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22/12/2023

AKII KRITIKS

Capture d’écran 2023-11-18 à 14.32.47.pngC'est rare qu'un - bon -  critique s'intéresse à un roman dont la diffusion n'est pas aidée par les réseaux classiques, c'est d'autant plus réjouissant quand il y revient, quatre ans après. Merci donc à Warren Bismuth (sic) et à sa recension d'Aurelia Kreit - les jardins d'Ellington sur le site "Des livres rances" (re-sic).

C'est ICI et c'est exhaustif, chouette!

 

Et en prime, un (beau) retour de lecture d'un lecteur avéré, qui ferait presque rougir (basque):

"J'ai fini de lire le 2éme volume des "aventures" d'Aurelia Kreit. J'ai beaucoup aimé ce livre comme d'ailleurs le précédent. Je suis assez stupéfait par ton érudition sur des sujets brûlants qui prennent avec l'actualité contemporaine une dimension prophétique. La situation actuelle de l'Ukraine est une conséquence presque prévisible de ce que tu décris de cette époque. Le style est très vivant, il y a aussi du polar (les allusions à Arsène Lupin), une reconstitution historique poignante enfin tout un foisonnement qui demande parfois de revenir en arrière pour ne pas se perdre en chemin. Le terrible épisode de la Courtine sonne comme une tragédie très bien décrite et documentée dans sa montée dramatique. On pourrait dire beaucoup d'autres choses, notamment sur les figures féminines attachantes et tellement courageuses. Un grand bravo. »
Merci à J.B, qui se reconnaîtra.
 
Enfin, Louise Cavalier y revient également, quatre ans après, sur Babelio
"La personnalité hors du commun d'Aurelia Kreit se passe de superlatifs. On voudrait un jour rencontrer la vieille dame qu'elle est devenue.
Laurent Cachard l'accompagne sur le fil de sa vie où elle montre toute sa détermination à traverser la Grande Guerre et ses horreurs, debout, positive et active malgré son jeune âge.
De Mulhouse à Etretat, d'Etretat à La Courtine, on peut la suivre, dans des événements de l'histoire de France qui ont pu échapper à notre vigilance : la question juive au début du XXè siècle ; ou encore la présence d'un soviet dans la Creuse, sous l'égide d'un président charismatique, Afanasie Globa !
J'aime cette riche et belle écriture qui use parfois d'un humour un peu acide, comme on utilise un bon vinaigre pour relever un plat d'été. Un vocabulaire recherché, une histoire structurée pour laquelle on se passionne tant l'héroïne est solaire.
Les personnages secondaires sont pour la plupart attachants, même Anton dans ses moments de désarroi, est touchant. Il se trouve soudain seul face à son existence et les choix cruels auxquels il est confronté, sans le soutien du groupe, de « l'attelage » qui détermine son envie de se battre. Très humain dans son besoin d'être l'élément utile d'une organisation.
Les jumelles Varvara et Pavline, fortes chacune de l'existence de l'autre et de la chaleur du lien qui les relie, éveillent en nous la nostalgie d'un alter-ego.
Aurelia Kreit est le livre qu'il faut pour un week-end d'automne chagrin. Il est l'accompagnement parfait de la tasse de chocolat chaud. A savourer sur canapé."
 
À retrouver aussi, la critique d'Yves Izard, ICI.
 

