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27/11/2025

APOCALYPSE NOW.

att.RjamlZVAs_QHoPTZ7Ppbs4FXYVhj_3wgB0acfKp-9YI.JPGIls sont jeunes et plein d’allant, ces artistes qui viennent s’emparer de l’Open Space pour présenter leur vision de leur Apocalypse (Now), en réponse à ce qui n’était, il y a 50 ans, que les prémices de ce qui les attendrait aujourd’hui, un truc que les parents de leurs darons leur ont cédé jusqu’à ce que ce soit eux qui en héritent. Ils traitent des sujets de leur époque, privée de l’insouciance à laquelle on a eu droit et qu’ils n’ont pas ou peu connue. Eux sont les héritiers de beaucoup d’artistes mais savent qu’on ne fait pas d’œuvre – et encore moins d’œuvre commune – sans s’affranchir de ses ainés, souvent pesants. Ainsi Simon Conti montre-t-il des corps enchevêtrés, calcifiés, des visages effacés, des silhouettes suspendues au vide pour témoigner d’une complexité des identités, de tous les déchirements possibles ; ainsi Didipizi, sous des allures (presque) ludiques traite-t-il des pouvoirs et de la façon méthodique dont l’homme travaille à sa disparition ; ainsi Vinny Murano cache-t-il derrière d’immenses fresques colorées aux allures de manga des entrailles, des abysses et les déchirements de l’être humain ; ainsi Louis San s’empare-t-il, via ses chevaliers de l’Apocalypse ou la jeunesse retrouvée des Beatles l’idée d’un monde 1) qu’on a perdu 2) qui va à sa perte ; ainsi Leni «Lkim» Malki insère-t-il dans ses planches colorées quelques figures méphistophéliques ou patibulaires, des regards hagards et des mondes resserrés qu’on croirait tirés de Metropolis…

L’idée que des jeunes artistes s’emparent de l’Apocalypse n’est pas une concession faite à la fatalité, au contraire. Quand tout menace de ruine un jeune homme (l’amour, la santé, la famille…)*, il a le choix de la démission – comme ses ainés – ou du combat, auquel la société l’a préparé. La violence, l’injustice, le repli, l’isolement, ils ont traversé ça sans qu’on se soucie vraiment d’eux, se sont repliés, chacun, sur un mode d’expression artistique, le seul domaine dans lequel se renfermer (sur soi) permet de s’exposer (aux autres). Ce qu’ils veulent tient dans le mot même qui les réunit : dans la culture judéo-chrétienne, l’Apocalypse est une révélation sur la marche du monde, l’arrivée proche du Royaume de Dieu. On les a trop leurrés sur l’existence de ce dernier – sous quelle forme que ce soit - trop nourris à l’obscurantisme et au fanatisme pour qu’il y soit pour quelque chose, Dieu, dans ce qu’eux-mêmes ont créé et c’est là la bonne nouvelle. Parce que seule la première proposition va compter – une réflexion sur le sens de la vie – et que c’est la seule façon dont l’être humain pourra se libérer de ses chaines. Se réaliser.

Elle peut paraître bigarrée, cette exposition, éclectique, mais elle a un sens commun – la chose au monde la mieux partagée, dit-on par ironie. Le Quintet en I - Leni, Louis, Vinny, Didipizi & Conti - vient mettre le monde qu’on lui a laissé sous nos yeux, comme pour dire qu’ils prennent les choses en main puisqu’on a échoué. Dans cette ville où, dans l’Art plus qu’ailleurs, il est douloureux de laisser la place (voire de la place tout court) ça n’est pas forcément pour eux que va sonner l’Apocalypse, dans son idée de finitude. Et les toiles de Nora Jo, l’invitée spéciale – à l’âge de leurs parents – feront le lien, pour ce qu’elles montrent de l’arché – l’origine – des monstres et des fantômes venus côtoyer des figures plus douces, enfantines. Dans une espèce de Guernica maritime, néanmoins. C’est l’œil de celui qui regarde qui fait le sens de la toile ; dans l’Apocalypse la plus sombre, libre à chacun de voir le rameau d’olivier.

*Paul Nizan, Aden Arabie, Éditions Rieder, 1931

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25/11/2025

VUES D'ENSEMBLE.

Stan MATHIS, 48 ans, en mode symphonique, dans l’intériorité des âmes.

