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03/01/2019

Le dernier des Fantastique.

Capture d’écran 2019-01-03 à 15.38.52.pngÇa n’était pas mon ami mais ça aurait pu l’être. Nous nous sommes croisés deux ou trois fois à l’époque où je me perdais – trop – souvent sur les Pentes de la Croix-Rousse, dans une librairie alternative nommée « l’Expressionniste ». Moi qui me souviens de tout, j’ai oublié, déjà, le nom de ce libraire qui n’aimait rien moins que de rester seul et qui accueillait toute une population d’artistes et de paumés du petit matin, dans sa boutique qui se transformait en tripot, où les bouteilles s’écoulaient et les nuages (de fumée) s’amoncelaient. J’ai deux souvenirs marquants de cette période, la première exposition de la série « Ouessant », les dessins de Jean-Louis Pujol, et la venue de David Fantastique, qui fut en somme le premier vrai musicien que j’ai croisé, avec sa guitare et ses boucles de son, son air lunaire et ses lunettes cerclées. A dire vrai, j’ai quitté un soir cet endroit conscient que je n’y reviendrai jamais – trop d’ivresses et de mauvais mots qu’on me demandait de lire, qui plus est – et j’ai sauvé ma peau ce jour-là. Mais j’ai souvent fredonné les refrains de David Fantastique, son « Paranormal », notamment, depuis. Jusqu’à ce que je ressorte le disque, son premier, récemment. Histoire de me rappeler cette période, d’en garder ce qu’elle m’a offert de mieux. J’ai appris hier que David Fantastique, qui a à peu près mon âge, est mort au dernier jour de 2018, lui qui annonçait l’année qui vient avec envie, avec un album nommé « Avenir », qui rejoindra le « Dernier mot » de Fred Vanneyre dans l’ironie morbide. Je sais que la mort n’est pas une idée neuve, mais cette annonce m’a attristé et, depuis hier, je ne retrouve plus ce disque dédicacé. Il réapparaîtra, comme tant d’autres choses. Il y a quatre jours, un artiste de talent a disparu, le temps qui s’est écoulé depuis notre dernière rencontre est désormais révolu. Le fait que nous ne nous croisions qu'une fois tous les vingt ans va m’aider, égoïstement : je m’attendrai, à chaque passage sur les Pentes, à l'apercevoir à tout instant. Ce que ses proches vivront dans la douleur, je le vivrai dans sa musique. Farewell, Fantastique !

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