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16/12/2023

Librairie Bisey - Thann / 15.12.2023

clara@I.jpegC’est tout petit, Thann, et on comptait un peu sur la jurisprudence Megevette, cette idée que quand un seul événement est programmé sur un seul soir, à un seul endroit, on pourrait compter sur un peu de monde à la librairie Bisey, l’autre. Les fidèles de Luc (Widmaier, le maitre des lieux) sont venus, une petite grappe, mais Clara et moi, comme l’avant-veille à Mulhouse, nous étions décidés à jouer coûte que coûte, fût-ce pour prendre des images, monter un produit d’appel, bref, ce qu’il faut faire pour que le projet perdure. Alors nous avons joué, pour les rares présents, qui devraient pouvoir dire qu’ils ont passé une bonne soirée. Le duo est rodé, on sait depuis le Baratin qu’il faut une ouverture et Clara s’y colle, je présente la thématique Aurelia, l’aspect local, j’intègre aussi mon triumvirat féminin, Camille-Clara (l’autre)-Aurelia, j’enchaine, comme mercredi, les extraits des jardins d’Ellington – entre Zillisheim (bien prononcé, cette fois !), Dornach ou Altkirch – avec un bout de la Valse, Claudel, en restituant l’époque de l’attente avant les portables, rue de Varenne ou pas, Clara commence le morceau de Sandro en pizzicati, avant d’en jouer la mélodie, ça passe mieux que mardi, mais ça sera le morceau faible, en tout cas pas adapté, qui ne restera pas. Je prends un peu plus de temps pour situer Aurelia dans son époque – l’Ukraine du début du XXe siècle, celle des pogroms – et son action, l’urgence des départs obligés et la certitude d’une destinée pour ce personnage incroyable. J’aborde les thèmes et les souvenirs qui me font me répéter, mais dont je dois convaincre l’auditoire : l’écriture est une chose sérieuse qui demande un travail permanent, dont le premier est fuir toute sorte de paresse. Depuis le début, Clara me propose en parallèle d’Aurelia cet hommage à Bach de Valentin Silvestrov, une pièce exigeante, aux répétitions hypnotiques, c’est à la fin de ce morceau que les spectateurs l’applaudissent, comme s’ils ne pouvaient plus se retenir. C’est le moment de désacraliser, de lancer notre ping-pong commun sur un texte que j’ai écrit pour elle : il y a des sourires, on joue avec le plus grand des sérieux, celui que Nietzsche appelle quand il s’agit de retrouver nos jeux d’enfants. C’est juste avant le Chant des oiseaux, une pièce éthérée, qui confine au sublime dans ses dernières notes, de si légers pépiements pour un visage presque déformé par la concentration. Notre clôture, c’est notre marque de fabrique, c’est un Camille que je pourrais presque dire sans texte tellement je m’inspire d’une chanson que j’ai écoutée un milliard de fois depuis dix ans. Ça tombe pile, juste, l’objectif de nos retrouvailles ici est atteint, rédiger le projet, le connaître parfaitement, maintenant, chercher, à l’avenir, à en tirer une moëlle encore plus substantifique, et le proposer à qui veut l’entendre. Le voir, aussi, presque surtout, tant c’est entre nous que ça se passe, moi les deux pieds dans la terre de l’écrit et elle, sublime, dans les étoiles qu’elle tutoie. Qu’elle m’a permis de côtoyer deux fois encore, après les deux (avant)premières et avant qu’on aille faire un tour du côté de Montpellier, le 3.02. De Sète, la veille, peut-être. De la Casa – au sens propre comme au figuré – au printemps. Nous reprendrons chacun notre route, un jour, qui arrivera vite, mais on aura connu ça ensemble. Et nous sommes déjà invités à revenir dans la librairie Bisey, l’historique, quand elle aura été rénovée. Rendez-vous est pris, puisqu’il n’est pas de hasard.

Photo: Myrina/ non-contractuelle, portable oublié dans la voiture de retour! 