Sans titre.pngJe ne pourrais jamais prétendre à l’autorité de l’éminent Dominique Blanc-Francart – qui a masterisé l’album, enregistré dans le prestigieux studio d’Abbey Road – ni même à celle de ceux qui l’ont conseillé, mais j’aurais arrêté Synopsis, le nouveau disque de Stan Mathis, aux envolées symphoniques (de l’orchestre de Budapest, sous la direction de François Rousselot) au finale de Je n’oublie rien, le morceau le plus long de cet album décliné en dix scènes, toutes entrecoupées de dix mises en situation. En extérieur, pour la plupart d’entre elles, dans le métro de Londres ou ailleurs. Des transitions qui contiennent ou reprennent instrumentalement le cœur de ce qui va suivre ou de ce qui a précédé, d’où leur nom. Je n'oublie rien (sache que, l’impératif est catégorique), est une belle ballade à la guitare sèche sur le parfum des promesses, l’imprudence en passant, les instantanés provisoires auxquels on a tous été confrontés, avant que la trompette et le lever de batterie nous adjurent de ne pas cesser d’y croire, de Séville à Ferney-Voltaire, avant que le crescendo de cordes nous laisse sur un climax magnifique. C’est la première vraie (et bonne, pour moi) surprise de ce Synopsis-là, qu’il soit musicalement beaucoup plus abouti que le précédent album, moins soumis à la technicité guitaristique rock’n’roll, celle qui ne me parle pas trop, principalement parce que je n’y connais rien. Pas plus que je ne connais Stan Mathis, en dehors de l’avoir croisé poliment ça et là, mais j’avais un double intérêt à écouter son disque : d’abord parce qu’il me l’a gentiment offert, ensuite parce qu’en électron absolument libre qui sait à quel point la scène lyonnelo-lyonnaise peut être perfide – à l’époque de Trop Pas, on parlait d’un financement illimité… – je me suis toujours méfié des curées. Et si globalement, je n’avais gardé de son 57#75 que le magnifique Revoir la mer et le violoncelle de Thuy-Nhi  Au Quang, j’ai été très agréablement surpris par la variation des mélodies, la diversité des instruments. Synopsis est une réflexion sur le chemin (il le dit lui-même dans Un peu plus loin, ses au revoir aux murs et aux trottoirs) et puisque l’homme a ses références philosophiques, elle n’est pas dénuée d’une touche d’existentialisme, dans l’archéologie du champ de bataille qu’est une vie ; d’un optimisme qu’il s’agit de préserver, en protégeant la flamme, en résistant à la soumission. Ça n’est pas l’homme révolté non plus, Stan Mathis – même s’il ouvre son #1 sur la Chute -  mais c’est un être qui sait ce qu’on peut faire de mal - même air arrogant, même mépris des autres, entend-on dans le forcément nwardézirien Début de siècle – avec une question centrale : quelle est la vraie souffrance, celle que l’on subit ou celle qu’on engendre ? Qui sait aussi la dose de fatalité qu’on doit assimiler pour se dire, in fine, pourtant je suis vivant. Qu’on a dépassé la peur de la mort et la peur de la vie, les luttes, les déceptions, les douleurs, qu’on en a fini avec le cycle des souffrances et qu’il est temps de briser la monotonie, dit-il dès le synopsis 2 (/10). Vivant, pas comme Ayrton Senna à qui il consacre Imola, le faisant parler, lui, le plus rapide, solitaire dans son véhicule, qui vit sans concession, transforme son inquiétude en force de caractère ; celui qui se souvient d’une enfance passée, déjà, à toute vitesse, dans les frissons de l’accélération, d’une vie (courte) menée sur la piste abrasive de ses contradictions, à tromper son angoisse.  Le spectre musical du morceau – avec Fred Jimenez, l’inoubliable compositeur de Bird on a poire à la basse – fait monter une tension dont on connaît l’issue, pourtant. Les commentaires d’époque sont intégrés au morceau, jusqu’à cette paradoxale victoire : trouver la mort et gagner l’éternité. Mourir c’était la preuve que j’étais vivant, ça ressemble au Crépuscule des idoles, mais l’album n’est pas sombre, s’illumine de très jolies ballades, qui ne semblaient pas son genre, à Stan Mathis : je retiens D’elle, qui relève la gageure des rimes riches Stridence/ silence/évidence/importance, espoir/croire/pas trop tard clarté/vérité/aimer pour imposer une belle mélodie au bandonéon (?) et au piano et, d’une voix suave, (beaucoup) moins nasale que précédemment, asséner néanmoins que