05/04/2026
Balade & Conte d'été.
Voilà, le premier morceau de Phébus est joliment mis en images; c'est l'occasion de se rappeler que Conte d'été, ce film qui a sans doute changé ma vie, a désormais l'âge de mon enfant, que la rue des Chats-bossus, que je n'ai fréquentée qu'une fois il y a bien longtemps, m'a l'air bien jolie, mais loin de là où l'existence m'a mené. Des images se superposent, anachroniques - qui écrit de longues lettres, désormais? - boisées, dans le manche de la contrebasse. Ça n'a, comme le EP qui va sortir, le 18 mars, pas d'autre ambition qu'esthétique, mais ça ressemble à son compositeur-interprète, plein d'élégance et de culture musicale. Ça compte, et ça pique un peu les yeux, mais dans le bon sens du terme.
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30/03/2026
René-Pierre Colin.
Quand j’ai dédié mon Cantique critique à René-Pierre Colin, je ne savais pas que mon ami Bernard Lonjon ferait le lien ce soir avec cet homme délicieux, avec qui il a entretenu une longue relation de libraire à client, de celles qui en dépassent le stade quand la curiosité est telle et commune, qu’il m’apprendrait sa mort dans la foulée. RPC venait fouiner, longuement, chez Bernard, y dénicher des trésors sur Huysmans, Guillemin ou Hennique, des biographies d’écrivains oubliés genre Desprez, ils ont fini par s’appeler régulièrement, passer des heures à papoter de la littérature de la fin du XIX°s., sa période de prédilection, RPC lui envoyant, in fine, son dictionnaire du Naturalisme, une somme, me dit Bernard, et je veux bien le croire : un homme comme lui se doit de mourir, certainement, parce qu’il est d’une eau qu’on ne retrouve plus nulle part. J’ai vécu comme une immense fierté – c’est un des seuls documents que j’ai gardés de la période – ses bristols calligraphiés me disant, à l’époque de « la partie de cache-cache », qu’il n’y avait pas de doute, j’étais un vrai écrivain : de sa part, ça vaut tous les satisfecit de la planète, largement, également, le prix qu’on me remit pour ce livre avant de l’oublier, et moi avec. Colin, c’était mon professeur de Littérature comparée, l’homme qui nous a fait aimer Musil et Huysmans, qui nous faisait acheter des livres chez Du Lérot éditeur, pour aider son ami dans son entreprise, délicate. C’est un homme dont j’ai admiré le charisme, la dimension d’ogre, à qui – je peux le dire, maintenant – j’ai emprunté beaucoup, dans la gestuelle, la rhétorique. Pour la culture, ne cherchez pas, je suis à dix-mille années-lumière, ce qu’il a toujours eu l’élégance de ne jamais relever. Il m’appelait Cachard, comme il se doit, dans les années post-étudiantes, quand je l’avais au téléphone pour aborder le cas complexe d’une connaissance commune, enfermée dans des projections d’écriture plutôt que de s’adonner à l’écriture elle-même, celle qui apprend l’humilité. Un jour, m’a-t-il confié, pour faire réagir cet ami qui l’abreuvait de ses poèmes abscons, il lui a dit « mais, XXX, c’est de la merde ! », alors qu’il était sur ce terrain dénué de méchanceté, sauf peut-être avec les impétrants, dans les arcanes universitaires…
RPC m’a un jour tendu quelques papiers, l’air satisfait : c’était des copies de lettres de Paul Nizan qu’il avait dénichées, des compositions françaises du même, (très) jeune. Il m’a dit Vous saurez quoi en faire, peut-être que bientôt, si mon éditeur se réveille, il verra que j’ai su les utiliser, oui. Je n’ai pas été chiche non plus, un personnage central, très impressionnant par son autorité, de mon Aurelia Kreit – j’ai des regrets de ne pas lui avoir envoyé le diptyque, mais dans le même temps, j’apprenais qu’il ne pouvait plus lire, une hérésie ! – s’appelle… Pierre-René Colin et je n’ai jamais été aussi ravi de mon choix, ma littérature s’inscrivant, visiblement, là où il aimait aller la chercher, dans les recoins, les profondeurs. Le tour d’écrou, c’est lui qui nous l’a fait lire, la montagne magique aussi. C’est avec lui qu’on allait boire des kirs, parfois – avec Christine, Hervé… - au Café des facultés, refaire le monde, l’entendre raconter des anecdotes sur le cinéma, puisqu’il écrivait dans Lyon-Poche, qu’il a interviewé un Luchini encore inconnu, déclenché un tsunami en citant – par cœur, on est de la vieille école – un extrait du Voyage. Et Bruel, pendant ce temps, lui demanda-t-on ? Bruel, eh bien, il mangeait…
