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12/05/2020

Mes 12 mai.

cc.jpgLe 12 mai, chez moi, c’est une date multiple : c’est d’abord l’anniversaire de ma mère, qui a 78 ans aujourd’hui, et j’ai du mal à le croire en l’écrivant, mais c’est peut-être parce que j’en ai moi-même (bientôt) 52. Heureusement (ou pas), mon père avait trouvé, depuis 1976, un moyen mnémotechnique pour ne pas oublier la date et froisser son épouse : il l’a appelée, quarante ans durant,  « Glasgow », et il n’était en rien précurseur de « Casa de Papel », qu’il n’aura jamais vue. Non, il faisait référence aux poteaux carrés de la finale de Coupe d’Europe, et à l’équipe des Verts de Saint-Etienne, défaite ce jour-là de 76. On riait donc tous, sans savoir que lui-même défiait la malédiction de ce jour-là, en 1945, quand son frère Marc s’est noyé dans l’Azergues, à 17 ans. Cette histoire, j’ai attendu mes 40 ans pour que mon autre oncle, présent sur les lieux, sans réussir à la sauver, me la raconte : à cette époque et chez ces gens-là, Monsieur, on ne parlait pas. Mon père n’avait que 3 ans, il n’a sans doute rien compris à ce qui se passait, mais a vécu toute sa vie avec ce drame contenu, refoulé.

Le 12 mai 2012, une date anodine, ni lointaine ni récente, je recevais à Grignan, des mains de l’Association Colophon, le prix du deuxième roman pour « la partie de cache-cache ». Une récompense d’autant plus marquante que parmi les trois autres auteurs reçus, l’espace d’un week-end chez la Marquise de Sévigné, il y avait là Carole Martinez et son fabuleux « Domaine des murmures ». Depuis, je souris à l’idée que j’ai dû, depuis huit ans, rappeler ce fait d’armes en citant ma concurrente pour convaincre mon interlocuteur que je n’affabule pas. Il y a prescription maintenant, j’ai déjà raconté les tensions qui avaient accompagné, semble-t-il, les délibérations, l’aide précieuse que Laurence Tardieu m’a apportée, la belle lettre qu’elle m’a consacrée, lors de la remise du prix. J’ai été fabuleusement accueilli ce week-end, là, je crois avoir donné de ma personne aussi, je les ai suppliés, dans mon discours, d’être vigilants avec les auteurs qu’on récompense et qu’on oublie dans la foulée, par mégarde. J’aurais aimé pouvoir écrire, dix ans après, que l’histoire était belle et continuait, comme Chavassieux à Gilly. Mais non, rien, le néant. Pas même un petit intérêt pour ce qui est sorti après. C’est comme ça, et vu d’ici, maintenant, je m’en fiche. C’est pour le roman que ça m’embête : il continue de valoir mieux qui le traitement qu’il a reçu, je crois.

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