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29/05/2026

Que sont-ils tous donc devenus?

C’est assez dingue, quand on passe sa vie à écrire, qu’un autre trouve les mots pour vous, en 3’40 qui plus est, sur des sujets aussi parlants que l’amitié, l’amour qu’on porte à des gens, qu’on croit éternel, justement parce qu’il est délesté des lourdeurs de l’autre (amour). Et là, cet homme-là - que je connais depuis sa Fossette, que j’ai vu sur scène à ses débuts (avec Miossec et Philippe Katerine pour 50 francs !), qui a traversé ma vie entre son Courage des oiseaux, son Gros Boris, son Twenty-two, son Eleor, écouté chez Franck Gervaise, la première fois – balance son narratif pour dire le difficile chemin de ces liens qui se sont défaits, sans explication, le plus souvent, parce qu’on se convainc, de part et d’autre, du côté rédhibitoire de l’autre – un nom, ça se raye -pour ne pas se poser la question de soi. Un homme qui dit le temps qui passe sans revoir ceux dont on n’aurait jamais imaginé qu’ils n’existent plus tout en continuant à être, quelque part. « J’attendais tôt ou tard que l’un de vous survienne », dit-il, pour ne pas avouer qu’à force d’attendre sans rien faire, eh bien, rien ne se passe. C’est un sujet qui m’a toujours parlé, sans que j’en dise rien : lui le chante, et très bien.

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21/05/2026

Dans la voiture-balai.

Tour-de-France-2022.jpgAujourd’hui sort Tour de France, l’album live de la dernière tournée de Jean-Louis Murat, enregistré en 2022. La dernière, oui, parce que personne ne savait que le 25 mai de l’année d’après, le jour (ou la veille, ou le lendemain) de la sortie d’un Best-of dont il n’a jamais vraiment voulu, Jean-Louis s’est écroulé, chez lui, à Orcival, victime d’un arrêt cardiaque (toujours aimé la tautologie médicale, moi) après de fortes douleurs à la jambe. Cette tournée, j’en ai fait deux dates, une à Bourgoin, une à Montpellier, avec mon amie Christine, que j’ai convaincue de venir le voir, elle qui avait décidé qu’elle ne le ferait plus, après une mauvaise expérience de plus. Elle n’a pas regretté, tant l’homme semblait délesté des tourments qui l’ont souvent habité. Une tournée intimiste, avec le compère historique Denis Clavaizolle, son fils à la batterie histoire de montrer que ça faisait déjà trente ans (ou presque) qu’on allait voir le Bougnat sur scène, Fred comme s’il n’était jamais parti, si ses concerts avec Johnny (l’autre) n’avaient été qu’une grande farce inventée par Jean-Louis… Une tournée fondée sur ses derniers albums, comme toujours, avec la part belle faite à la vraie vie de John Buck, Baby love et Taormina, dont il ne joua que deux titres mais dont tout le monde se souvient parce que le morceau éponyme sera le dernier qu’il aura joué sur scène. Juste après le sublime Arc-en-ciel joué en piano-voix, à la Dolores, une chanson qu’il a adaptée de l’Arcobelano d’Adriano Celentano, la délestant de son côté pop pour en tirer une ballade testamentaire, prémonitoire, Je suis devenu un coucher de soleil Je parle comme les feuilles d'avril, Je vis enfin dans chaque voix sincère  Avec les oiseaux je vis le chant subtil, comme s’il s’était seulement évaporé, loin de tout vacarme, et principalement celui qui a précédé la parution du livre de son fils aîné Yann, à qui d’aucuns reprochaient de ne pas avoir été suffisamment proche de son père pour en parler aussi longuement, qui a précédé la sortie dudit Tour de France, à qui les autres reprochaient de ne pas avoir été consultés. Je dis ça de loi, sans aucun enjeu, tellement je m’en fous : j’ai lu le livre, que je n’ai pas trouvé bon, parce qu’il ne suffit pas d’aligner les anecdotes privées pour atteindre ce que le bandeau promettait, dire à un père tout ce qu’on n’a pas pu lui dire de son vivant; j’ai commandé le disque, même si je serai sans doute déçu de son contenu parce qu’il ne contient pas le fameux Arc-en-ciel, qu’il est conçu sur la base de plusieurs enregistrements, comme tous les live officiels, alors que, filou et, qui sait, méfiant de la suite, j’ai enregistré moi-même, portable dans la poche de la veste, le concert de Bourgoin, dans son intégralité. Un pirate, à l’ancienne, avec un son plutôt bon, une très bonne performance. Tout ceci, je l’ai déjà raconté dans un Monde sans Murat, ce livre que beaucoup me demandent mais que l’éditeur semble ne plus vouloir vendre : même là-dessus, j’ai arrêté de me battre. Je m’amuse même que ceux qu’ils l’ont m’en ont dit le plus grand-bien, qu’une source très proche de Jean-Louis le présente même comme le meilleur bouquin sorti sur son père. Les thuriféraires auront fait le service minimum, mais je n’attendais rien d’eux et je n’ai pas été déçu. J’ai cru un temps que moi-aussi, j’irais faire un tour aux Vinzelles, avec Franck Gervaise, comme annoncé depuis bien avant la sortie du livre mais là non plus, rien ne s’est passé. Et rien de grave : je mène ma barque de création comme lui le faisait, loin de tout ça. J’ai failli mourir avant lui et, toujours là, je me dois à ma ligne directrice, à Aurelia, qui prend tout le temps que ma nouvelle vie me laisse. J’ai une pensée pour lui, aujourd’hui, parce qu’il vaut mieux fêter une création, même in abstentia, qu’un anniversaire de décès. Pour moi, Jean-Louis, c’est comme Barbara avant lui : il m’a convaincu qu’il fallait le laisser partir – je ne me le suis jamais approprié, pas une seconde – pour mieux revenir. En écoutant ses disques : ça tombe bien, il y en a un qui sort aujourd’hui.

