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27/05/2010

Deuce [S]ex machina

28313_1330318496682_1192561876_30811394_6121321_n.jpgIl y a toujours un côté potache chez les rockers, surtout quand ils approchent de la cinquantaine et qu'ils sont plus vivants que morts: je n'en veux pas à l'Inoxydable de m'avoir piqué ce titre, à partir de la construction du Dom Juan. J'avais parlé, il y a quelques mois, de cet échange que Christophe Simplex et moi-même avons eu autour d'une machine à laver, portée sur deux ou trois étages, je ne sais plus. L'Inoxydable, qui m'a offert de participer à l'écriture de ce qui allait devenir, quelques mois plus tard, davantage qu'un projet: le premier album, à l'ère où l'on n'en fait plus, de Deuce, un groupe qui s'assume dans le rock français, fût-il rescapé des ruines de Starshooter ou de Bijou. L'album est sous presse mais Christophe m'offre ce titre, "Je connais mes limites", qui ose placer les enthymèmes sur le terrain du power-pop. C'est une petite merveille, réhaussée, dans sa version finale, de la voix de Stéphane Pétrier, vers qui ce blog lançait également, il y a un an, une offre publique d'emploi (non rémunéré!) à laquelle, jusque là, il n'a pas encore dit non. L'actualité n'est pas là, mais pour moi, c'est un vrai bonheur. Que je vous donne ici avant de partir dans le Berry y ramener ma "partie de cache-cache" quasi définitive, maintenant.

Chronique de l'album dès que je l'aurai écouté. Faites vivre les artistes, achetez leurs disques!

podcast

22:51 Publié dans Blog | Lien permanent

Redite

 

Christian Chavassieux, 50 ans, ne s'accommode pas des petits arrangements du quotidien. Il les dézingue.

L'INTERMINABLE DEPLAISIR DE VIVRE

psychopompe.jpgChristian Chavassieux n’est pas Bernie, que les choses soient clairement énoncées. D’abord parce qu’on ne commettra pas l’erreur de confondre les personnages de son « Psychopompe » avec l’auteur du roman, ensuite parce que Croizan n’est pas Roanne, où il habite et écrit. Il n’est pas Bernie même si une des scènes les plus remarquables de ce polar protéiforme se situe quand Nathan Charon - éminent rédacteur de nécrologies le journal local et misanthrope notoire, à qui l’on pardonne les outrances pour la simple perspective de voir sa célébrité, fût-elle locale, « certifiée par sa mort » sous sa plume – menace un adolescent récalcitrant « sur un ton didactique et neutre », en décrivant, dans la solitude d’une cabane de jardin la façon dont la bêche pourrait, « si je la posais sur ta gorge (…) et que je donne l’impulsion nécessaire » lui enlever la vie sans que celle-ci ait à faire, par la suite, aux différents passeurs d’âme que sont les moineaux, certains chevaux, qui « permettaient à l’âme de gagner le royaume des morts ». Ni Chavassieux ni Charon ne sont Bernie, non, parce que si certains crimes que l’auteur d’un dictionnaire des illustres – mais disparus, condition sine qua non – croiziens veut ériger en œuvre absolue ne manquent pas de burlesque, on est toujours, dans ce roman, dans une sociologie du spectacle meurtrier qui fait sens : Charon tue parce qu’il considère que la mort de ses contemporains vaut davantage que leur vie, qu’elle éclaire de nouveau une existence qu’ils ont, comme tout un chacun, vouée à la concession et au moyen terme. On peut croire, au début du roman, à un jugement péremptoire, jusqu’à ce que Charon lui-même confie à quel point il considère son existence, ses amours, ses amitiés comme autant d’échecs, jusqu’à ce que l’éditeur lui confie cette anthologie de ses meilleurs nécro, qu’il va donc itérer de quelques unes des morts dont il accepte de se charger. On dézingue, chez Chavassieux, tout ce que l’être humain contient de facilités et de renoncements : il tue le bellâtre à qui tout réussit parce qu’il s’est commis avec la jolie fille qui partage son bureau. Il le tue parce que juste avant, il a tué le chien de sa femme, Bezef, et qu’il a habilement maquillé le crime : rien de morbide, juste une fascination pour du vivant qui se révèle par la mort. Il tue la procureure, parce qu’elle confond les inepties de Paulo Coelho avec les véritables enseignements philosophiques ou, simplement, méditatifs.