00:54 Publié dans Blog | Lien permanent

13/12/2023

Librairie Bisey - Mulhouse 13.12.23

IMG_3317.jpgIl y a parfois des étapes dans l’existence, et celle qu’on s’était fixée, avec Clara, était de lancer en Alsace, sur les traces de mon héroïne, la première pierre d’un projet défendable professionnellement. De sortir de nos heureuses coïncidences ou de nos ratés rattrapés pour savoir, au temps près, à quel moment lancer le morceau, nous rejoindre, passer la voix sur le jeu ou l’inverse. La belle librairie Bisey de Mulhouse, dont on ne pourrait deviner, au premier abord, qu’elle occupe des lieux provisoires est immense, superbement dotée – je vois un Pascal Ory, en passant – et Luc et Myrina nous accueillent avec sympathie, le temps de savoir où se placer, aller manger un bretzel sur le Marché de Noël et espérer que quelques bonnes âmes viennent nous écouter. Période difficile, d’après les libraires – la rencontre de demain vient d’être annulée – mais Myriam, la régionale de l’étape, a fait son travail et c’est une bonne dizaine de personnes qui viennent quand Clara et moi avions décidé que même seuls, nous jouerions pour nous, et ceux qui se sont démenés pour que l’on vienne. Que je traverse la France, via le train de 5h11 ce matin pour arriver dans un appartement mal isolé sous les toits, gelé tout l’après-midi avant que je laisse le chauffage à 29° pour pouvoir, dans quelques minutes, passer une nuit complète et réparatrice. Deux heures de répétition, de repères, de notes, et une volonté absolue de ma part, élever mon niveau, de diction, d’intonations. Ne plus rien précipiter, ne dire avec force que ce qui le nécessite. Ma pépite à côté de moi, comme un bonheur permanent : 55mn, nous le tenons, notre spectacle, il est au point, ça s’enchaîne avec limpidité, exigence quand il le faut – le Silvestrov n’est pas facile – maestria pour finir sur notre inédit à nous, ce Camille sur lequel les auditeurs s’en vont, avec le texte quand tout va bien. Il faudra revenir, un jour, là où nous avons tâtonné, et ne pas (jamais) crier victoire : à Thann, vendredi, dans la même librairie Bisey, il faudra remettre l’ouvrage sur le métier, mais c’est avec un plaisir renouvelé. Qui créé des besoins, des nécessités que ça arrive encore et encore. À Montpellier, en février. À Sète, à Lyon, au Printemps. Plus nous jouerons, plus nous aurons envie de jouer et ceux qui sont là auront envie de nous voir jouer. C’est plutôt simple, la musique. Simple et tranquille, comme une bergamasque de Debussy. Quoi, celle-ci ?
podcast

PS: merci aux autochtones d'avoir supporté mon accent défaillant. C'est vrai que prononcer Burnhaupt comme Burn-out ou Aspach comme espoir n'aide pas l'auditeur à la concentration. C'est pourtant une écoute impressionnante - jusqu'à ne pas oser applaudir Clara - à laquelle nous avons fait face.

Burnhaupt- le-Haut/Aspach-le-Bas,

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07/12/2023

Tébessa, 1956 - 15 ans

(article extrait du Décalogue Lettres-Frontière, 2009)
 
Laurent Cachard, 41 ans, participe au travail de mémoire et redonne la voix à qui semblait l’avoir perdue.
 
N'ETRE PLUS, AVOIR ÉTÉ.
 