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photo de Florence Couté.

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05/04/2026

Balade & Conte d'été.

Voilà, le premier morceau de Phébus est joliment mis en images; c'est l'occasion de se rappeler que Conte d'été, ce film qui a sans doute changé ma vie, a désormais l'âge de mon enfant, que la rue des Chats-bossus, que je n'ai fréquentée qu'une fois il y a bien longtemps, m'a l'air bien jolie, mais loin de là où l'existence m'a mené. Des images se superposent, anachroniques - qui écrit de longues lettres, désormais? - boisées, dans le manche de la contrebasse. Ça n'a, comme le EP qui va sortir, le 18 mars, pas d'autre ambition qu'esthétique, mais ça ressemble à son compositeur-interprète, plein d'élégance et de culture musicale. Ça compte, et ça pique un peu les yeux, mais dans le bon sens du terme.

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26/02/2026

INCONDITIONAL*

Capture d’écran 2026-02-26 à 00.17.55.pngIl faudrait toujours aller voir les artistes qu’on aime deux fois au moins sur une même tournée, des derniers rangs du Corum, récemment - avec vue imprenable sur la salle et l’ambiance, sur la scénographie, également – au tout premier rang, au centre, du Radiant, hier, pour Benjamin Biolay. Que je n’aurais jamais vu de si près si je n’étais pas entré dans les loges, la dernière fois, pour lui offrir un Figures Singulières. Deux Lyonnais exilés à Sète, ça ne doit pas courir les rues, ni les salles de concert, pas plus que les Argentins, visiblement, puisqu’il est de coutume, dit Biolay, dans cette tournée, de demander s’il y a des Argentins dans la salle, histoire que Martin Rodriguez, son (autre) guitariste se sente moins seul. À Lyon, lâche l’inénarrable supporter de l’OL, il y a donc Nicolas Tagliafico et lui, Martin, mais Martin n’a pas l’air de connaître Nicolas. Peu importe, ça ouvre le sujet des transitions entre les chansons, souvent un supplice pour les chanteurs, que Biolay a résolu hier en parlant le moins possible, quitte à décevoir ses fans énamourées persuadées que c’était ici – avec elles, faut-il en déduire – que la session acoustique du disque bleu atteindrait son paroxysme. Il faut les voir, ces casques d’or bien défraichies, montrer de leur morgue parce qu’elles l’ont vu ici et ailleurs, rassurer les copines derrière qu’elles le verront bien, parce qu’il va venir là, et là, puis après se plaindre d’une visibilité moindre parce que les enceintes de retour sont massives et que la scène est haute. Ce sont les mêmes qui crient Benjamiiiiin alors que la crème des musiciens est sous leurs yeux, les mêmes qui le filment pour dire qu’elles l’ont vu plutôt que de le regarder. Une vraie plaie, en concert, de plus en plus. Finalement, voir le concert du fond de la salle permet d’éviter ces sangsues, dont je me demande bien ce qu’elles peuvent écouter et comprendre, en quoi le Penseur, par exemple, peut leur correspondre une seconde dans ce qu’elle a, comme chanson, de contemplatif et de métaphysique. Misogynie à part, dirait l’autre – mais il faut bien reconnaitre que son public est féminin, blanc, quinqua ou plus – il y a quelque chose de pathétique dans cette façon de réceptionner le travail d’un artiste, et heureusement que mon amie Florence, à mes côtés, n’est pas du genre réceptive à ces approches, je le dis par principe, pas par jalousie. L’avantage d’être tout devant, ça a été pour moi de constater les traces de coups - donc de vie  - sur la contrebasse de Laurent Vernerey, d’étudier chacune des quatre guitares du génial Pierre Jaconelli – jusqu’à ce que je croie même qu’il repère mon insistance ! – les percussions éclectiques de David Donatien. Le set est le même, mais puisqu’on est à Lyon, il faut qu’il joue Lyon Presqu’île, bon morceau, mais signe, hier, de la foire au boudin et des midinettes hors d’âge qui viennent s’encanailler sur la