Récemment, et j’en ai été estomaqué, un (très) ancien élève devenu principal de collège, m’a écrit pour me dire que les scolarités sont souvent marquées par des grands enseignants, que j’en avais été un pour lui. De ceux qui comptent et vous aident à avancer dans des parcours scolaires souvent hasardeux. S’il savait, cet encore jeune homme à quel point René-Pierre Colin est celui qui m’a le plus marqué, et continue(ra) de le faire. La mort n’est rien, pour des hommes comme lui.
Photo: Olivier Roller ©
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21/03/2026
Pugnacité.
Je crois que je l'annonçais en 2015, ce projet-là. Qui relie une des nouvelles issues de ma Troisième jouissance du Gros Robert, paru deux ans avant. L'idée est d'abord venue de mon ami Sandro, qui voulait rassembler des artistes pour un album choral dont on ne savait pas encore que c'était impossible à gérer. Il reste de cette étape initiale un magnifique morceau éponyme, Ciao Bella, dont j'ai écrit le texte en italien sans en parler la langue et que Sandro a composé et interprété. Les quatre autres textes, c'est mon ami le Herr Direktor, Frédéric Dubois, qui en a fait complètement autre chose, à son image, une pop élégante, raffinée, exigeante, sans doute. Ça a trainé, les modes opératoires se sont confrontés à eux-mêmes et puis dans une soudaine accélération du temps, ils sont désormais prêts, disponibles sur les plateformes le 18 avril. Avec un lien qui paraîtra, le même jour, pour accéder à la nouvelle, déjà courte, qui vient de subir une relecture drastique plus d'une décennie après. Tout le monde s'en foutra, mais nous on avance, avec élégance.
Merci à Eric Hostettler pour l'assistance technique et l'hébergement.
Dessin original de Vinny Murano.
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06/03/2026
Longtemps.
Aujourd’hui, le 6 mars, ça fait 24 ans que Fred Vanneyre s’est fait la belle sur la route de Bourg-en-Bresse, où l’on s’était rencontré. J’ai suffisamment écrit sur cet homme pour ne pas répéter que j’ai porté son absence à bout de bras, depuis, convaincu que les rôles étaient interchangeables et que je me devais donc de vivre pour deux. Doublement, ce qui n’a pas toujours été facile, mais aujourd’hui, je ne me dis pas que la soixantaine approche, je dis juste que si je la vis – et j’y compte bien – j’aurai vécu deux fois le temps que Fred Vanneyre aura passé sur Terre. Mais il y a laissé Nocturne et depuis je m’interroge sur l’idée qu’un tel texte ait pu être écrit par quelqu’un de vingt ans, s’il n’a pas passé un pacte, lui aussi, stipulant qu’il vivrait peu mais qu’il vivrait comme mille, en peu de temps.
Aujourd’hui, 6 mars, mon ami Éric Hostettler sort un single, terme désuet dans l’offre pléthorique et l’océan de consommation musicale, qui parle de cette haine des absents, terme détourné pour dire l’amour qu’on continue à leur porter doublé du refus qu’on a gardé qu’ils soient partis. C’est fort, c’est beau, ça contient tout ce que les critiques pourront concentrer mais c’est écrit et chanté avec les tripes, et le superbe dessin de Louis-Charles Eymar en couverture, tout juste souligné des initiales du chanteur, fait que ce jour-là, précisément, on s’en souviendra plus encore, longtemps.