quelque chose se détache : l’amour je crois. Le parolier sait se dégager du piège autobiographique – ou du moins les raccourcis qu’on en fait – et épouser une énonciation externe comme dans Quand les lumières s’éteignent, un instantané sur le temps suspendu, la façon qu’ont de fuir les gens qui ont sur les épaules le poids d’un monde pourtant pas bien lourd à porter. Il faudra bien à un moment briser l’inertie qui l’étreint, Dehors (X4) peut-être. Une voix féminine vient lui susurrer des dialogues qui font peut-être partie du monde irréel, aux relations fantasméesbien plus sincères que la réalité – qu’il voyait déjà défiler sur les murs de sa chambre, via le jeu d’ombre qui nourrit tous les imaginaires. Dans Délaissée, c’est le point de vue féminin qu’il saisit – comme Murat dans l’Irrégulière – pour dresser le quotidien d’un couple en déshérence, lui qui rentre téléphone à la main en guise de bouclier, la chambre, froide, désincarnée et cette femme enténébrée, perdue, épuisée au réveil, qui refuse de se réduire à (lui) et tout ce qu’(il) ne fait pas. La pire des punitions, c’est ma vie quotidienne, j’aimerais tellement aimer quelqu’un qui m’aime, lâche celle qui se présente comme la veuve d’un homme vivant. La vie est un bien perdu quand on l’a pas vécue comme on l’aurait voulu, c’est difficile (pour moi, au moins) de passer à côté d’une telle sentence dans la chanson française. C’est un morceau qui se termine par des vocalises féminines dont on ne sait même pas si elles relèvent du fado ou du Blues, ce qui de toute manière revient au même. On comprend mieux les insères, dans les synopsis, de Françoise Sagan- un extrait des Bleus à l’âme, dans lequel elle dit qu’il faut se colleter avec les extrêmes de soi-même pour comprendre un tout petit peu ce que c’est que la vie – de Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce, lu par Gaspard Uliel ou de Amor de mis entrañas, viva muerte, de Federico García Lorca : Llena pues de palabras mi locura o déjame vivir en mi serena noche del alma para siempre oscura. C’est une somme que ce Synopsis-là, qui a le bon goût de ne pas trop afficher des moyens visiblement mis en œuvre. Puisque je ne dérogerai jamais à ma règle auto-édictée d’un coup de griffe pour trois caresses (©Girafe lymphatique), je m’interroge sur des titres dispensables, à mon goût : la jeunesse a tous les droits, par exemple, à moins d’un exercice autocritique rétrospectif : si parfois elle se donne des airs arrogants, c’est pour s’émanciper de tous nos faux-semblants. Voire le single – choix cornélien – Quelques jours avec toi, dont le final aux cordes classiques est magnifique mais dont le texte m’a un poil laissé de marbre. C’est sans doute une bonne  nouvelle pour lui parce que dans un de mes tout premiers articles (disparu depuis), j’ai essayé à demi-mots de dire qu’il ne fallait pas que la pièce de café-théâtre à laquelle m’avait emmené mon ami Sammy (disparu aussi) nourrisse trop d’espoirs, et c’était… Arrête de pleurer Pénélope, qui a fait 2M d’entrées, 100000 pour son adaptation au cinéma. De quoi me mettre, comme critique, au niveau de ce plumitif parisien qui écrivit, après avoir vu Johnny Hallyday en vedette américaine de Raymond Devos, à Bobino: si ce type-là fait carrière, je veux bien être pendu. Il n’en est pas là, Stan Mathis, mais c’est toujours bon de souligner qu’il faut écouter les artistes pour les bonnes raisons, pas pour d’autres. Et finalement, Un peu plus loin, sa guitare sèche, son moins de soleil mais de meilleurs lendemains et ses roulements de tambour martiaux fait office de post-générique, sollicitant les nombreux musiciens, techniciens, arrangeurs, tous ceux qui permettent à une idée de voir le jour, et termine sur une image panoramique, quand on voit, enfant, à l’arrière d’une voiture, les silhouettes s’éloigner et les arbres défiler, sur le côté : des heures de voyage à rester bien sage à s’émouvoir des paysages. À l’âge où on s’émeut d’une impression sur laquelle on ne peut pas – encore – mettre de mots mais dont on pressent qu’elle contient quelque chose d’essentiel. C’est sans doute un peu de tout ça qu’on retrouve dans le Synopsis de Stan Mathis. Aérien, abouti, professionnel et personnel. N'en déplaise à ceux qui confondront encore la cause et la conséquence.