minuscule fosse séparant mon siège de la scène et hurler des Benjamiiin à n’en plus finir, mettre des voix nasillardes sur de belles mélodies et frapper dans leurs mains à contretemps. Il fait le job, Benjamin, et le fait bien, avec son tshirt Denis Rodman, en final, mais à l’écouter chanter son Testament et les Passantes, on voit bien venir ce malentendu d’un compositeur et parolier unique – les cerfs-volants me feront toujours venir partout, Ton héritage est universel et sa version guitare une vraie bonne surprise, la Superbe est magnifiée à elle seule par Gladys Ledoux-Doukhan – pris au piège du vedettariat. On pourrait lui souhaiter de vite devenir vieux et moche, mais on se reprend : ça n’est pas si grave.

*rare aussi de revenir, presque principalement, pour ne rater aucune miette du finale, le sublimissime Nunca es suficiente des Los Angeles Azules!

 

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14/02/2026

La première séance.

IMG_6297.JPGPour avoir, depuis vingt-trois ans, fait des portraits - rédigés, longs, distanciés – de mes proches et de tous ceux qui ont, peu ou prou, marqué ma vie, pour le faire de Figures Sétoises depuis trois ans et 73 personnes au compteur, il est évident que le C’est à vous (instant d’artistes) de mon ami et talentueux Gérard Grenier allait m’intriguer, d’autant plus qu’il m’avait intégré dans les 40 créateurs (39 et lui, à la place de la chaise vide) à qui il a donné 2’30 (en moyenne) pour dire tout ce qui leur passait par la tête. Drôle d’idée que de résumer un monde d’égo à une limite de temps flagrante, mais c’était la seule solution pour éviter la longueur et la répétition – induite de fait par l’énumération, les artistes défilant, par ordre d’arrivée, les uns après les autres, sans lien induit, sinon la coïncidence. Ça n’est pas à moi, pas plus qu’au public hier, de définir qui l’a emporté sur qui, puisque ça n’était pas la question, mais à la réflexion, des catégories se sont imposées d’elles-mêmes, ceux qui sont venus faire une performance (de lecture, de récitation, de jeu théâtral) et ont donc préparé leur session en amont, ceux qui ont laissé faire le temps pour voir ce qu’il en sortirait, dont la maladresse, parfois, prend des atours certains, ceux qui savent ce qu’est un face caméra mais savent aussi en éviter les pièges du narcissisme – des écrivains qui parlent d’autres auteurs, par exemple – ceux qui ne le savent pas et tombent dedans à pieds joints, pour 2’30 d’auto-célébration ou d’évocation d’un sujet qui tombe à plat. On a vu des vieux de la vieille emporter un auditoire en récitant un sketch de 30 ans d’âge et un minot de moins de 30 ans parler de ses influences musicales comme un vendeur de la FNAC, ceux d’avant, qu’il n’a pas connus. Des artistes parler de leur art, certains bien, d’autres en mettant en avant une espèce de morgue ou de prix quelconques qui ne convainquent qu’eux-mêmes. Pas étonnant qu’une femme de ménage devenue peintre l’emporte à l’applaudimètre ; rien de surprenant non plus à ce que l’un sourie trop – quitte à ce qu’on ne le prenne pas au sérieux, dira-t-il – quand l’autre a l'air à peu près aussi agréable d’abord qu’un Jean-Pierre Bacri au sommet (c’est moi). Il s’en fout, Gérard, le montage est bon, la musique, quoiqu’artificielle, fonctionne, son film bénéficie d’une chute superbe, sans doute parce que personne ne parle. C’est forcément un peu long, 1h25 d’enchainement, mais l’exercice est réussi, chacun y trouvant son compte, finalement. Comme en littérature, je lui aurais bien imposé, moi, de tout diviser par deux – à commencer par le nombre de convives – mais je sais trop que c’est le portraitiste qu’on juge, dans ce qu’il fait de l’exercice, plus que les portraiturés, qui ont fait ce qu’ils ont pu. C’est quand ils en ont trop fait que, pour moi, ça ne passe pas. Mais c’est une question de point de vue. Île singulière, face caméra, coupez !

