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22/06/2020

Paul-Sylvestre.

Ça fait partie de ces figures qui ont ponctué notre vie et qui s’effacent les unes après les autres, avec discrétion. Le menuisier de Montchat, que personne n’a jamais appelé Sylvestre, son vrai prénom, a passé ses 81 ans, ce qui était inespéré il y a peu, puis s’est effacé, après plusieurs semaines d’une agonie qui devrait interpeller les pouvoirs publics, enfin. Toute une vie de travaux menés avec précision, dans un temps différent de ceux qui attendent le résultat, toute une existence consacrée à son atelier, les trésors qui y étaient enfouis, comme cette vieille malle de voyage à l’étiquette de cuivre. Des travaux menés ici et là, qui l’ont conduit, je m’en souviens, à passer des vacances là où il n’aurait jamais pu s’offrir le luxe de mener sa famille, ses trois filles et Rose, son inséparable. Avec qui il s’est - méticuleusement, là aussi – engueulé pendant plus de cinquante ans, et jusqu’à ses dernières heures. Sur ce point aussi, les pans de siècle s’écroulent, les vies uniques passées dans la compagnie de l’autre, entre la Haute-Loire qu’il aimait mais aimait quitter, et l’atelier devenu maison - les Minguettes enfin derrière lui - que Rose aime mais aime quitter. Un homme de peu de mots, mais de beaucoup de gestes, rattaché à mon propre père, ravi, il y a trente ans, d’apprendre que la fille que j’allais aimer était celle du menuisier, qu’il connaissait par un ami. Des hommes de quartier, pas les mêmes, qui sont devenus pères, puis grands-pères, et qui s’en vont un par un. Il n’en restait pas beaucoup, de son époque, à Paul, peut-être était-il temps qu’il rejoigne ceux qu’il a aimés, et qu’il s’en aille, seulement, selon ce à quoi l’on croit ou pas. Il reste le chagrin de ceux qui l’ont accompagné jusqu’au bout, jour et nuit, pendant des mois d’un confinement qui ne s’est jamais terminé. La fin qu’il appelait de ses vœux, dans ses derniers accès de conscience, il faudra l’interroger, sous le prisme de la dignité, seul élément de mesure d’un texte pourtant de loi. Mon père, il y a quatre ans, a été mieux loti, sur ce point.

Il faut du temps pour que l’héritage, le vrai, s’affirme : les valeurs, la transmission structurante, écrivais-je récemment. Les traits de visage qui se dessinent plus encore sur ceux de ses petits-fils, cette intonation particulière, dans la voix. Et cette ligne droite qui se précise, inéluctablement : quand les pères s’en vont, le jour de leur fête, qui plus est, ce sont les enfants qui comprennent l’urgence de vivre et de vivre justement. Pour le reste, il faudra faire sans, maintenant, avec la confiance induite que sans, quand le deuil est respecté, ça devient avec, après.

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