 

NB: Pour les réactions que cet article entrainerait, je me souviens d'un Dominique A. lâchant un "Allez, l'orchestre!" après avoir détourné son Twenty-two Bar pour tourner les Victoires de la Musique en dérision. Ça fera l'affaire.

 

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23/11/2025

Agend’Arts, 23.11

1135015932164263849.jpegVoilà un bel épisode qui s’est écrit aujourd’hui encore, dans le décor feutré d’Agend’Arts, à la Croix-Rousse, pas loin (200 m) de là où habitait ma grand-mère, de la fenêtre du 1, rue du Mont d’Urville, au croisement de la rue Dumenge, le territoire connu de Jean-Christophe Géminard, qui a interprété Jean-Louis Murat pour moi, sans hésitation, avec juste la dose de questionnement sur la légitimité qu’il a toujours quand il joue et que beaucoup d’autres n’ont jamais. D’où l’essai de présenter notre Un monde sans Murat, comme ça, sans même de livres, en l’occurrence, avec en alternance, lecture d’extraits et chansons appropriées, réinterprétée, qu’on donnerait à voir et entendre à ceux qui ne l’avaient jamais fait encore. Ça a commencé aux alentours de 11 heures, pour un brunch à la Croix-Rousse, comme je n’avais pas fait depuis une éternité. Quand on a commencé, l’idée était de me substituer une voix off, la mienne en l’occurrence, empruntée à un entretien de l’Au-delà mené avec Jean-Louis, chanson en sus. Ça fonctionne, JC chante deux chansons (pour ne pas passer à un mode trop classique chanson-texte), je lis un extrait du Portrait de JLM. Ensuite, JC chante Vénus, extrait de ce fabuleux concert de 1993, dont j’ai tiré une nouvelle dans le orgueil. Je mets en avant la présentation du livre– que je n’ai pas à vendre – lie le chapitre Murat et les femmes, à Plus vu de femmes et l’Irrégulière, que j’attendais avec fébrilité. Pourquoi ? Je ne veux pas le dire ici, je le dirai après le tout dernier concert qu’on aura interprété fin décembre. Je trouve JC plus juste que je l’ai jamais trouvé, dans le jeu, dans l’interprétation, je suis ravi qu’un homme comme lui reprenne du Murat : lui-même doit se juger illégitime, alors qu’il l’est beaucoup plus que d’autres. J’ai ce sentiment que notre jeu fonctionne, entre la distance que je mets dans le discours et le sérieux qu’il met à l’interprétation: il y a un équilibre. C’est sympathique, parce que quand tu joues avec la lumière qui éclaire la scène, tu as l’impression d’être à l’Olympia. Il n’y a que les illusions qui diffèrent, on est là tranquillement tous les deux devant une vingtaine de personnes, ce qui suffit à notre appel. Une fois revenu parmi les vivants, au moment, j’entends plusieurs personnes qui me disent que 40 minutes, ça n’était pas assez long.. En guitare voix et support littéraire, pour moi, c’était largement suffisant, mais tant mieux si cette impression a été laissée. L’anecdote ultime de cette rencontre, c’est que j’ai promis une place en loge pour notre prochain Bercy à la personne qui ferait le lien entre le Café des écoles, cette chanson que j’ai écrite pour Eric Hostettler, et Jean-Louis Murat: à peine revenu parmi les mortels, une dénommée Christelle fait le lien avec Amour zéro, extrait de l’album Mademoiselle Personne, BO d’un film jamais sorti, en inédit, du Live 93. Chapeau, mais c’est une ayatollah, dit-elle elle-même, et ça me fait bien rire, en perspective de tous les ceux du même nom qui vont ignorer mon livre sans penser une seconde qu’ils se tirent une balle dans le pied. Je ne peux pas revenir sur le moment le plus expressif du récital, pour moi, ce serait énoncer des secrets qui sortiront quand j’en aurai fini. Je n’ai pas remplacé Jean -Louis Murat, JC, non plus, ça n’était aucunement l’intention, mais j’ai la prétention de penser que ça a participé à son travail, à son œuvre. On n’a volé le temps de personne, on s’est retrouvé ensemble, autour d’un brunch et d’un apéritif, autour de l’œuvre du Bougnat, et en cela pour moi c’est réussi. Il me reste, dans cette assemblée, a annoncer les dates en Librairie, à Saint-Étienne, à Lyon, à prévenir d’une interview qui m’attend avec Gaële et Guillaume pour une radio lyonnaise, à dire aux gens qui étaient là que s’ils veulent le livre, eh bien il faudra le commander ou revenir à la prochaine rencontre parce que déjà la journée dédiée s’est terminée. Je sors fatigué de la rencontre, mais c’est parce que je dois bien à Jean-Louis Murat, parce qu’il y a une espèce d’urgence à demander aux gens de l’entendre et de le comprendre. Quand  JC a terminé par le Café des écoles - il connaît bien le morceau - je savais qu’on allait confronter le  lieu  à sa puissance de temporalité. Je me réjouis d’avoir participé à ça et d’avoir fait rire et entendre la voix du Bougnat. On était bien à Agend’Arts ce matin, le reste résonnera longtemps.