tébessa.jpgLaurent Cachard n’a pas « fait l’Algérie» : ça, c’est fait. C’est au moins le postulat que posent les 40 ans qu’il avait au moment de l’édition de «Tébessa, 1956 », en 2008. Une fois cette évidence énoncée, il reste la question de la matière, à laquelle il n’échappe jamais, et répond patiemment. La genèse de son premier roman édité vient d’une histoire familiale dont seule a survécu une valise blanche en fer – « réglementaire, chacun la même, l’armée, c’est fait pour unifier ! ». Celle avec laquelle les plus chanceux des soldats revenaient, qui était renvoyée à la famille de ceux qui n’en avaient pas eue, de chance. Gérard Poncet, au patronyme qui rend compte de l’époque, est mort le 5 avril à Tébessa, dans le canton de Djeurf, alors même qu’il n’avait posé le pied sur le sol algérien que six petits mois plus tôt, en novembre 1955.
En 55, on n’est pas encore dans la psychose d’un conflit qui s’enlise, il doit même y avoir des moments de joie sur le Ville d’Oran qui les a menés vers une terre qui n’était pas la leur mais qu’on leur demanderait bientôt de défendre comme si c’était la leur. De tirer « comme si votre vie en dépendait ! », disait Rivière, avant de mourir dans cette embuscade du 5 avril 1956 ; comme d’autres, comme Gérard, qui se doute qu’il n’en échappera pas et s’évade en pensée sur les pentes et le plateau de son quartier natal de la Croix-Rousse, à Lyon. Là où il les aurait « semés, les fells », là où il en retrouvait certains, peut-être, place Colbert, quand ils n’étaient alors que ses « voisins » de misère, dans un quartier où ouvriers et immigrés partageaient encore ce qu’ils avaient. C’est que la guerre, Gérard, plus encore que Bardamu, elle lui est tombée dessus sans qu’il y comprenne rien. L’apprenti-fleuriste de chez Beurrier, il aurait bien aimé qu’on le laisse à ses compositions fleurales et au doux sourire d’Elise, mais on a fait comme avec les autres, on ne lui a rien demandé. C’est l’oralité qu’a choisie Cachard pour redonner une voix à celui qui l’a perdue et c’était un piège : celui d’en revenir au Voyage, justement, celui de trahir une deuxième fois l’existence de quelqu’un. Etrangement, c’est Gérard lui-même qui lui vient en aide, par sa simplicité extrême, sa façon candide d’aborder, par petites touches, le contexte politique (« D’après Ballandras, qu’ils appelaient Lénine à la caserne : « si l’Algérie n’était pas un protectorat, c’était tout comme : il fallait reconnaître son indépendance » ») tout en répétant qu’il n’y comprenait rien.
Gérard, dont la beauté d’âme n’est même pas ternie par les petits écarts (de bordel militaire) qu’il confesse en pensée, Gérard qui s’inquiète pour sa mère, ses deux sœurs et son chat Misou. Pas pour son père, qu’il rejette de son tableau de fin, reconstitué point par point. Gérard n’a pas le cynisme de Bardamu, « Tébessa, 1956 » est donc débarrassé de tout poids politique et psychologique. Et aborde l’Histoire en « mettant en récit » (l’expression est de Ricoeur) le fragment que Gérard lui sacrifie : la connaissance se construit, s’organise, se dote d’un sens, même si ce sens confine à l’absurde. Laurent Cachard, dans le débat qu’il a eu pour « l’Usage des mots » avec Eugène Durif sur ce « devoir de mémoire » dont ils ont tous deux réfuté l’injonction, a défendu la « juste mémoire » chère à l’auteur de « la mémoire, l’histoire, l’oubli » et repris – sans le savoir – la conception heideggérienne de « l’avoir été » opposé au « n’être plus ». Une positivité de l’avoir été qui fournit, par le roman, une nouvelle sépulture à l’ex 2èmeClasse PONCET Georgges (« ce que je voudrais, c’est qu’ils se trompent pas de prénom quand ils enverront le télégramme à mes parents » ) dont l’inventaire des effets est reproduit en épilogue de l’ouvrage. Gérard revit et avec lui une Croix-Rousse - puisque les deux récits de l’embuscade et de la promenade mentale sont enchâssés – ressuscitée, du «Paris Méditerranée » de la Vogue des Marrons aux cinémas « le Marly » ou « le Chanteclair », de l’Eglise Saint Bernard au Café des Ecoles. S’il y a présence de l’absence dans la mémoire et si cela entraine reconnaissance, alors on s’est tous reconnus dans ce personnage qui décide de ne pas se laisser dicter sa fin par l’absurde et de se construire, on l’a dit, son tableau de fin. Jusqu’à la vision finale, belle surprise pour un pépiniériste (« « Qui n’a jamais planté un arbre ne peut prétendre savoir ce qu’est la vie », c’est un dicton japonais, ils sont forts les japonais pour les jardins. ») qui l’autorise à lâcher prise parce que rien ne le retient dans un monde qui envoie « des hommes » - Laurent Mauvignier reprendra les mêmes thèmes dans l’Après, le retour - perdre leur vie (« voilà, c’est la fin, maintenant, la vraie fin ») dans des instants d’éternité pas si différents « des instants que j’ai voulu arrêter quand j’étais à la Croix-Rousse ».Ce sont les autres qui pleureront sur son sort et c’est ça qui l’embête le plus, Gérard, en plus des chrysanthèmes qu’on mettra sur sa tombe alors que « - pourvu que Maman ne m’entende pas ! – c’est quasiment un crime de les mettre dans les cimetières. »
Il arrive que le « trop de mémoire » par ci, le « trop d’oubli ailleurs » - dit encore Ricoeur – produise, socialement, un spectacle indécent. La fiction est en charge, désormais, de dissocier, pour rester dans la philosophie, la mnémé, le souvenir qui affecte, de l’anamnésis, la mémoire qui compose. C’est pour cela que « Tébessa, 1956 » ne propose pas de fin, parce qu’elle est donnée au début et parce que le minimum était d’être aussi pudique que Gérard devant la Mort (« Si seulement je pouvais juste faire qu’Elise pense très fort à moi au moment où ça se passera, j’aurais une mort complète et soulagée »). Laurent Cachard dit l’ironie d’avoir redonné la voix à quelqu’un qui l’a perdue et de le laisser parler avec bonheur, sans tristesse rajoutée ; de voir aussi que Gérard lui survivra, nous survivra à tous. Comme restera le parfum du lilas blanc au mois d’avril quand nous serons partis. C’est aussi ça la transmission. PH

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06/12/2023

Filomériens.

Capture d’écran 2023-08-30 à 22.47.45.pngUn retour de Marie-Ange Hoffmann, responsable du club lecture Filomer, à propos de la rencontre d'hier. Merci à elle  :

"Après que j’ai fait une courte présentation de notre écrivain invité (né à Lyon en 1968, auteur de plusieurs romans), le philosophe Jean-Louis Cianni introduit le dernier roman de Laurent Aurelia Kreit, Les jardins d’Ellington, qui suit la destinée des personnages du premier roman Aurelia Kreit publié en 2019 – roman que Laurent avait déjà présenté lors d’une séance précédente au club lecture.

Précisions du titre : qui est Aurelia Kreit ? pourquoi Les jardins d’Ellington ? Qui a lu le premier roman qui s’ouvre en Russie au début du XXè et s’achève en France à l’aube de la 1ère guerre mondiale - connaît déjà les membres de « l’attelage » - les deux familles juives ukrainiennes qui fuient les pogroms, traversent le Continent, passent à Constantinople, Vienne, Paris, Lyon, St. Etienne…Deux personnages meurent dans le 1er roman (moments forts du roman qui comporte par ailleurs des portraits de femmes émouvants). Aurélia grandit dans le 2ème, affirme une très forte personnalité.

Ce roman débute à la déclaration de la 1ère guerre mondiale à Lyon – Laurent lit l’incipit : « C’est la vision du pousse-pousse qui les a surprises …». Les trois de la Manu, Aurélia, Catalina et Suzanne, partent au front comme infirmières-ambulancières. Description de la guerre sale, horrible… Le roman aborde les périodes rarement racontées du front de l’Est en France, l’histoire du Corps expéditionnaire russe, la mutinerie de la Courtine, en 1917. Comme dans le premier roman, les personnages voyagent, traversent le continent de Dalian à Marseille, d’Arkhangelsk à Brest, se retrouvent à Mulhouse, Moscou et Etretat, croisent des figures historiques.