C'est ici et disponible sur toutes les plateformes, comme on dit :
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26/02/2026
INCONDITIONAL*
Il faudrait toujours aller voir les artistes qu’on aime deux fois au moins sur une même tournée, des derniers rangs du Corum, récemment - avec vue imprenable sur la salle et l’ambiance, sur la scénographie, également – au tout premier rang, au centre, du Radiant, hier, pour Benjamin Biolay. Que je n’aurais jamais vu de si près si je n’étais pas entré dans les loges, la dernière fois, pour lui offrir un Figures Singulières. Deux Lyonnais exilés à Sète, ça ne doit pas courir les rues, ni les salles de concert, pas plus que les Argentins, visiblement, puisqu’il est de coutume, dit Biolay, dans cette tournée, de demander s’il y a des Argentins dans la salle, histoire que Martin Rodriguez, son (autre) guitariste se sente moins seul. À Lyon, lâche l’inénarrable supporter de l’OL, il y a donc Nicolas Tagliafico et lui, Martin, mais Martin n’a pas l’air de connaître Nicolas. Peu importe, ça ouvre le sujet des transitions entre les chansons, souvent un supplice pour les chanteurs, que Biolay a résolu hier en parlant le moins possible, quitte à décevoir ses fans énamourées persuadées que c’était ici – avec elles, faut-il en déduire – que la session acoustique du disque bleu atteindrait son paroxysme. Il faut les voir, ces casques d’or bien défraichies, montrer de leur morgue parce qu’elles l’ont vu ici et ailleurs, rassurer les copines derrière qu’elles le verront bien, parce qu’il va venir là, et là, puis après se plaindre d’une visibilité moindre parce que les enceintes de retour sont massives et que la scène est haute. Ce sont les mêmes qui crient Benjamiiiiin alors que la crème des musiciens est sous leurs yeux, les mêmes qui le filment pour dire qu’elles l’ont vu plutôt que de le regarder. Une vraie plaie, en concert, de plus en plus. Finalement, voir le concert du fond de la salle permet d’éviter ces sangsues, dont je me demande bien ce qu’elles peuvent écouter et comprendre, en quoi le Penseur, par exemple, peut leur correspondre une seconde dans ce qu’elle a, comme chanson, de contemplatif et de métaphysique. Misogynie à part, dirait l’autre – mais il faut bien reconnaitre que son public est féminin, blanc, quinqua ou plus – il y a quelque chose de pathétique dans cette façon de réceptionner le travail d’un artiste, et heureusement que mon amie Florence, à mes côtés, n’est pas du genre réceptive à ces approches, je le dis par principe, pas par jalousie. L’avantage d’être tout devant, ça a été pour moi de constater les traces de coups - donc de vie - sur la contrebasse de Laurent Vernerey, d’étudier chacune des quatre guitares du génial Pierre Jaconelli – jusqu’à ce que je croie même qu’il repère mon insistance ! – les percussions éclectiques de David Donatien. Le set est le même, mais puisqu’on est à Lyon, il faut qu’il joue Lyon Presqu’île, bon morceau, mais signe, hier, de la foire au boudin et des midinettes hors d’âge qui viennent s’encanailler sur la minuscule fosse séparant mon siège de la scène et hurler des Benjamiiin à n’en plus finir, mettre des voix nasillardes sur de belles mélodies et frapper dans leurs mains à contretemps. Il fait le job, Benjamin, et le fait bien, avec son tshirt Denis Rodman, en final, mais à l’écouter chanter son Testament et les Passantes, on voit bien venir ce malentendu d’un compositeur et parolier unique – les cerfs-volants me feront toujours venir partout, Ton héritage est universel et sa version guitare une vraie bonne surprise, la Superbe est magnifiée à elle seule par Gladys Ledoux-Doukhan – pris au piège du vedettariat. On pourrait lui souhaiter de vite devenir vieux et moche, mais on se reprend : ça n’est pas si grave.