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20/11/2025

Radio B.

IMG_5919.jpegJ’écrivais hier que j’aurai mis 23 ans pour retourner à Bourg-en-Bresse, là où j’ai laissé une partie de mon âme quand Fred Vanneyre s’est fait la malle, un maudit soir de mars. J’y suis pourtant allé aujourd’hui en fin d’après-midi avec Stéphane Petrier, parler des Noz d’émeraude, l’année - celle des 40 ans du groupe - et le livre, auquel Michel Celso, de Radio B. a consacré la demi-heure de son émission littéraire, Roman de gare, après que Stéphane a causé dans le poste du Terminus des prétentieux : une heure consacrée à l’actualité musicale, dût-elle avoir quatre décennies d’âge. Stéphane, à qui on a demandé de choisir 4 morceaux des Noz pour ponctuer l’émission, a opté pour un titre par décennie, mais c’est le Secret, choisi comme morceau culte qui interrompt une première fois l’interview. Puisqu’on me le demande, je réponds que j’aurais  choisi Anassaï, par pur snobisme ; pour leur reprocher une deuxième fois de ne pas l’avoir mis sur Opéra, en 1989. Stéphane répond aux questions sur la longévité, énonce les différents musiciens qui ont ponctué le Voyage, annonce le concert exceptionnel du 4 décembre, au Radiant, traite de sa capacité intacte - peut-être supérieure, même - à créer et réaliser des histoires. J’ai toujours dit que je considérais Bonne Espérance pour un des plus beaux albums de tous les temps, je le répète. Comme je n’hésite pas à dire que les teneurs du C’était mieux avant n’ont pas d’emprise sur moi puisque les 15 dernières années ont donné, chez eux, des albums (dont deux double) marquants, dans le son, le propos, la solidité narrative. Je souris en regardant son Altesse parler parce que finalement les choses font lien, dans les temps, les repères communs, dans l’idée que tous sont plus ou moins partis de ces époques-là mais que nous sommes toujours présents. Et heureux, dit l’homme à la fin du Train en réponse à celui qui se prétendait le plus heureux du monde, par antiphrase ou autoconviction. Il est temps de saisir Stéphane Thabouret au téléphone, si proche du groupe qu’il dit que ses photos sont moins bonnes quand le groupe est moins bon, il faudra analyser ça. On parle de la genèse de nos rencontres respectives, entre Fergessen et Stephan Eicher, le temps file vite, en radio, entre temps il y a eu Esther Appertine et Je suis Dieu, un poil daté mais c’est le jeu des enregistrements des 80’s. Quand on échange nos places pour l’émission littéraire, on entend dans les casques un peu du Camille que nous avons fait ensemble, puis on parle littérature, vraiment (sujet, genre, construction, distanciation), le temps de réfuter le mot de fan trop facilement tombé d’entrée. J’entends Stéphane parler de mon classicisme pour distinguer nos deux écritures romanesques, je m’entends moi dire que j’ai toujours été écrivain, j’entends Michel parler de Aurelia Kreit et en soi, ça valait la peine de faire tout ce chemin, histoire que les temporalités se collapsent, mon phénomène préféré. Il s’est dit plein de choses, en une heure et demie, pas forcément essentielles mais qui itèrent d’une unité la belle chaîne d’amitié et d’estime qui unit nos deux existences. Dans l’énoncé des nombreuses rencontres à venir dans une Région très élargie, il me revient de citer la librairie Rue de Verneuil, à Annecy, dont la propriétaire est celle qui tenait Jules & Jim, à Cluses, qui a tant fait pour Tébessa et la Partie de cache-cache. Qui me disait il y a 15 ans que Aurelia serait une tuerie, je me souviens. Si quelqu’un pouvait lui dire qu’elle vit une belle vie, malgré tout…

