09/07/2026
I wanna live like common people.
Une vie de concerts, c’est un continuum qui fait que, le mois dernier, je suis allé voir un artiste 40 ans après l’avoir vu pour la première fois. J’ai vu des chanteurs (ou des groupes) des dizaines de fois, me suis lassé de peu, finalement, j’en ai laissé partir, j’en ai oublié d’autres. Et quand on fait le bilan de cette métaphysique musicale, il reste peu de regrets. Le plus fort, peut-être, l’anomalie dans le parcours, s’est réglé de lui-même, hier, après bien des épreuves, des heures d’attente dans une gare surchauffée, un retard si conséquent que la question de l’abandon s’est posée. Mais parfois, le rendez-vous surmonte l’épuisement et je suis finalement arrivé au théâtre antique de Fourvière 20 mn après que Jarvis Cocker et son Pulp sont rentrés sur scène, devant un amphithéâtre plein à craquer, dont l’accès à la fosse, côté cour, était paradoxalement assez aisé : la vie en concert est tout de suite plus simple quand vous faites 1,85m. Il était donc là, devant moi, ce que je n’espérais plus et deux époques se sont télescopées, mon obsession depuis qu’Aurelia Kreit s’est reformé pour la sortie du roman du même nom. Là encore, ce sont trente années qui parlaient d’elles-mêmes, les fêtes et le Common People entonné à tue-tête, comme un rituel. Jarvis est comme il a toujours été, élégant, dégingandé, expressif à souhait dans ses mimiques, ses hoquets, son allure de Woody Allen à cheveux filasses dans le corps de Jacques Higelin, ses vestes de costumes si…anglaises, ses chemises colorées ; le light-show est impressionnant pour un concert en plein air, le spectacle est rodé, à 63 ans, si le plaisir de jouer n’est pas là, eh bien on ne joue pas et là, ça joue, vraiment, pleinement, en deux parties entrecoupées d’une mi-temps de 15 minutes annoncées. Jarvis, juché sur un caisson en bord de scène, est à quelques mètres de moi et moi je repense à tout ce qui s’est passé depuis que sa musique m’accompagne, depuis ce Disco 2000 que j’aurai donc raté, mais tant pis : il n’y a rien de mieux que la certitude d’être là où on doit être et j’y suis ; arrivé de loin et revenu d’encore plus. C’est comme une case cochée et il le sait, Jarvis, qui veut jouer le plus de chansons possibles avant 23h55 et qui introduit la dernière avec volupté parce qu’il sait qu’elle va soulever le théâtre, que des gens – dont moi – vont perdre leur voix en hurlant qu’ils rêvent de vivre comme des personnes normales alors même qu’ils ne le sont pas. Il profite même du break vocal pour présenter les musiciens, les historiques, les nouveaux, c’est fascinant de voir un homme autant intégrer son propre univers et tout donner le temps de la représentation. Quitte à ce que les images de lui qui défilent en arrière-plan soient celles du passé, le sien, le nôtre. Des belles années, un peu folles, et le sentiment, depuis hier, qu’on ne les a pas tout à fait perdues.
08:53 Publié dans Blog | Lien permanent





















