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04/05/2014

Met It Be.

image.jpgC'est le miracle américain. On s'impose une ou deux galeries d'Art Grec et Égyptien, le temps de constater son manque inouï de culture ou de mémoire, et on tombe, à l'étage, sur une vieille connaissance, une salle des marbres de Rodin, sous bonne protection et sous couvert de l'oubli de son histoire, des dégâts qu'il a commis, des influences, surtout, qu'il n'a pas référencées. Bref. La Manneporte, de Monet, curieux rappel d'émotions anciennes et ravivées l'été dernier. Au Met, l'avantage, c'est que les salles sont plus grandes qu'au MoMA, ce qui rend la visite moins douloureuse. J'ai l'habitude de slalomer entre les œuvres, dans les musées, ne me concentrer que sur celles que personne ne regarde. J'ai les informations en direct, par connexion, je suis décidément un anachronique de son époque. Le Met est un foutoir organisé, un condensé de culture et de curiosité. Je souris parce que j'ai vu les vrais nénuphars dans le Parc de Giverny, snobisme oblige: je me demande ce que mes amis asiatiques ont fait des 21678190 photos qu'ils en ont pris, mais le sujet n'est pas là. Le portrait de Murer, par Renoir, m'impressionne : tant de vie dans ce regard! J'aime les petits formats dans les grandes salles et tout le XIXème semble contenu dans ce portrait, jonction entre le temps, la nature, l'amour et la mort. Qu'en pense le vieil Huo, rodinisé? J'irai lui demander tout à l'heure, dans la salle d'à côté. Pour l'instant, seul dans une petite galerie adjacente, je suis saisi par la Danse Espagnole de Degas, petite sculpture, formidable mouvement des âmes, là aussi. Delacroix, Courbet, la monumentale Fête des Chevaux de Rosa Bonheur, je grappille, la Graziella de Lamartine par J.J Lefebvre m'incite à penser que la mélancolie européenne doit être un vrai mystère pour les Américains. Je repasse, curiosité morbide, par Orphée et Eurydice, mais Rodin ne me parle plus, bizarre. Tant pis, je passe saluer les Goya et Velasquez, parce que c'est un peu ça, quand on vient de loin, on est tous un peu cousins, on en a déjà fait, des fêtes de famille, au Prado et ailleurs. Une petite salle sur le Paris du début du XVIII° m'offre le repos et le silence, c'est priceless. Dans ces musées géants, il faut aller à contre-courant, repérer les groupes, les précéder d'une ou deux salles ou attendre qu'ils soient passés. Un gardien me demande gentiment si j'ai besoin d'aide, je souris, réponds que non, je suis bien, je regarde, il n'insiste pas mais j'ai contribué au mystère sus-cité. On parle français tout autour de moi, dans tout New-York, d'ailleurs, et c'est déplaisant. Je m'enfuis, une fois de plus, vais voir un Botticelli, pour penser à mon fils, que j'aurais aimé avoir avec moi mais qui rentre tout juste de Firenze. Oh, il n'y sera sans doute pas retourné, aux Offices, lui qui à six-sept ans, je ne sais plus, avait reconnu "la naissance de Vénus", étudié à l'école. Mon dernier Italien sera un Francesco Guardi, le grand Canal au-dessus du Rialto, en 1760: une petite merveille d'équilibre et de sens du détail. Je repasse dans le monde contemporain, dans les salles du fond, au premier étage, celle des Picasso et Miró (beau Cheval de manège), du regard de Gala Eluard par Ernst, est remplie d'espagnols, preuve qu'on va souvent chercher ce qu'on connait déjà, en Art comme ailleurs. Moins de monde dans l'aile contemporaine, c'est agréable aussi, en fin de visite, quand les jambes se font lourdes. Madrid, Barcelone, c'est tellement proche, à l'échelle d'ici, que tous mes voyages se refondent en un seul, avec son cortège de souvenirs et de regrets. C'est quand on en a trop fait qu'il faut quitter un musée. Quatre heures après, c'est une belle visite que je me suis accordée, même si je maintiens qu'il faudrait pouvoir rentrer gratuitement dans les musées pour ne s'intéresser qu'à une œuvre, ou plusieurs, mais l'une après l'autre. Je sors, sur une dernière émotion, le portrait d'Annette, sa femme, dans la salle des Giacometti: une posture claudelienne, vers la fin. La boucle est donc bouclée, le Met est made, je peux redevenir un piéton, comme tout le monde.

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