*rare aussi de revenir, presque principalement, pour ne rater aucune miette du finale, le sublimissime Nunca es suficiente des Los Angeles Azules!
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14/02/2026
La première séance.
Pour avoir, depuis vingt-trois ans, fait des portraits - rédigés, longs, distanciés – de mes proches et de tous ceux qui ont, peu ou prou, marqué ma vie, pour le faire de Figures Sétoises depuis trois ans et 73 personnes au compteur, il est évident que le C’est à vous (instant d’artistes) de mon ami et talentueux Gérard Grenier allait m’intriguer, d’autant plus qu’il m’avait intégré dans les 40 créateurs (39 et lui, à la place de la chaise vide) à qui il a donné 2’30 (en moyenne) pour dire tout ce qui leur passait par la tête. Drôle d’idée que de résumer un monde d’égo à une limite de temps flagrante, mais c’était la seule solution pour éviter la longueur et la répétition – induite de fait par l’énumération, les artistes défilant, par ordre d’arrivée, les uns après les autres, sans lien induit, sinon la coïncidence. Ça n’est pas à moi, pas plus qu’au public hier, de définir qui l’a emporté sur qui, puisque ça n’était pas la question, mais à la réflexion, des catégories se sont imposées d’elles-mêmes, ceux qui sont venus faire une performance (de lecture, de récitation, de jeu théâtral) et ont donc préparé leur session en amont, ceux qui ont laissé faire le temps pour voir ce qu’il en sortirait, dont la maladresse, parfois, prend des atours certains, ceux qui savent ce qu’est un face caméra mais savent aussi en éviter les pièges du narcissisme – des écrivains qui parlent d’autres auteurs, par exemple – ceux qui ne le savent pas et tombent dedans à pieds joints, pour 2’30 d’auto-célébration ou d’évocation d’un sujet qui tombe à plat. On a vu des vieux de la vieille emporter un auditoire en récitant un sketch de 30 ans d’âge et un minot de moins de 30 ans parler de ses influences musicales comme un vendeur de la FNAC, ceux d’avant, qu’il n’a pas connus. Des artistes parler de leur art, certains bien, d’autres en mettant en avant une espèce de morgue ou de prix quelconques qui ne convainquent qu’eux-mêmes. Pas étonnant qu’une femme de ménage devenue peintre l’emporte à l’applaudimètre ; rien de surprenant non plus à ce que l’un sourie trop – quitte à ce qu’on ne le prenne pas au sérieux, dira-t-il – quand l’autre a l'air à peu près aussi agréable d’abord qu’un Jean-Pierre Bacri au sommet (c’est moi). Il s’en fout, Gérard, le montage est bon, la musique, quoiqu’artificielle, fonctionne, son film bénéficie d’une chute superbe, sans doute parce que personne ne parle. C’est forcément un peu long, 1h25 d’enchainement, mais l’exercice est réussi, chacun y trouvant son compte, finalement. Comme en littérature, je lui aurais bien imposé, moi, de tout diviser par deux – à commencer par le nombre de convives – mais je sais trop que c’est le portraitiste qu’on juge, dans ce qu’il fait de l’exercice, plus que les portraiturés, qui ont fait ce qu’ils ont pu. C’est quand ils en ont trop fait que, pour moi, ça ne passe pas. Mais c’est une question de point de vue. Île singulière, face caméra, coupez !
PS : Allez, je me mouille : mes deux préférés, Reka – déjà croqué dans les Figures Singulières – dont on pense qu’il ne fera que dessiner pendant la première moitié et qui s’avoue, dès qu’il parle, d’une humanité folle ; et Zarouati, dont le travail m’était opaque jusqu’à ce qu’il dévoile ses dessins sur des notices pharmaceutiques, ces textes que personne ne lit.