Mêmes réflexions sur le destin, l’identité, le déracinement, l’exil, la mémoire, la mort. L’écriture de l’écrivain, à la fois ample et précise, est porteuse d’un grand souffle, d’une remarquable profondeur humaine. La part de fiction dans ces deux romans ? oui, bien sûr, une fiction dans une réalité historique. Enorme travail de préparation pour ces deux romans. Laurent rappelle qu’il a mis 10 ans à écrire le 1er. Le 2ème a pris moins de temps. On peut lire à la fin du roman avant l’inventaire de la bibliographie générale ces mots de l’auteur :  « Aurelia Kreit est un roman. Il ne prétend à aucune démonstration historique, encore moins à un savoir exhaustif. Certains des personnages – publics – ont existé, les autres sont l’objet de l’imagination du romancier. Les sources de documentations qui suivent m’ont permis pour autant d’ancrer l’histoire racontée dans un contexte avéré et reproduit au plus juste. »

Les écrivains fétiches de Laurent ( Victor Hugo, Flaubert, Maurice Leblanc et son Arsène Lupin, Paul Nizan qui apparaît en exergue) tout comme les lieux (Lyon, plus précisément La Croix-Rousse), les questions philosophiques (ex. Le Dasein et le Duende) sont de l’épopée.

Et la musique aussi, puisque Aurelia Kreit a 2 vies : elle est un personnage qu’un groupe de rock des années 80, à Lyon, avait pris pour égérie, (voir la photo de couverture). Ce groupe que Laurent aimait particulièrement – et qui est remonté sur scène 30 ans après, le jour de la sortie du livre – avait raconté un début d’histoire, disait que les chansons étaient inspirées du journal d’exil d’Aurelia. Le très jeune homme qu’était alors Laurent s’est sans doute dit qu’il fallait que cette histoire fût écrite. Le cinquantenaire qui a vu éclore le livre, enfin, ne s’imaginait pas ce qui allait lui tomber dessus ! Mais il a réuni les deux Aurelia, celle du groupe et la sienne, qui sont une et multiple à la fois.

Il ne reste plus qu’à lire les 2 romans ! Laurent dit qu’ils ne forment pas une série et qu’on peut les lire individuellement. En effet, le 2ème contient beaucoup de rappels d’événements du 1er."

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05/12/2023

Club de lecture Filomer - 5.12.23

akroux.jpegQuinze ans maintenant que je restitue la thèse du nombre à chacune des rencontres littéraires, de Sierre en 2009 (ma première) au Cercle de lecture de Filomer, ce mardi 5 décembre. Même Quignard, en septembre, m’a rassuré sur ce point, avant que 150 personnes n’investissent l’auditorium du Conservatoire : «  Vous savez, Laurent, s’il n’y a que dix personnes qui viennent, on jouera quand même ». Hier, ils étaient une bonne quinzaine, moins qu’il y a quatre ans et – visiblement – moins qu’à l’habitude, mais ça a (encore) été un bon moment, animé, à ma demande, par Jean-Louis Cianni, le philosophe, sorti un poil frustré de la rencontre à la médiathèque. Parce que, selon ses dires, on a trop parlé de l’action et pas suffisamment de l’écriture. Il a raison, ceux qui ont lu le livre savent ce qu’il s’y passe, les autres, il est inutile de leur raconter. Alors, une fois les amabilités faites sur ma personne, il est allé au cœur des thèmes qu’il faut exploiter : pourquoi Aurelia ? D’où vient-elle? Une question à laquelle il est complexe de répondre parce qu’il ne faut pas se limiter à la réalité. L’histoire du groupe, pour ceux qui suivent, importe peu, il faut lui laisser sa part de mystère, en élue qu’elle est. Par sa mère, par sa culture, par un réseau de subcroyances qui fait qu’on peut quitter l’Ukraine, à 4 ans, pour des raisons de survie et l’incarner via tout ce qui fait qu’elle y jouera un rôle, un jour. Passé mais à venir, pour l’écrivain que je suis. On parle judéité, pogroms, inscription de la littérature dans le support de l’Histoire. Je réitère la méfiance que j’ai envers tout ce vers quoi on m’a orienté à l’origine – l’autofiction, principalement – j’arrive à ne pas mettre de nom quand je parle d’écrivains paresseux ou satisfaits d’eux-mêmes, je suis en net progrès. Je réitère mes modèles – Hugo, Flaubert, Proust – tout en contestant l’idée que les avoir lus pousse un auteur à se prendre pour eux. C’est juste la notion du sujet, qui importe, et j’avoue – rencontre après rencontre – la place qu’Aurelia a prise dans ma vie, depuis un peu plus de dix ans. Je souhaite à n’importe quel auteur d’avoir un personnage aussi conséquent dans son œuvre et son existence. Qui m’a poussé à m’intéresser à l’histoire de l’Ukraine, à sa culture, à la différence de perception entre Sartre et Lévinas sur la question de ce qu’est qu’être Juif. De sortir de soi, en somme. Je suis une nouvelle fois intarissable et je m’en désole, Jean-Louis Cianni parle du souffle du premier roman avec enthousiasme, j’ai la double impression d’être là où je devais être depuis longtemps et de me demander si c’est bien de moi dont on parle. Je ne suis pas sensible à la flatterie, ça tombe bien, ça n’en est pas. Je sens bien la limite de devoir convaincre quand je suis moi-même transporté, je regrette de ne pas avoir Clara avec moi pour emmener tout le monde vers des hauteurs esthétiques qui dépassent les lourdeurs du monde qu’Aurelia a d’ores et déjà explosées. Comme elle emporte tout sur son passage : j’explique à chaque fois l’épisode où j’ai cru la voir dans mon salon, en conseil de famille, me débloquant dans ma narration en m’apportant, sur un plateau, la relance d’un réseau de résistance russe à Zurich – auquel Lénine a participé – maquillé sous des allures de club littéraire. Peut-être pensent-ils que j’affabule, après tout, ils en ont le droit. Mes projets, les figures singulières, n’ont finalement que peu d’intérêt : il faudrait pouvoir donner rendez-vous, dans un club de lecture, avec un roman que ses membres auraient lu. Je signe quelques ouvrages, la preuve que j’en ai convaincu quelques-uns de suivre mon héroïne, qui passe bien avant moi. Je sais ce qu’il faut sacrifier à ces moments : qui n’ont aucune mesure au regard de ce qui se passe en soi quand on (re)traverse la ville, en rentrant, en se disant qu’on a encore parlé d’elle, et que c’est un privilège. Qu’on ne m’enlèvera plus, maintenant.

Photo: Christophe Roux.

 

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03/12/2023

Dernières Nouvelles d'Alsace.

affiche_thann.A3-4-page-001.jpgClara et moi poursuivons notre chemin sur les traces de mon héroïne de papier, à Mulhouse et à Thann, les 13 & 15 décembre, juste avant la trêve. L'occasion de se remémorer, là-bas, des épisodes des Jardins d'Ellington:

(...) L’officier désigné par l’État-major a d’abord renvoyé Anton à l’officier gestionnaire des formations sanitaires des Armées, à Mulhouse. Lequel l’a renvoyé aux registres de l’HOE, qu’il ne pouvait lui communiquer par courrier: il fallait contacter le Garnison-lazarett, l’hôpital militaire local. Qui le renverrait peut-être à l’hôpital civil du Hasenrain ou à celui des sœurs de Niederbronn, rue du Bourg. (...)

(...) — Vous dites qu’il a été touché à Mulhouse? Déjà, faudrait qu’il vous ait dit si c’était lors de la première ou de la deuxième attaque*, hein! Si ça s’est passé à Dornach, il sera au Reservelazarett, si c’est à Altkirch qu’il s’est pris un éclat, il aura peut-être été envoyé au Heinsenrien. C’est pas si simple, ma p’tite Dame, vous savez!