« Dans ce théâtre des « hommes abîmés », Charon se fait démiurge, décide de l’ordonnancement des assassinats en fonction du besoin de son dictionnaire. »

Qu’elle n’a même pas ouvert, par contre, « Trois jours sans soleil », le livre qu’il a lui-même écrit et qui lui a procuré le fameux succès d’estime, à la fois pas assez et suffisamment pour savoir que ceux qui l’ont constaté n’en ont au final rien eu à faire. Charon passe, dans le roman, de Dionysos à Hades, mais comme dans la mythologie, on n’établit guère de frontières entre les deux : ses crimes sont des sacrifices qu’il fait à ceux qui en sont victimes. En les tuant, il leur offre la rédemption et, plus encore, la postérité qu’ils n’auront fait qu’effleurer. Dans ce théâtre des « hommes abîmés », Charon se fait démiurge, il décide de l’ordonnancement des assassinats en fonction du besoin de son dictionnaire. Il revit, sort de sa torpeur alcoolique de « misanthrope résigné », « déjà absent », redevient, par l’action d’écrire et de construire ses écrits, un analyste critique de « la grande nécrologie du monde » qu’il a donc entreprise. Exeunt les crises d’agoraphobie qu’il subissait dans un vernissage ou dans le hall lugubre d’un commissariat, Charon est méthodique, efficace et esthétique dans ses mises à mort, auxquelles il ne refuse pas, néanmoins, la dose d’improvisation qui leur donne du panache. On rêve, en lisant Chavassieux, de pouvoir se débarrasser de ses ennemis comme ça puis, en repensant au « Baiser de la nourrice », son précédent roman, on se souvient que c’est dans la logique destructrice que l’humanité tire son (dys)fonctionnement. Qu’on n’a pas encore passé le cap de Charon, qu’on n’a pas encore tenu « le temps des remords » et renoncé à la vanité de soi. Dans la nourrice, Chavassieux tenait le lecteur en asphyxie 157 pages durant ; dans le Psychopompe, l’écriture est alerte, raffinée, limpide à force de labeur. Les chapitres sont courts, l’action est construite, progresse, tient en haleine selon les règles classiques du polar. Mais ce roman offre une réflexion politique sur les ressorts spectaculaires de notre société et propose sa propre métaphysique, dans la confrontation finale de Gizant (sic) et Charon. Deux visions distinctes d’une même rédemption, fondée sur des livres différents. Car c’est bel et bien une religion du livre à laquelle nous convie Chavassieux : dans les entrelacements des récits (Magma, l’autofiction jamais écrite du personnage principal, les inénarrables bluettes du Guillaume Musso local, l’Ancien et le Nouveau Testament, le journal intime de Gizant), dans les variations d’énonciation comme dans la condamnation sans appel des réunions Tupperware, c’est pour sa paroisse qu’il prêche, en érigeant l’exigence comme la solution pour que nos morts ne soient pas plus belles que nos vies. Pour ne plus s’ennuyer face à une femme qu’on désirait l’instant d’avant. Son « héros sans héroïsme » se complète avec le Bogart sans charme qu’il croisera sur un banc public avant que celui-ci ne le devine dans le cadre du commissariat, puis le précède dans le dénouement : l’un joue aux échecs, l’autre voudrait les doigts fins du premier, qui siéraient davantage à son rang. Ces croisements, « le Psychopompe » ne les impose pas au lecteur, pas plus – c’est noté – qu’il ne peut offrir de mode d’emploi à sa lecture. On en sort juste un peu hagard, comme si une menace pesait désormais sur l’écheveau de nos petites vanités. Pas encore un bloc de ciel posé sur le ventre, mais… Ils auraient dû se méfier, les membres du Rotary de Croizan sur Loire, ne pas en mépriser la « mémoire vivante » ; en retour, ils n’ont récolté que la prédiction du conservateur : « Margaritas ante porcos » Ea pleine tête. Ehé.

 

17:47 Publié dans Blog | Lien permanent

26/05/2010

Big Brother can't read you.

C'est la deuxième fois en peu de temps qu'on me dit qu'une de mes notes - ici la critique du Chavassieux après celle du Belletto - n'est pas lisible, alors même que certains peuvent la lire dans le même temps sans problèmes. C'est embêtant: il ne manquerait plus que j'écrive pour rien. Je supprime la photo de la très belle couverture de Franck Perrot, retoucherai la mise en page s'il le faut. Inoxydable et Jacques sont concernés en premier lieu: par pur égoïsme, j'aimerais assez que ça vienne de leurs ordinateurs, pas du site. Mais tout cela est bien irrationnel.

21:49 Publié dans Blog | Lien permanent

24/05/2010

C'est non.

J'avais postulé à une résidence d'écrivain en Nouvelle-Zélande, on pouvait difficilement faire plus loin. Cinq mois qui m'auraient permis de couper un moment avec les contraintes, grandissantes, de ma vie professionnelle et de travailler à l'élaboration de mon roman russe à moi. Je n'ai pas été pris. Depuis ce matin, je tourne ce courriel reçu dans la nuit, sa formulation, ce qu'il ne dit pas, surtout: qui a été pris, et pourquoi? Il va falloir continuer à avancer sans ce minimum de notoriété qui ouvre les quelques portes qui s'obstinent à rester fermées sans jamais donner les raisons du refus. Ce sont de vrais thèmes de réflexion, dans notre société. Pas seulement un renvoi à l'amour propre. D'après Martin Veyron, d'ailleurs, celui-ci ne le reste jamais très longtemps.

11:49 Publié dans Blog | Lien permanent