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03/12/2017

D'avance, on a tous perdu.

IMG_1538.JPGL’avantage, avec Fergessen, c’est que quand on pense avoir tout vécu avec eux, il se passe toujours quelque chose d’étonnant. Comme se retrouver coincé dans les toilettes avec Michaëla obligée de monter sur la cuvette pour qu’on puisse, en experts du Tétris, ouvrir la porte tout en sortant la housse du clavier et la valise des pédales d’effets. A la Casa Musicale, les espaces sont restreints et les loges improvisées. Mais le lieu, la chaleur qu’il dégage, les personnes qui la gèrent, tout incite à l’humanité et hier, si on vise large, c’était un double anniversaire : David, la veille, avait fêté ses 47 ans au bien-nommé « Petit Bonheur », chez Olivier*, à Curtil-Vergy, en pleines vignes bourguignonnes ; et le 2 décembre, six ans auparavant, j’investissais moi-même la Casa, avec Eric & Pauline H., Gérard V. et Fred D. pour la première des représentations de « Trop Pas ! ». De quoi méditer sur les parcours, parce que c’est grâce à Gérard Védèche que j’ai connu Fergessen et que je ne les ai jamais quittés. De quoi discuter également avec Eric Martin, le Géant Vert, patron du lieu, sur les projets aboutis, réussis, sur les amateurs qui se prennent pour quelqu’un d’autre et ceux dont la démarche est si professionnelle qu’on peut les recommander aveuglément. Ce que j’ai fait suffisamment pour qu’il prenne le risque, relatif, de les programmer ici avant de les envisager ailleurs. C’était une belle impression que de réunir des lieux et des gens que j’aime, et les laisser vivre leur chemin propre. Fergessen a donc posé son nouveau minibus à Saint-Cyr au Mont d’Or, et les choses se sont enchaînées, naturellement : le contact avec Max, l’ingénieur du son (Obi-Wann Desprat n’étant pas disponible), le matériel, les balances – toujours pointues avec David – et les toilettes pour Michaëla, le temps de se faire une beauté (pas compliqué) et de poser la choucroute de « l’Eté ». Le titre de leur 3ème album, qui sortira cet hiver. Entièrement autoproduit et financé par tous ceux qu’ils ont croisé sur les routes depuis qu’ils les écument, de concert en concert. Le set de Fergessen, je l’ai entendu des dizaines de fois et plus l’échéance approche, plus ils en sont un peu prisonniers : il faut jouer des nouveaux morceaux, mais pas tous, que les auditeurs gardent la surprise de la nouveauté. Celle du titre éponyme, entendu cet été, chez eux, par exemple (désolé). Alors, oui, d’un certain côté, on pourrait s’attendre à ce qu’ils déroulent, mais entre David qui refuse viscéralement qu’un concert ressemble à un autre, Michaëla qui régénère l’énergie qu’elle a perdue la veille sur la scène du lendemain et Paul, la petite merveille de batteur (dont j’ai parlé ici) qui ne vit que pour ses fûts, on peut aussi s’attendre à être encore et toujours séduit. C’est difficile, dit David, de jouer devant 80% de têtes connues, mais en même temps, quand ils font des grandes scènes – comme à la Souris verte, qu’il faudra de nouveau investir en février – ils ont aussi cette impression familière : peut-être parce qu’ils ont ce talent de fédérer, qu’ils donnent tellement qu’on a envie de leur rendre, souvent. Leurs concerts, je les ai racontés mille fois, même ceux auxquels je n’ai pas assisté : l’entrée sur « In Excelsis », l’enchaînement sur le très rythmique « Tu veux la guerre? », entêtant au possible – c’est fait exprès – une alternance entre anciens et nouveaux morceaux, entrée du piano sur « Tangerine » et sur « Euphoria », qu’ils ont intégré depuis quelques temps : « You’re floating around the Land of Oz, keep on trying to land, who knows ? », il y a du XTC dans ce morceau susurré. Mais dans le set d’hier, ce qui m’a marqué particulièrement, c’est ce qu’est devenu « Des explosifs », qu’ils avaient joué à Ban-de-Sapt pour le premier concert, puis progressivement retiré, parce qu’ils n’étaient pas satisfaits et qui, hier - peut-être parce que le public, dixit David, s’y prêtait, chacun d’entre nous y étant forcément passé – a fait merveille, dans sa singularité et dans l’enchaînement, jungle à souhait, Polito aux manettes, avec « Eleonor Rigby », dont j’ai déjà écrit que Mc Cartney lui-même la trouverait géniale et aimerait s’en inspirer (quitte à payer des droits). « Et quand le calme s’installe résident encore au fond des failles, non désamorcés, des explosifs », la chanson, annonce Michaëla, tout de go, traite de la dépression (« Je n’avais rien vu venir, ni la blessure initiale, ni la cassure intégrale ») et le chemin depuis cet été marque encore un peu plus l’instant, comme si quelque visage retrouvé n’y suffisait pas. Le show peut continuer, « les Amants » et « Nos palpitants » orphelins d’une des deux guitares épileptiques s’enchaîner, « Tu veux la guerre ? », encore, clore en traumatisant un ou deux enfants une prestation qui s’agrémentera, d’ici quelques mois, des morceaux supplémentaires de l’album à venir, le (désormais) trio – la Biche des Vosges, le Sanglier des Ardennes et Petit Bambou – peut anticiper le malaise vagal annuel de Anne Arnau et sabler, en finale, le Magnum de champagne offert par Joël-la-grande-classe puis reprendre la route tranquillement : des liens se sont tissés, ils reviendront bientôt dans le coin, sur d’autres scènes. D’ici là, on les aura suivis ailleurs : c’est ainsi que l’aventure est belle. Et que « l’Eté » sera bleu.

 

* A qui, à défaut de pouvoir y aller moi-même, j’ai envoyé un couple d’oenologues, Algirdas et Margaux, avec qui j’ai covoituré vendredi et qui m’a follement donné l’envie de visiter la Lituanie : la chaîne humaine.

16:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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