 

Le podcast, déjà disponible:

https://www.radio-b.fr/au-terminus-des-pretentieux-22

https://www.radio-b.fr/roman-de-gare-277

22:44 | Lien permanent

13/11/2025

Mathias & Marie - 10 ans.

2876391494.jpgLa thématique des dix ans m’a toujours porté et j’envisage de retourner à Ouessant en 2027 parce que j’ai métaphoriquement promis d’y faire le Voyage tous les dix ans, peut-être. Forcément, le souvenir du 13.11.15 est prégnant, je dois y accoler la difficulté d’être loin des miens quand c’est arrivé, d’avoir eu l’impression de ne pas pouvoir les protéger, même s’ils n’étaient menacés en rien. Dix ans d’études, de témoignages, de reportages (j’évacue tous ceux qui jouent la carte de la musique dramatique…) m’ont permis de comprendre mieux ce syndrome, l’idée qu’on ait été touché soi-même alors que rien ne peut remplacer – hélas – ce qu’ont vécu les vraies victimes et, plus encore, la culpabilité avec laquelle doivent vivre ceux qui ont échappé à la mort sans savoir pourquoi. Qui doivent se demander pourquoi eux sont (encore) là et pourquoi d’autres non. Il y a dix ans, j’avais choisi, au hasard, ces deux-là, Mathias et Marie, sans rien en savoir, je les avais isolés, un temps, du reste des victimes pour qu’on mette un visage sur un temps qu’on avait fauché, celui qu’il leur restait à vivre, les projets, les amours… Sans doute parce qu’ils avaient l’âge, à peu de choses près, de mon propre enfant, que parler d’eux empêcherait de les savoir morts tout à fait. Depuis, une association leur a été consacrée, dans une réalité qui convient davantage que la seule façon que j’ai trouvée de parler d’eux à cet instant-là. Depuis, je lis qu’il est de plus en plus difficile pour les familles des victimes de ce vendredi noir de n’entendre parler que du Bataclan, et pas des autres lieux de carnage. Même la commémoration est sélective, si on n’y fait pas attention. Depuis, j’ai écrit, comme beaucoup d’autres, une chanson pour Éric Hostettler, trois jours après les faits, le temps de me reprendre. Même si on ne se remet jamais de ça, si un tel repère partagé dans les existences de chacun nous a tous figés ce jour-là, à l’âge que nous avions, à ce que nous vivions alors. Cette notion d’événement qui m’a toujours interpellé, qui varie selon que l’on est historien, philosophe ou, au plus près, secouriste, policier.

La tuerie de Charlie-Hebdo avait déjà bien atteint notre idéal de société juste et commune ; celles du 13.11, quand j’y repense, cliniquement, l’a achevé, en ce qui me concerne, même si la solidarité immédiate a été belle, spontanée. J’envie ceux qui y croient encore, moi, je me suis mis en retrait, ne survis que par la Beauté. Et si je repense à Mathias et Marie, c’est parce que je pense à tous les autres : les morts, les blessés, les traumatisés et les hébétés que nous sommes tous restés.

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11/11/2025

UMSM TOUR 2025.

AGEND ARTS MURAT-page-001.jpgJe me souviens y avoir vu Denis Lecarme et Fred Dubois. Jean-Christophe et moi-même allons tenter de ramener un petit bout du Bougnat sur le devant de la (petite), ça sera sans prétention, sur mes terres ancestrales, le dimanche 23 novembre à 11h. Ça permettra de clore le week-end qui me verra, dès le jeudi, parler dans le poste de Radio B. avec Stéphane Pétrier des 40 ans des Noz et de ce Monde sans Murat, qu'il me tarde d'étrenner vraiment.

 

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18/10/2025

UMSM TOUR 2025.

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13/10/2025

Un monde sans Murat - Premier retour.

THURIFERAIRES ET EXEGETES

IMG_5777.JPGUn Monde  Sans Murat, par Florence COUTÉ, Chroniqueuse vidéo ("le Moujik et ses phrases"), co-auteure avec Patrick Ducher de "Entre Prince & Spring".