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07/02/2026
Benjamin Biolay Corum Montpellier 6.02 - Nunca es suficiente
Il y a, dans l’idée de suivre les artistes qu’on aime, quelque chose de l’ordre de la permanence, c’est une évidence. Alors, mon 14econcert de Benjamin Biolay en 18 ans, hier, au Corum de Montpellier, n’était pas censé m’apporter grand-chose, avant que je le retrouve au Radiant – chez lui, empiriquement – à la fin du mois. D’autant que cette grande salle stalinienne n’incite pas toujours à l’optimisme, en amont. Mais ma découverte (à l’heure des réseaux et de l’immédiateté, il faut savoir résister) de ce Disque bleu et autres joués en acoustique a été pleine et étonnante : ainsi donc un chanteur se réinvente-t-il à chaque tournée, lui qui les enchaîne, ainsi, à une époque où la musique se fait virtuellement, un musicien peut-il s’entourer d’une bande de copains tous aussi talentueux les uns que les autres, recréer l’atmosphère ouatée de l’appartement de ses rêves dans lequel il était périlleux, selon lui, qu’il nous invitât tous. On voit arriver les musiciens par jeu d’ombre, derrière la fenêtre, prendre place – côté cour, la session rythmique Laurent Vernerey à la contrebasse, David Donatien à la batterie, Pierre Jaconelli à la guitare, côté jardin, en provenance de Cordoba, Martin Rodriguez et la petite perle Gladys Ledoux-Doukhan au violon et au piano. Et au centre, derrière un bureau chargé de papiers, de partitions et un clavier, ou devant, sur un fauteuil qu’il a réellement ramené de chez lui, à Sète, parce qu’il compose dessus et se rend compte que pour une chanson qui reste, il faut accepter qu’il y en ait dix qui n’aient aucun intérêt, annonce-t-il. Il est entré sur 15 octobre, les plus nostalgiques se diront que son 15 août et son 15 septembre ont déjà 17 ans, ça n’est forcément pas sérieux, cet âge-là. Le son est bon, le public n’attend que de s’enflammer, il a l’air content d’être là, peut-être la perspective de dormir chez lui, bien après. La complicité est complète, ça joue, le violon de Gladys est une bonne surprise, bien équilibré, capable de soutenir la comparaison avec un symphonique à lui tout seul. Il y a du Miss Miss, une Débandade introduite n’importe comment, ce qui fait son charme, un Adieu Paris après lequel il remercie le public d’accueillir comme ça les nouvelles chansons qui ne sont jamais que des nouvelles chansons, il y a - l’ordre m’a échappé – cette chanson extraite de Négatif – pas une très bonne idée pour la com’, un titre pareil – Les lendemains qui chantent, que la très grande Françoise Hardy a reperée, à qui il pense tous les soirs : quand celle qui a chanté votre vie vous dit qu’elle aime une de vos chansons, c’est Yesterday que vous avez écrit ! Mais le premier tournant du concert, c’est le Penseur, pour lequel on repense à ce qu’il a dit au départ : il a dû en écrire, des m…., pour sortir un tel titre, intemporel, porté par l’harmonie des zicos, par un jeu de lumières (rouge) sublime ; le public ne s’y trompe pas, parce que c’est la première transe collective. Après le dernier morceau qu’il a sorti, BB va jouer le premier, qu’il a délibérément saboté à l’époque en incluant un sample, en plein milieu, de Marilyn chantant « The river of no return », ce qui lui a coûté cher en droits SACEM et ne lui a rien rapporté. Il n’est pas rancunier parce qu’il les chante depuis, à chaque tournée, ces Cerfs-volants à partir desquels, il y a 25 ans, je ne l’ai plus jamais quitté. Entre Lyonnais plein d’orgueil, on sait que le déjeuner au Parc, c’est à la Tête-d’or, mais ça n’a aucune importance, ce titre justifie à lui-seul d’être venu, sa reprise instrumentale