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18/02/2017

Marin, pas à pas.

Marin.jpgMarin a l’âge de mon fils, à peu de choses près. C’est ce jeune homme qui s’est interposé, il y a quelques mois – pour nous, une éternité suspendue pour sa famille et ses proches – à la gare de la Part-Dieu, à Lyon, pour défendre un couple de quadragénaires à qui une bande de jeunes moralistes, dans un curieux désir de ténèbres, reprochait de s’embrasser en public. La suite, tout le monde la connaît : après une rixe, un de ses agresseurs l’a frappé dans un bus, à l’aide d’une béquille, et l’a laissé pour mort. Depuis, c’est tout un pays qui accompagne la moindre de ses incroyables progressions, toute une Nation qui, l’autre jour, l’a poussé dans ses premiers pas de miraculé. En restant conscient que les proches, remarquables de dignité, ne nous distillent que ce qui encourage l’espoir, pas le reste. Quelques images travaillés, un message, des post-it ça et là pour travailler la mémoire, le numéro 1 de Anthony Maisonnal, 3ème gardien de l’A.S St Etienne, son club de cœur, sur le dos pour quelques mètres parcourus dans un couloir. Rien, par pudeur et par superstition, sur tout ce qui se cache derrière, la fatalité, l’injustice qui grandit à l’idée qu’il ne récupère que ce qu’il pourra récupérer, que sa vie sera déterminée, quand même, par l’assassinat, lâche et imbécile, auquel il aura survécu. Il y aura un procès, qu’on redoute autant qu’on l’espère. La famille, déjà, a tout fait pour que le fait-divers ne soit pas récupéré politiquement, elle prône, par des rassemblements (de prières, de pensées) tous les vendredis soirs, les ondes positives, tout ce qui pourra le servir et le pousser, ce jeune homme sans doute trop parfait pour ceux qui l’ont abattu. D’un coup dans le dos, dans la nuque, le mode absolu de l’inverse du courage et de l’humanité. Il sera temps, un jour, de considérer la sincérité des regrets de son agresseur, mais dans les mois et les années à venir, il est essentiel, pour chacun d’entre nous, de se dire que Marin est un peu plus qu’un homme : il est l’incarnation d’une dérive sociétale et, à la fois, sa possibilité de rédemption. L’aspect symbolique de son intervention – à ce jour, je crois, le couple qui s’embrassait ne s’est pas présenté pour témoigner – n’a échappé à personne, et s’il y a bien des jeunes hommes (et femmes) qui luttent pour revenir à la vie, dans les hôpitaux de France, lui-même les représente tous, à son corps défendant. On a tous besoin que Marin aille mieux, pour respirer nous-même. On a tous besoin de ne pas céder à notre tour à ces ténèbres-là qui ont armé le bras de son agresseur. Pas d’esprit grégaire, mais un vrai rassemblement, autour de lui, de ce qu’il est, de ce qu’il comptait être et qu’il sera quand même, à force de caractère, de volonté et de petits pas qui font un grand tout. Il y a des gens, dans le pays, qui souffrent de ce que leur fils (ou fille) de vingt ans, s’engagent dans des combats qui ne sont pas les leurs, d’autres qui souffrent également de ce que leurs enfants s’engagent de l’autre côté, par idéal. S’il faut passer par la souffrance pour que l’initiation soit pleine, alors que celle, immense, qui a frappé Marin conduise à une réalisation encore plus grande ! Désolé de lui coller des responsabilités autres que de se reconstruire, il faut que ce jeune homme sache, de tous ses pores qui respirent un peu plus chaque jour, qu’il est l’idée qu’on se fait d’un union nationale, d’un sauvetage de la jeunesse, d’un retour, aussi, sur nos propres et petites lâchetés quotidiennes. Que sa famille nous pardonne, également : Marin, c’est notre fils à tous, maintenant, ou le frère, le neveu, le petit-fils, peu importe. Ça n’est pas un personnage de roman, c’est un jeune si ordinaire – quoique brillant et suprêmement enthousiaste, dans la vie – qu’il est devenu un héros sans le chercher. Sans le connaître réellement, j’ai la certitude que sachant par où il allait devoir passer après, il recommencerait, s’interposerait de nouveau entre la vie et l’obscurantisme. Il y aura d’autres étapes, c’est un travail de très longue haleine qui commence, maintenant qu’il est debout : c’est à notre tour de ne rien lâcher, de tenir le soutien, d’intégrer l’association à venir, de chercher, quand il sera temps, à comprendre, voire à pardonner : à Lyon, on sait mieux qu’ailleurs – depuis le procès Barbie en 1987 – qu’on ne peut répondre à la barbarie que par la civilisation. Un jour, bientôt ou pas, Marin se trouvera un peu interdit devant l’élan qu’il a généré. Mais il n’aura pas à nous remercier : c’est lui qui a sauvé nos vies.

Ici, la page FB de soutien à Marin

 

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08/02/2017

C&H.

Capture d’écran 2017-02-08 à 19.31.49.pngJ’aurai, ces dix dernières années, entendu tout et son contraire sur mon confrère Eric Hostettler : pas assez ci, trop ça. Souvent, d’ailleurs, c’est ironique, de la part de personnes dont on guette encore le chef d’oeuvre promis depuis si longtemps. Peu importe: sa musique lui ressemble et, après tout, c’est comme ça qu’on fait oeuvre. Lui et moi avons tant partagé depuis nos premières échappées lors des rencontres « Lettres-Frontière » puis de nos prestations communes - avec Gérard & Clara Védèche - pour notre projet « Littérature & Musique ». Dont l’enregistrement tarde, n’existera peut-être jamais. Eric, du coup, après bien des épreuves, s’est enfermé de nouveau dans son studio d’Eloise, et s’est remis à son travail. En ce moment, il n’a pas très envie de parler, ça arrive à d’autres. Mais il fallait un signe, quelque chose, pour faire patienter, que le ce temps-là fût adouci. C’est arrivé l’autre jour et je me suis dit qu’après tout, puisque personne ne nous attend plus sur ce terrain, c’était bien de partager une chanson, même à l’état de maquette. Qu'on écoute, qu'on apprécie, ou pas. Le disque qu’il prépare s’appellera « Quantifier l’amour », ça fait sept ans pile qu’on en parle. Comme de « Aurélia Kreit », tiens.


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19:33 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)