PS : Allez, je me mouille : mes deux préférés, Reka – déjà croqué dans les Figures Singulières – dont on pense qu’il ne fera que dessiner pendant la première moitié et qui s’avoue, dès qu’il parle, d’une humanité folle ; et Zarouati, dont le travail m’était opaque jusqu’à ce qu’il dévoile ses dessins sur des notices pharmaceutiques, ces textes que personne ne lit.

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03/02/2026

La route.

J'aime bien ces moments qui frétillent d'eux-mêmes, qui annoncent des beaux jours à venir, des étapes supplémentaires au parcours, qu'on tient sans se soucier des jugements, des avis péremptoires ou des marques de scepticisme permanent. "La haine des absents", c'est un texte qui me tient à coeur depuis longtemps, que j'ai transformé en chanson et que Eric Hostettler a composée et interprétée, comme souvent depuis plus de quinze ans. Il dit beaucoup de ceux qui nous ont accompagnés, tous les deux, sur la route, qu'on a perdus, naturellement ou par accident, par malentendu ou lassitude, personne ne sait vraiment, sauf dans les deux premiers cas. Ça ne sera jamais l'acteur du siècle, Hostett', ça n'est pas ce qu'on lui demande, mais là, sur un couplet, avec sa casquette de Springsteen de Bellegarde - j'ai la même! - quelque chose se passe, et quelque chose se passera pour ceux qui resteront curieux, bientôt.

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25/01/2026

L'appeau des FS*.