* Du 7 au 10 août, puis les 18-19 août 1914. (...)

(...) Aurelia s’était jurée, une fois dans l’aventure, de ne jamais soupirer à la moindre contrariété. Là, elle crut bien défaillir, néanmoins. La première piste qu’onlui proposait pour retrouver son frère l’emmenait à Zillisheim, à 5km de Mulhouse. On y avait monté, dans la précipitation, après les batailles d’août 1914, les diverses évacuations et retraites qui s’ensuivirent, un hôpital militaire français, dans une Alsace de nouveau annexée. C’est donc auprès des Allemands qu’Aurelia devait s’enquérir du sort d’un de leurs prisonniers, dont il faudrait remonter le pedigree, expliquer, dans le pire des cas, pourquoi ce jeune homme passé par la case autrichienne s’était mis en tête de défendre l’ennemi. Pourquoi elle-même était détachée par un bataillon français pour se soucier de lui. La question de l’identité, déjà prégnante chez cette jeune femme, ne manquerait pas de les intéresser, il allait falloir la jouer fine. Elle pourrait être constituée prisonnière, réquisitionnée au soin des vainqueurs, qui s’amuseraient de son humiliation. Le maire de la ville, disait-on, avait refusé de s’occuper des funérailles des soldats français, d’organiser l’évacuation des blessés légers, pour plaire aux Allemands. Par patriotisme, qui sait: la région avait une telle duplicité qu’Aurelia ne pouvait que penser à sa propre histoire, tiraillée entre deux langues, deux figures maternelles et deux romans nationaux. Mais là, il n’y avait pas d’erreur possible: il lui fallait aller vérifier d’elle-même si Igor s’y trouvait et 1) trouver le moyen de s’en occuper sur place, elle-même 2)préparer leur évasion, dès qu’il serait à peu près sur pied. Puisque ce devait être Zillisheim, ce le serait. Il fallait, déjà, trouver une voiture pour l’y emmener.Prétexter un rendez-vous avec le médecin inspecteur général pour intégrer le Petit séminaire dans lequel se trouvaient les brancardiers divisionnaires de la 66e division. La lettre de recommandation et ses états de service feraient le reste. Si Igor ne s’y trouvait pas, elle simulerait l’obligation de se rendre d’urgence dans son service d’origine et ne reviendrait pas. En temps de guerre, d’un côté comme de l’autre, on a peu à faire d’une brancardière qui se débine. On la compterait pour morte, on passerait à une autre et elle serait déjà en train d’explorer une autre piste. Tant qu’on n’aurait pas ouvert le caveau ou la fosse commune dans laquelle son frère reposerait, elle continuerait de chercher. Elle ne céderait à aucune lassitude. (...)

(...)  Anton et Despesses débarquèrent à Mulhouse, en plein no man’s land, dans une ville fatiguée d’être conquise et abandonnée tour à tour. Aux alentours, les Allemands n’avaient pas réoccupé tous les villages évacués. Ils se tenaient sur une ligne Burnhaupt- le-Haut/Aspach-le-Bas, ce qui avait fait sourire Despesses, pas le conducteur du taxi qui lui racontait l’historique récent. On les repère sur le Kahlberg, ils contrôlent les routes vers Mulhouse ou Belfort. Ça cartonne bien de temps à autre, mais le pire, c’est qu’on ne sait pas vraiment ce qu’ils veulent du coup. À part pour les gosses... 

— Quels gosses? s’inquiéta Anton, susceptible sur la question, lui qui en avait deux dans la place.
—C’est le Landsturm, les réservistes. Ça va de 17 à 45 ans, mais je peux vous dire que les Fritz, ils préfèrent les jeunes, même si on a sauvé les 17-20. Enfin sauvé.. (...)

affiche_mulhouse.A3-page-001.jpg

05:58 Publié dans Blog | Lien permanent