. Ensuite il y eut la phase provocation permanente et outrance à foison. Jusqu’à ce que, depuis une petite dizaine d’années, il décide de ne plus faire que ce qu’il sait faire, jouer avec ses potes, sur scène comme à la maison. Ne plus se soucier du public qu’en lui donnant ce qu’il est venu chercher, de la musique. Pas celle qu’il s’attend forcément à entendre, mais ça, c’est lui qui décide. Et l’homme étant prolifique, et guère porté sur la nostalgie, on ne s’illusionne plus depuis longtemps d’entendre les vieux titres que les fans portent comme d’imbéciles privilèges, parce qu’ils les ont entendus. Je le sais, j’en suis. Pour autant, hier, aux Abattoirs, c’est en quatuor que le Bougnat s’est présenté, avec les fidèles Denis Clavaizolle aux claviers, Fred Jimenez à la basse et, nouveauté de la tournée, Yann, fils du premier nommé, à la batterie, en lieu et place – ce qui ne veut rien dire, en musique – de Stéphane Reynaud. Clavaizolle (Denis) de retour, c’est plus de nappes, forcément, et un léger recul de Jimenez, revenu de Johnny (et pour cause), mais c’est une session rythmique qui pose des spectres gros comme ça avant que le patron, dont on se demande s’il ne lance pas des accords de guitare avant même de savoir ce qu’il va jouer. Une fois les intros posées et le groupe en place, il extrait de son pupitre les textes qui paraissent secondaires, et fondés, en refrain, sur les Ouh Ouh Ouh et les Yeah de tout Bluesman qui se respecte. Voix plaintive ou de tête, Bergheaud chante son dernier album, la vraie vie de John Buck, et remonte quelques titres de ceux d’avant, de Baby Love à Morituri. Presque enjoué, sifflotant et esquissant quelques chorégraphies assises, il enchaîne sans parler, les trois musiciens jouent des chœurs réguliers et féminins, on passe du Blues trainant (Jean Bizarre, La Princesse of the Cool, Cine vox…) à des morceaux presque dansants, comme le tubesque Chacun sa façon ou le gervaisien Franckie et quand on connaît l’énergumène, on se laisse aller à croire qu’il est bien, là. Qui change même l’ordre de la set-list en disant qu’on a l’air sympa et qu’on va leur jouer quelque chose de cool. Un temps, le cœur s’arrête et on se dit qu’il va sortir un Troupeau, ou l’Irrégulière, histoire de boucler une boucle de vingt-cinq ans et d’un week-end pascal. Apprends à t’aimer, chante-il, a capella d’abord, puis repris par la troupe. Clavaizolle se positionne au piano solo, et ramène, de Taormina, le sublime Chemin des poneys, ou bien ma mémoire a-t-elle confondu des titres, et ramené le peine d’amour, peine toujours, peine de cœur à la surface. Peu importe, il arrive toujours ce moment où l’on regarde Jean-Louis et qu’on se dit qu’on a toujours eu besoin de lui et que si j’ai toujours combattu l’espèce de béatitude qui règne chez ses fans, il pourrait bien chanter le bottin, me glisse l’ami Olivier retrouvé là-bas, ça ferait l’affaire, encore et encore. Je me revois me morfondre sur l’anthologique Maîtresse du live de 93, et là, trente ans après, c’est un très beau septuagénaire aux éternelles allures d’ange déchu (yeux fermés, sourcils nourris, taille affinée, beau t-shirt Budapest) qui se risque – après un long Battlefield -  à « plomber la soirée » en chantant, toujours en piano-voix, le sublissime Arc-en-Ciel, son refrain qui perfore : Je suis devenu un coucher de soleil Je parle comme les feuilles d'avril Je vis enfin dans chaque voix sincère Avec les oiseaux je vis le chant subtil. Murat, ça n’est pas la madeleine, c’est l’étal complet du boulanger. Il peut finir sur un Taormina (le titre) dantesque, comme il finissait jadis par le jour du jaguar ou, plus en avant encore, la fin du parcours, étalant le morceau et ses reprises jusqu’au bout de la nuit berjallienne. Bergheaudienne. En quittant les Abattoirs, je me demande s’il y sera encore en 2032, si je serai dans la fosse, encore. Pour plus de précautions, je serai à Montpellier, en septembre. Après chaque accident – fût-il phénoménologique – il faut se palper, vérifier qu’on est bien en vie toujours. C’est à ça que me sert un concert de Murat, tous les ans ou presque : la pharmacienne d’Yvetot ne saurait rien me prescrire de mieux.