aussi. Il a demandé au public d’éclairer la salle de la lumière des portables, ça peut paraître risqué, adolescent, mais ça fonctionne, ça permet aussi de voir une foule transportée. Il y a ce sublime Testament, absolument brassensien, qui témoigne de son génie d’écriture mais qu’il appréhende de jouer, à chaque fois, comme si le poids de ses textes le rattrapait, de temps à autre. Que dire, alors, de Ton héritage, qui surprend tout le monde parce qu’il le joue à la guitare ; quand il l’a fait en 2016, ça n’était pas une réussite, de son propre aveu. Là, pfouuh, dirait l’autre, c’est difficile de survivre à un tel morceau, toujours. Quand il se déplace, nonchalamment, du côté du piano, alors que David Donatien martèle une intro à la batterie, quand Gladys lance sa partition au violon, on comprend que la Superbe est de la partie et là, c’est le lien de l’aventure (quelle aventure!) qui se fait, depuis tout ce temps. Le reste, c’est une salle debout et déchainée, jusqu’à la fin, les Merci Merci Merci qui le caractérisent, le cœur frappé de la paume, les tielles qui l’attendent dans la loge, mais avant ça, entre autres, les Passantes, terminé au trombone, en mode Las Damas que pasan, comme dans Emilia Perez : sa double culture. Il y aura les joues roses et un Corum transporté en Mongolie inférieure, dirait Higelin, sur l’inévitable Comment est ta peine. On pense, un poil exsangue, que c’est fini mais tous reviennent sur le générique de fin, le Nunca es suficiente de Los Angeles Azules : tout le monde danse, eux les premiers, qui s'embrassent, saluent sans fin et reprennent les instruments pour repiquer la chanson, que BB termine sur un ultime coup de trombone. Un chanteur dans une pareille formation ne peut que donner le meilleur de lui-même, et c’est un BB plus en phase avec ses textes – fini, l’IPAD – donc plus centré sur l’interprétation – quitte à se planter, et à reprendre - qui les sert mieux qu’il l’a jamais fait. C’était une grossière erreur de craindre l’acoustique, qui n’empêche pas le spectre de monter jusqu’à faire trembler le navire soviétique (Georges Frèche vous souhaite un joyeux pipi) du Corum. La première partie de cette tournée, comme le disque, s’appelle Visiteurs. J’en connais 3058 qui sont sortis ravis, hier, dont une petite dizaine qui attendaient dehors pendant que, privilège, je remettais son exemplaire des Figures Singulières au chanteur, dans la loge. Il fut question d’Éric Martin, d’Hubert Mounier, d’une macaronade à remettre et d’autres sujets, qui n’ont pas leur place ici. On n’a pas parlé de football, c’est tout ce que je peux dire.
Merci à Karine & Bruno.
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03/02/2026
La route.
J'aime bien ces moments qui frétillent d'eux-mêmes, qui annoncent des beaux jours à venir, des étapes supplémentaires au parcours, qu'on tient sans se soucier des jugements, des avis péremptoires ou des marques de scepticisme permanent. "La haine des absents", c'est un texte qui me tient à coeur depuis longtemps, que j'ai transformé en chanson et que Eric Hostettler a composée et interprétée, comme souvent depuis plus de quinze ans. Il dit beaucoup de ceux qui nous ont accompagnés, tous les deux, sur la route, qu'on a perdus, naturellement ou par accident, par malentendu ou lassitude, personne ne sait vraiment, sauf dans les deux premiers cas. Ça ne sera jamais l'acteur du siècle, Hostett', ça n'est pas ce qu'on lui demande, mais là, sur un couplet, avec sa casquette de Springsteen de Bellegarde - j'ai la même! - quelque chose se passe, et quelque chose se passera pour ceux qui resteront curieux, bientôt.
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