L’écriture de Laurent Cachard est une musique, un mouvement de piano… ou un fluide, un fleuve au débit suave, mesuré et sûr de lui, c’est un mouvement et c’est une musique, bien encadrés, où chaque mot est pesé, lourd de signification et empli d’élégance, jamais la signification ne prend le pas sur l’ornement, les deux se complètent toujours dans ce que l’on pressent comme une exigence incontournable. Le résultat est qu’on se laisse porter comme sur une vague dès la première ligne jusqu’au moment de refermer le livre. 103 pages , cela peut paraître peu (au premier regard) mais elles sont si denses que l’on ressort de cette lecture, rassasié et repu comme après un festin. Et l’on se surprend à relire plusieurs fois la même ligne et à consulter sur internet les différents mots que l’on peut apprendre au passage  (pour moi, ce fut « chleuasme » mais il y en eut d’autres pour lesquels je dus rafraîchir ma mémoire tant j’avais oublié leur signification).

L’ouvrage se compose d’ un portrait, d’un entretien imaginaire avec l’au-delà, des chroniques parues sur son blog (2009-2025) et de 4 nouvelles qui sont une sorte de variations  sur des chansons de Murat .

Laurent Cachard se démarque avec fermeté de toute communauté (ou mouvement communautaire) de fans et laisse de côté thuriféraires* et exégètes (hormis Didier le Bras pour lequel il a le plus grand respect – je préciserai à ce sujet que ce dernier avait malgré tout, un côté laudateur), et fustige tout rassemblement autour du sujet Murat ( vivant ou mort) et nous avoue même n’être pas allé à son enterrement : on sent une pudeur – assez proche de celle de Murat – à ne pas rendre publique une expérience qui se veut personnelle. Ce que nous ne lui dénions pas.

 *le thuriféraire est littéralement celui qui porte l’encens à l’église. 

La lecture des chroniques est facile, l’écriture en est alerte, amusante et s’appuie essentiellement sur les concerts des différentes tournées. Celle des nouvelles est plus ardue, le style n’est plus du tout journalistique mais résolument romanesque avec des phrases denses où chaque mot compte, où chaque tournure est amplement réfléchie , ajustée, chantournée pour coller au plus près de ce qu’a voulu dire son auteur. Et en même temps, pas de lourdeur, juste de l’épaisseur, voulue et conçue comme la pâte d’un gâteau qui enfle lentement dans un four. 

Nouvelles :

« Les endimanchées » : réflexions amusées, amusantes, cocasses, basées sur le oui et le non, l’opportunité et la non-opportunité sur une private joke lors d’un concert de Jean-Louis. 

« L’irrégulière » , une variation sur l’amour, le sentiment amoureux et la mélancolie de ce qui fut et qui n’est plus. Y est évoquée Jeanne Moreau doublement , d’abord parce que la chanson lui était destinée et ensuite pour son rôle dans  le très beau film de Truffaut , Jules et Jim.

« Docile au vent » m’a embarquée , comme le bateau vous embarque pour l’ile d’Ouessant sans être sûr de l'atteindre , la fin de la terre ne peut être qu’une rencontre décisive et j’ai ressenti ce texte comme une gifle d’eau de mer et de vent tempêtueux. La chanson qui en est la genèse est « Quand femme rêve » écrite pour Julien Clerc (« Elle boit mon sang, comme l’eau »). On en ressort le souffle court.

La dernière nouvelle fait la part belle à « Murat en Plein Air » et sont convoquées les références du passé, un poète du pays, Camille Gandilhon Gens d’Armes et la petite paysanne qui tournoyait en gris et blanc sur la cassette VHS désormais introuvable et nous replongeons dans les premiers émois et émerveillements de ce stupéfiant ouvrage dotés de meuglements et de clarines. Le plein air étant et toujours sera souffle d’inspiration, comme le dit l’auteur.

Ce petit recueil se clôt discrètement comme sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller le Murat qui dort. On le referme avec un soupir d’aise et le sentiment d’avoir accompli un beau voyage et l’esprit régénéré. Je le tiens pour le meilleur ouvrage que j’aie lu sur Murat.

PS : les illustrations de Franck Achille Gervaise sont de toute beauté.

https://www.audasud.fr/boutique/Un-monde-sans-Murat-p7833...

 

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