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19/02/2022

Mais mort ou vif...

IMG_0639.jpgIl y a des domaines dans lesquels la fidélité est encore plus parlante que dans le couple. En Art, par exemple, quand il s’agit de suivre la carrière d’un être dont on a connu les débuts. Voir comme il évolue, comme ses choix s’affirment, varient, s’épuisent, parfois. Il y a des chanteurs ou des chanteuses que j’ai vus des dizaines de fois depuis près de quarante ans et dont je ne me suis jamais lassé : Jean-Louis Murat, Stephan Eicher, le Voyage de Noz ; d’autres que j’ai lâchés après des années de route commune, pour des raisons différentes : Miossec, Kent. Il y a ceux qui m’ont quitté alors que je les aurais bien côtoyés encore : Barbara, Bashung. Ceux que j’aurais pu ne jamais voir avant qu’ils partent : Ferré, Trénet, les deux dans le même écrin qui accueillait Benjamin Biolay hier, en régional de l’étape, à l’Auditorium Maurice Ravel. Un lieu qui ne bouge pas, dans son architecture post-sovietique et son acoustique à tout rompre. Biolay, chanteur-crooner de variétés, accompagné par l’Orchestre National de Lyon, c’était un rendez-vous qui promettait, rappelait des moments importants de la chanson française, Sanson ou Sheller en symphonique, par exemple. À 20h pétantes, après ces moments privilégiés où le spectateur voit s’assoir, s’organiser et s’accorder quatre-vingt musiciens très hiérarchisés, première violoniste en tête, Philippe Delon, chef d’orchestre flamboyant en sus. Biolay, en smoking César, intimidé, limitera son jeu de scène à sa façon d’arpenter, comme toujours, les quinze mètres qui le séparent, à sa droite, de Pierre Jaconelli, son guitariste et à sa gauche de Philippe Almosino, son autre guitariste, en faisant mine de vouloir en découdre. Serrant ses deux mains sur son cœur pour remercier ses fidèles de lui offrir une vie comme ça, et la possibilité d’avoir derrière lui ces musiciens millimétrés qui ne lui laisseront pas la liberté qu’il a sur une scène rock, mais inscriront ses mélodies dans la part de Sacré qu’elles révèlent. L’entrée sur « Négatif » et son crescendo laisse imaginer bien des choses, des envolées lyriques et, dans la salle, le public est essentiellement féminin et déjà en transe. Qu’il enchaîne sur Lyon presqu’île est quasiment un dû, ici, et, si ça fonctionne, il manque un petit quelque chose qui fait que ça ne décollera jamais vraiment : des morceaux (forcément) bien interprétés, mais qui retombent vite, trop vite, comme les mythiques « Cerfs Volants » ou le sublississime « Ton Héritage », la chanson dont chacun est persuadé qu’elle a été écrite pour son fifils ou sa fifille. Il y a tous les ingrédients, mais l’interprétation est presque contrainte, sans doute liée à la structure réglée des morceaux rendus classiques. BB, qui n’a jamais vraiment su quoi faire de son corps sur scène, bat le rythme de la main et colle un peu trop aux feuilles de son pupitre : on finira par lui reprocher. La réception est complexe, également : un concert assis, un public sélect à qui Lennon aurait demandé de secouer ses bijoux, on projette davantage l’incendie qu’on le vit réellement. Mais ça marche quand même parce que les chansons sont belles et qu’on les découvre sous des formes inédites : « Comment est ta peine » fait se pâmer les femmes, les hommes qui les accompagnent aussi, et il y a – quand même – deux faits d’armes auxquels on pouvait s’attendre, au vu de leur construction : « À l’origine », long tableau post-apocalyptique, se termine en hallali musicale, et « la Superbe », chef-d’œuvre éponyme de l’album du même acabit, est sans doute le morceau qui justifie depuis quinze ans, qu’on accompagne un jour cet homme et ses chansons de la façon dont ils le méritent : avec cette organisation politique hypra-structurée qu’est un orchestre symphonique. Sans doute a-t-il, pour cette première, mesuré le chemin parcouru, sans doute a-t-il été un peu impressionné ? Ceux qui le verront ce soir le diront. Moi, je continuerai de le croiser sur le quai de Bosc, devant Monoprix, ou sur le stand d’Olivia, à la brocante. Et d’aller le voir sur scène cet été, sans doute. Après le Voyage de Noz à À Thou Bout d’chant, puisque j’ai appris hier que Pétrier et sa bande allaient y jouer début juin. Pétrier, qui n’aime pas Biolay, qui aimerait certainement Pétrier, s’il le connaissait. On y croisera peut-être Thaïs Té, chanteuse croix-roussienne, que BB a invitée à chanter « Brandt Rhapsody », en lieu et place de Jeanne Chéral et « la Ballade du mois de juin » en remplaçant Chiara. Rien que ça. Mais bon, BB s’est bien pris, le temps d’un récital, pour Sinatra (« It was a very good year », dans un anglais, euh…) et pour Luis Mariano (« C’est magnifique ») : ça n’était pas les Beatles au Palais d’hiver, en 65 – private joke – mais c’était important d’y être, je crois.

