05/12/2012
Jeux de massacre.
Sans doute un substrat de la bonne éducation que j’ai reçue, mais croyez-le ou non, j’ai toujours une peur panique de déranger. Qui s’accommode mal de la propension que j’ai, publiquement, à solliciter l’Alceste que j’ai en moi pour dézinguer – c’est un mot que j’aime, définitivement – les personnes qui ne manifestent pas autant de gêne que j’en éprouve pour accaparer quoi ? le cours d’une soirée ? celui des discussions rompues d’un dîner en ville ? Il m’arrive encore, heureusement, de prendre la parole publiquement, devant des auditoires qui, dans le pire des cas, sont sommés de m’écouter, dans le meilleur, m’attendent. Pour savoir si « je » correspond(s) à celui qu’ils ont lu. Mon avantage et mon drame mêlés, c’est que le premier auditoire me permet de ne plus éprouver aucune gêne quand je prends la parole publiquement, au risque d’appliquer une ou deux recettes qui me dérangent quand je m’adresse au deuxième. Avec lequel je tiens à ce que le lien soit le moins dénaturé possible. Tout ça pour dire que c’est l’autorité qui détermine la prise de pouvoir, fût-elle aussi minime. Et qu’on doit l’interroger, pas la considérer comme acquise. Je ne vais pas prendre le micro et réciter « l’Embuscade » - ou demander à Eric de la jouer - en plein milieu d’une fête d’anniversaire, ce serait incongru. A moins que ce fût à la demande de la personne qui invite, auquel cas il faut lui offrir un psychanalyste. Mais je n’invente rien, je le sais : Alceste lui-même est sidéré par le sans-gêne de Célimène, ça ne l’empêche pas de l’aimer. Mais je savoure encore la formule d’un ami, à qui un convive a proposé, puisqu’il était musicien, de jouer quelque chose pour l’assemblée. Et qui, en guise de réponse, a demandé ce qu’on lui eût demandé de faire s’il eût été proctologue.
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04/12/2012
Euro-Socrate.
Si la philosophie était un exercice facile, les cours se feraient avec des oreilles de Mickey et la maïeutique ne serait jamais qu’une sauce parmi d’autres pour assaisonner les frites. Que les Américains associent à la France, ce qui doit leur permettre de penser qu'on est quitte.
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03/12/2012
Pneuma.
Aujourd’hui, une femme se confie à moi sur la mort récente de son père, les derniers instants qu'elle a passés avec lui. Le sachant écrivain, je demande avec anxiété s’il a achevé l’œuvre sur laquelle il travaillait. Pas pour la lire, pour lui, juste pour lui. C'est le cas ; je peux respirer, quand lui ne le peut plus. Mais l'épisode est signifiant: ce ne sont pas les années qui nous séparent de la fin, c'est ce qu'on va en faire.
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02/12/2012
Clavicogyre!
Si l’on connaît plus de fins que de commencements, il est possible que le sens de la vie se rapproche plus de la lecture d’un manga que de celle des textes fondateurs.
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01/12/2012
Sévillane.
Il y a dans les roses des jardins de Séville / L'histoire d'un amour qui s'est un jour tari / Les pétales fermés de ces êtres graciles / Sont recroquevillés, et flétrissent sans bruit
Dans le continuum des existences douces / On ne prête jamais au jour un lendemain / À l'aube un crépuscule, au péril la rescousse / À l'amant le rival, à l'amoureux la main
Il y a dans les roses des jardins de Séville / Les marques mécaniques de l'usure du temps / Que le Guadalquivir véhicule, fluctuant
Laissant là ce qui fut, lors menant ce qui est / Souriant des amants qui avancent enlacés / Sans jamais s'avouer qu'une rose est fragile.
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30/11/2012
Homéostasie du risque.
Son inventeur s’appelle Wilde. Ni Danny, ni Oscar, mais Gérald. Sa méthode a permis d'auto-évaluer le niveau constant et préférentiel de la perception du danger et les capacités d’adaptation à toute forme de situation périlleuse. Pourtant, ce sont dans les lignes droites, par beau temps, hors agglomérations que les accidents mortels surviennent le plus. Dans le même temps, on me demande d‘accorder à l’autre la part suffisante d’intelligence pour qu’il ne porte pas atteinte à mon intégrité. Que je lui fasse confiance. Comme en démocratie. Mon sang sartro-juléjimien n'a fait qu'un tour: et puis quoi, encore?
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29/11/2012
Double énonciation.
Ce n’est pas parce que, dans le Voyage, Céline dit On qu’il faut vous sentir obligé de réserver la soirée de Noël sur le Titanic.
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28/11/2012
Souvenirs de Choplin.
Je remets la main sur un vieux cahier dans lequel j'ai longtemps pris des notes des différentes interventions des uns et des autres. Celui-ci est précieux, je suis heureux de l'avoir retrouvé : j'y revis le colloque Nizan de 2005, la conférence de Bernard Lahire sur la condition des écrivains, au Fort St. Jean, en octobre 2006 (pas moyen de retrouver l'article que j'avais écrit à ce sujet pour "le Cheval de Troie" version papier...). J'y relis les notes prises pour la venue d'Antoine Choplin en décembre 2006. Il venait parler à des élèves de 1ère de "Radeau" et entres deux propos sur le roman, il a entrepris de faire comprendre à de jeunes adultes ce qu'était un écrivain. Comment on interrogeait la réalité de l'envie d'écrire, justement. Pour lui, justement, on n'a pas envié d'écrire, on écrit. Des "Club des Cinq" réécrits à 6ans, des poésies à l'adolescence, de la contrainte ensuite et puis une promesse: à 40 ans, je serai écrivain. Pour contrecarrer les limites de la parole, polluée par l'apparat, la rapidité, la simplification. Pour interroger la réalité, de plus en plus complexe, entremêlée... En 2006, Choplin disait qu'un écrivain, un vrai, c'était quelqu'un qui par ailleurs était dans un vrai temps de travail, mais qui avait décidé d'être écrivain. Un engagement qui génère une culpabilité, quand l'écrivain "passe son temps à essayer". Un temps dont celui "passé à rien foutre", à s'en accorder, devrait être comptabilisé mais ne l'est pas. Il faut quand même que l'écrivain trouve ses lecteurs: un seul suffit, disait-il à l'époque. Qu'il fût son contemporain ou pas: un lecteur peut apparaître trente ans plus tard. Dix mois passés sur trois pages et dix mois sur tout le reste, énonçait-il également. Avec une propension à trouver la phrase juste quand on y met un point, une tendance à s'inquiéter quand on revient dessus. Une inquiétude, déjà, sur l'accroissement de la marchandisation du livre. On était en 2006. Antoine Choplin, depuis, a publié "le héron de Guernica" et fait partie de la sélection 2012 de Lettres-Frontière : un (déjà) vieux souvenir, pour moi. Je suis à peu près sûr qu'il ne changerait pas une ligne à ce qu'il a dit. Mais je le remercie d'avoir dit ça à l'auteur que je n'étais pas encore.
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