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27/09/2018

En cours de justice (Bernie's Touch).

TEMPS I

Hippo.jpgIl y a les faits. Lui dit ne pas les regretter et on le comprend, sinon les convictions n’en seraient pas, et ceux qui l’accusent de vol en réunion (réunion de deux, un de plus et on passe à la bande de cons selon Brassens…) auraient réussi à contrefaire son geste. Il y a le militantisme, le rejet viscéral de l’injustice et ça n’est pas nouveau : je crois même qu’une lettre ouverte lui a été adressée, il y a quelques temps. Et puis il y a la réalité, la violence institutionnelle, les conflits qu’on peut avoir sur l’exemple à donner, entre la ligne du Parti un peu béate – et prompte à envoyer les autres en première ligne – et la révolution nizanienne, celle qui va corrompre les certitudes et les esprits tout en se rongeant les ongles. Drôle de collision historique, d’ailleurs, quand des moralistes vous tiennent, soixante-dix ans après, le même discours, entre la ligne dure et la prétendue condescendance du philosophe. Comme si « les Justes », la pièce, n’avait jamais existé, et qu’il fallait conférer au révolutionnaire romantique le rôle du sacrifié sur l’autel de l’injustice. Pour servir la cause. Pour arborer une écharpe tricolore sur le parvis du Palais, ou faire du clic sur un site. Il y a l’acte, dont personne de sensé ne contestera la grande valeur morale, et ses incidences, que seuls ceux qui connaissent la machine en savent les effroyables rouages. Un juge contrarié – par son repas de midi, sa situation conjugale, l’impression qu’on veut lui forcer la main – peut sortir de l’idée de justice, déjà tiraillée elle-même entre la peine et la sanction. Il est plus intelligent de réagir à une sanction jugée injuste que de l’avoir provoquée, c’est évident : mais les esprits animaux se nourrissent de l’exaltation, de l’indignation, surtout depuis que celle-ci a pignon sur rue virtuelle, et que celui à qui on ne reproche rien peut tranquillement rentrer chez lui après lecture de la sentence. Il y a un gouffre entre venir soutenir quelqu’un et se servir – fût-ce inconsciemment – de ce quelqu’un contre lui. D’autant que et l’histoire et les faits récents montrent que ce type de lutte n’aboutit pas, et que s’afficher ne signifie en rien qu’on ait raison sur la voie à suivre. Toutes ces notions de philosophie politique ne seraient rien s’il n’y avait, au-delà de tout, le lien du sang, l’idée qu’on juge son propre fils sur des faits qui ne devraient même pas être jugés. Les moralistes ont déjà choisi leur camp, c’est le propre des moralistes que de ne jamais douter de leurs certitudes. En temps de guerre, les Stal’ m’auraient déjà jugé, d’ailleurs, pour abandon de poste. Ils ne sauront jamais que de ne pas y être était un choix réfléchi, justement parce que l’idée qu’il y soit est insupportable et que je n’aurais pas su comment gérer mes émotions, et ma réaction. Qu’il y a aussi une immense fierté qu’il ait su gérer seul l’acte et les incidences de son acte. Pour autant, personne ne rêve d’un martyr, ni d’un exemple, dans un sens ou dans un autre. Il y a un long chemin entre les deux visions qui s’opposent mais ce n’est pas en réfutant l’autre – ni la loi, ni sa désobéissance – qu’on avance dans la sagesse. Le reste, c’est de la diatribe. Il y a trop de monde pour expliquer la Révolution dans l’espoir de la vivre, sans savoir s’ils la vivraient tranquille, confrontés à leur propre démagogie. Trop de gens que j’ai vus chanter « le Chiffon rouge » et s’en retourner dans leur confort, après. Les causes justes doivent être défendues. Mais Stepan a raison sur Yanek, toujours, en disant que l’angélisme ne sert pas la cause, il la pervertit. Et que la réussite (de l’action) est supérieure au sacrifice, même si elle est moins manifeste, moins spectaculaire.

TEMPS II

Et puis d’un coup, d’un seul, le message qu’on attend, le jugement, délibéré tard dans la soirée : rien. Dispense de peine et, puisque les parties civiles ne se sont pas présentées (qui situera la trouillardise, aujourd’hui ?), pas de dommages et intérêts. Un fils qui découvre, contre toute attente de sa part et de son entourage, quelle est la qualité, énorme, d’un très bon avocat qui s’engage, par sympathie, là où il n’a plus du tout l’habitude de plaider. Parfois encore, heureusement, on se rétracte devant l'emprise, la seule, celle qui vient de la connaissance et de l’autorité, pas seulement de la conviction. Celle que, au quotidien, petitement, j’enseigne, via la T.A.E (la thèse, l’argument, l’exemple). Le cœur est gros, au final, comme il l’eût été après une condamnation. Ça ne change rien à l’intelligence de la situation. Et je suis redevable, à vie – comme je l’ai été, déjà, d’un de mes neveux – de celui qui s’est chargé de mon fils. Allez, je lui concède même une familiarité : puisqu’il m’a fait découvrir Achille Talon, quand j’avais dix-sept ans, il se permet de m’appeler « Tétard superfétatoire » à chaque fois qu’il me croise. Ce qui au vu de mon envergure et d’un charisme qui lui doit beaucoup, paraît hallucinatoire. Mais ça ne se plaide pas, au prétoire.

23:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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