IMG_6203.JPGDe mémoire d’écrivain, je ne me souviens pas avoir signé autant de livres qu’hier, au Bar du Plateau, pour la présentation du 3e volume des Figures Singulières, ces livres de portraits qui me déterminent de plus en plus en tant qu’auteur – même si Aurelia Kreit me définit comme romancier. Un monde fou – 70, 80 personnes – dans ce petit bar si symbolique de l’esprit de quartier et de l’identité d’une ville. Il a pourtant fallu lutter contre une météo déplorable, et ici, ça incite toujours le Sétois à rester chez lui ; contre un calendrier défavorable puisque le maire inaugurait son local de campagne juste en bas de chez moi, écran géant et petits-fours à l’appui : lui aura eu 400 personnes, paraît-il, dont quelques-uns qui avaient tout intérêt à paraître chez lui, pas chez moi. Peu importe, moi qui craignais qu’on fût 10, j’ai vu l’endroit se remplir et saturer un poil quand Yves (Izard) a commencé l’interview, un genre qu’il connaît bien et qu’il prépare toujours consciencieusement. Avec l’avantage d’une amitié sans concession, quelques questions un peu pièges, gentiment, sur Biolay – histoire d’évacuer – sur le seul passage un peu complexe d’un des portraits, portant sur la disjonction entre soi et soi-même quant au refus du temps, la coalescence entre ce qui n’est plus, ce qui est et ce qui sera, pas révélateur de mon mode d’écriture mais qui, dans le contexte, reprend la volonté – simple – de faire une tielle pour retrouver le goût de son enfance. Je traite des sujets qui me sont chers, retrouve – et personne ne le sait – le mode d’oralité en public qui me manque depuis que je n’enseigne plus, j’explique ma façon de choisir les portraiturés, pas forcément pour eux mais pour le pan qu’ils représentent, chacun, dans la ville. Personne ne sait non plus que si je me suis lancé dans l’exercice, c’est parce que Nizan a soldé Bourg-en-Bresse dans Présentation d’une ville et que je m’étais un jour juré de me lancer dans la démarche sociologique et historique. C’est une contre-histoire et une contre-sociologie que cette somme-là, que je vais continuer, sans doute jusqu’à l’acte V, comme dans les vraies tragédies. Je m’amuse toujours un peu de mon côté autoritaire, sans y toucher, parce que l’assemblée est intéressée, ça se voit dans les regards, mais n’ose pas participer. Je suis heureux de voir des jeunes que j’ai croqués, dont un que j’ai eu en classe, venu avec ses parents, qui me disent à quel point j’ai dû marquer les élèves. D’une façon ou d’une autre, oui… J’ai des gens chers avec moi qui sont venus de Lyon, ils me laisseront bosser – dédicaces et discussions privées – pendant qu’ils prendront l’apéro, la fonction du Plateau et l’objectif réel de la démarche, la convivialité. Je suis toujours ravi que le bar soit rempli, ça change de quelques rencontres que j’ai vues là-bas qui n’ont pas attiré leur public. Sans doute parce que l’auteur en place avait une trop forte envie de parler de lui, alors que le portrait, même si l’on retrouve (forcément) de l’écrivain qui le fait, c’est d’abord une belle façon de parler de l’autre. Des autres. Ceux qui font sens et somme. Je suis heureux parce que je ne serai pas maire de Sète, mais parce que mes FS laisseront une trace. Et pas seulement par le calembour*, achilletalonesque.

photo: Karine Hermet

Dessin : Christine Puech.

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10/01/2026

Présentation d'une ville (vol.3)

IMG_6153.JPGPour connaître un Sétois, vous pouvez tenter de l’aborder, en espérant que ce jour-là soit le bon...

ou vous en remettre à Laurent Cachard. Pour ce 3e tome de ses Figures Singulières, LC remet l’ouvrage sur le métier, une entreprise désormais reconnaissable entre toutes, malgré les ersatz qu’elle suscite, poursuivant son patient travail de plume- sismographe : aller à hauteur de Sétoises et de Sétois, tendre l’oreille, recueillir la parole, la ciseler serrée sans la lisser, comme on prend le pouls d’un port — sans folklore inutile, sans révérence excessive. Un dosage attentif qui a fait ses preuves jusque-là : deux cuillères de miel pour une cuillère de fiel (léger). LC ne cherche ni l’hagiographie ni l’anecdote. Ce sont des trajectoires plus que des destins, des équilibres précaires entre enracinement et fuite. Le portrait devient un miroir oblique, où l’auteur et son modèle se reflètent, dans une alterbiographie assumée.

Souffrez que certaines confessions ou indiscrétions seraient restées enfouies sans l’art de ce Canut, loin des canulars ambiants. Quand pour d’autres portraiturés, on attend toujours, dans la Venise langue de peille, le mousseur qui réduirait le débit de leur conversation, comme il le fait pour l’eau du robinet.

La lecture avance ainsi comme une déambulation dans L’Expo FS ! de la médiathèque cet été : on reconnaît une voix, un visage, parfois le sien. On comprend surtout que ces Figures ne figent rien. Elles circulent, respirent, s’échappent. Et lorsque se referme ce FS3, il reste moins une galerie de portraits qu’un sentiment persistant assaisonné par LC du meilleur sel : à Sète, les histoires ne demandent pas à être admirées, seulement à être racontées, avant de retourner se mêler au vent et au brouhaha des halles.

 

Les Figures Singulières, vol.3, sortie le 24.01.2026 à 11h au Bar du Plateau

et disponibles sur le site de l'éditeur : https://www.audasud.fr/figures-singulieres-tome-3

Jean-Renaud Cuaz

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