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31/12/2021

0 (LIFT OFF).

Voilà, le CDT, c'est terminé. Après 13 années d'existence, dont 8 avec une note quotidienne, comme cette année, avec quelques ratés, forcément. Je ne retiendrai évidemment que les bons moments, ces élans qui m'ont donné confiance en l'objet-livre, les invitations autour de Tébessa, les chroniques écrites au petit matin quand elles n'étaient pas écrites en plein concert, je retiendrai les centaines de pages noircies à propos de Fergessen, du Voyage de Noz, de Jean-Louis Murat, qui a fait connaître l'article que j'ai écrit sur sa venue à la FNAC, il y a bien longtemps. Je retiens aussi les comptes-à-rebours, sur mes 50 ans, sur la (re) naissance d'Aurelia, sur mon arrivée à Sète. Le temps a passé, des choses ont changé et si j'ai pu blesser quelqu'un à travers mes mots, et s'il me lit encore, alors je m'en excuse (sauf un). Un blog qui meurt, c'est un peu triste, surtout que je sais qu'il y en a encore pour venir chercher la note tous les matins. Je l'ai fait moi-même pour des blogs-amis, je sais de quoi je parle. J'en ai eu, des suiveurs, j'en ai rencontré certains, en ai fui d'autres, on me demandait parfois d'être moins noir, j'ai de temps à autres obéi à certaines commandes. Je me suis fait black-lister de certains festivals du livre, j'ai impressionné d'autres organisateurs, tellement qu'ils ont préféré ne plus m'inviter. Mais rien de grave : je vais entamer 2022 en compagnie du virus, à l'isolement, ça ne me pèse pas. Je reviendrai ici de temps à autre, sans plus m'obliger de rien : le pire, pour un blog, puisque seule compte la fréquence. Je ne m'arrêterai pas d'écrire, pour autant. Tout à l'heure, comme je me l'étais fixé, j'enverrai à mon éditeur la première version relue de mon AKII, prévu, s'il s'en souvient, pour janvier 2023. Entre temps, je vais travailler à un roman intermédiaire, comme je l'ai toujours fait. J'aurai, comme vous, le réflexe, le matin, d'aller donner des nouvelles numériques, mais je ne le ferai plus. 

À ceux qui ont vu de la prétention dans l'exercice, qu'ils comprennent enfin que c'était tout l'inverse. 

On verra le sort que le Net réserve à ces journaux de bord qui n'ont aucune empreinte dans la réalité. C'est un peu comme dans la vie, en somme, on laisse les traces qu'on mérite.

Prenez soin de vous, tenez-vous à l'écart des haines ambiantes, disait l'autre.

Avec amour. LC

 

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30/12/2021

1.

LE DÉBUT, LA FIN, LES DÉBUTS.

C'est la dernière ligne droite pour le Cheval de Troie. Qui restera en ligne et annoncera ponctuellement quelques informations, clairsemées - l'édition des Jardins d'Ellington, mon AK II - puis silencieuses. Comme Kronix il y a un an, le blog plongera dans l'oubli et laissera ses 2500 notes dans les abysses numériques, jusqu'à ce qu'un subalterne décide un jour d'un grand nettoyage virtuel. D'ici là, et sans nostalgie, puisque les vies obéissent à des mutations brusques, je remonte le cours de mon existence éditoriale et propose à la lecture les premières pages de tout ce qui est sorti de mon imaginaire et des rotatives : autant finir sur un zeugma.

« Aurelia Kreit - les jardins d'Ellington»,  à paraître, 2023.

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