Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/07/2019

Blowin' in the wind.

Beaucoup de portes qui se ferment, ces derniers temps. De ces portes temporelles, justement, des ères qui en terminent avec elles-mêmes. Quand on a le luxe de le faite de son propre gré, c’est une chance inouie, à côté de laquelle il ne faut pas passer. En quelques jours, j’aurai vu Mark Knopfler, guitar-hero de mon adolescence, tirer sa révérence dans les arènes de Nîmes, en se demandant ce qu’il allait bien pouvoir faire de sa retraite, comme un comédien hésitant encore sur le chemin à suivre. Lundi, à Perpignan, c’est Joan Baez qui jouait pour la dernière fois sur le sol français ; dernier tour pour une artiste intemporelle, dont les causes et les combats reprennent l’histoire du siècle passé plus que de celui-ci. Et pourtant, c’est un jeune homme anachronique de vingt-trois ans qui m’a offert la place pour ce concert-là ; un jeune homme qui ne jure – c’en est inquiétant – que par des hymnes qui ne sont pas de son époque, à moins qu’ils ne le redeviennent vite, ou qu’ils n’aient jamais cessé d’être actuels. Il me confie, dans une queue qui ressemble davantage à un rassemblement d’anciens de Woodstock qu’à autre chose, qu’il ne connaît, du répertoire de Joan Baez, que « Here’s to you », la chanson pour laquelle il est venu. Il dit que c’est sa prof d’anglais de Première qui le lui a fait connaître, je lui rappelle qu’il l’a déjà entendue, au théâtre de la mer de Sète, chantée par Moustaki. Mais il était petit, ça ne compte pas, selon lui. Le temps de l’attente et de la fouille, je lui explique que Joan Baez est connue depuis longtemps comme étant l’égérie et l’interprète de Dylan, qu’on lui doit, notamment, une version sublime de « Blowin’ in the Wind », communément acceptée comme la plus belle chanson de l’histoire. Il me renvoie dans les cordes, moi et mes hyperboles, m’assène que je dis ça pour quinze chansons différentes par jour. Pas faux. Mais n’empêche, je lui fais écouter BITW pour la première fois de son existence, juste avant qu’on entre dans la cour du couvent. Il la trouve jolie : ça n’est pas en une écoute qu’on peut prendre la mesure d’un tel morceau, de son histoire et de son impact sur la postérité. Je sais qu’il la réécoutera une fois rentré – comme « l’Estaca » de Luis Lach, cantique catalan que Baldino a fait chanter en première partie – qu’il l’écoutera même plusieurs centaines de fois, terrain génétique oblige. Qu’il en percevra la dimension quantique, dans ce qu’elle a de continu et d’impérissable. Peut-être attendra-t-il trente ans, lui aussi, pour comprendre ce qui va bientôt se jouer pour moi, à échelle moins mondiale mais tout aussi importante. En tout cas, nous y étions, et c’était le plus important : la possibilité pour lui de m’entendre partout dans le vent quand, sur Terre, je ne serai plus.

23:58 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |