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27/11/2009

Quel week-end?

 

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17:52 Publié dans Blog | Lien permanent

26/11/2009

N°6

Dominique de Rivaz, 56 ans, réécrit l’Empire post-soviétique, à la russe : entre burlesque et mélancolie.

Les âmes mortes, deux fois.

DdR+Chavaz22.jpgDominique de Rivaz n’est pas la première à écrire sur des cadavres et ce qu’ils deviennent. De Will Self dans « Ainsi vivent les morts » à Kenzaburo Oé dans « le faste des morts » - en passant par le polar-légiste de Herbert Lieberman, « Nécropolis » - le sujet a cet avantage d’être universel et, c’est bien le seul, égalitaire. Son « Douchinka », cette petite âme, ramène le sujet dans un Empire qui n’a pas besoin de dire son nom, c’est l’âme slave qui est ramenée sur le devant d’un court premier roman d’une artiste déjà accomplie (cinéma, photo, expériences multiples depuis « la course autour du monde »…). Dans l’hiver de la Capitale, bastion abandonné de ce qui a été une société, on ne distingue plus les âmes errantes de celles à vendre. Mais le souvenir, « trente ans plus tôt », de « la première Exposition » n’a laissé personne indemne, surtout quand la Grande Révolte (née, dit le narrateur, de la colère des mères des sous-mariniers du Koursk, sans qu’évidemment le nom fût donné) n’a conduit qu’à la plastification, cette œuvre ultime qui consiste à embaumer les cadavres après avoir acheté les âmes. Evidemment, les différents scandales de l’Art-body, les « écorchés morts » du Professeur Gunther Von Hagens font écho, mais c’est davantage une fausse piste qu’autre chose : ce que Dominique de Rivaz veut incarner, ce sont ces vies déjà mortes et ces âmes qui le seront donc deux fois. C’est l’abandon dans lequel survivent les différentes ex-républiques soviétiques qu’elle a traversées, dans lesquelles, à chaque fois, elle a vécu, un peu. Elle sait que la vodka s’achète par « cent grammes » en kiosque, elle l’a entendu, le chineur, éructer sa haine antisémite. Elle a compris ces déceptions nées des espoirs de changement quand tout est resté tel quel, l’assistance de l’Etat en moins. Ses personnages s’adonnent au commerce des âmes par nécessité, pas par ennui comme l’ont fait dans le réel et aux enchères quelques illuminés en mal de reconnaissance. Dans le même temps, d’autres, comme Alexeï, «préparent » la très grande Exposition, « cent mille corps plastinés », pour recréer l’instant ultime du Grand Nuage. Toutes ces majuscules dont use Dominique de Rivaz sont autant de signes que si l’action se passe là, c’est bel et bien partout qu’elle aurait pu se passer puisque cette Humanité-là a dépassé son terme depuis longtemps.

« il ne reste plus que les pires substrats, une télévision qui vomit des messages religo-publicitaires, apologie mercatique d’un idéal que les fantômes qui traversent « Douchinka » n’envisagent même plus»

Quand ils « préparent », les thanatopracteurs de « Douchinka », ils participent d’une vaste entreprise mafieuse consistant  à récupérer des cadavres – que Vassili conduit dans son camion des glaces Morojonoe Lux sous l’étiquette de « Viandes (de renne) avariées » - à tout prix, donc en tuant des vagabonds, des indigents sur lesquels Alexeï trouvera systématiquement « le morceau de carton numéroté (…) découpé à la va-vite dans un paquet de Belomorkanal » : « le récépissé de la vente  d’une âme ». Après qu’il a considéré que ses morts lui ont « rapporté suffisamment d’argent », Vassili entreprend un ravalement méthodique des « pingouins-poubelles », symboles ravagés de l’illusion d’un bien-être. Dont il ne reste plus que les pires substrats, une télévision qui vomit des messages religo-publicitaires, apologie mercatique d’un idéal que les fantômes qui traversent «Douchinka » n’envisagent même plus. Si tant est qu’ils l’aient jamais espéré. Dominique de Rivaz a vécu à l’Est, elle a vécu, également, ce basculement – à Berlin, notamment, objet de son dernier travail photographique* -  elle doit connaître ces micro-cataclysmes qui ont fait que, soudain, plus personne n’ait rien d’autre à attendre qu’une fin absurde, cycle sisyphien du traqueur devenu cadavre à son tour, d’un amour dont il ne reste plus qu’une photo anonyme incluant le pingouin. Alexeï nourrit les âmes dès qu’il s’aperçoit qu’elles sont venues trouver refuge là où il travaille les corps : elles se confient à lui, comme elles se sont confiées préalablement au chat Béhémoth, qui « de mémoire d’habitant, n’était jamais descendu de son arbre »… Le récit de Dominique de Rivaz, sous ses aspects fantastiques, fait converger les destins de tous ses personnages, la vieille Rada en tête : fine allégorie des destins entremêlés dans la misère, des grandes épopées qui n’ont pas abouti, ils n’ont plus rien à quoi se raccrocher, ils sont, comme la monnaie, dévalués au plus haut point, mais, l’âme slave toujours, s’enthousiastent d’un poisson d’avril à venir, d’une tulipe qu’on voudrait délivrer de son élastique… La fin du roman touche à la poésie pure, quand Rada et Alexeï, chacun de leur côté, participent à ce « loto des morts » sans rien vouloir gagner d’autre que la liberté de leurs âmes. Qu’elles ne meurent pas deux fois, alors. Qu’on leur offre le rituel auquel elles ont droit, même si elles n’ont rien au de leur vivant : ces  « petits riens des morts », qui s’échappent en voltigeant quand Alexeï les confie au fleuve qui, déjà, « se perd dans la nuit », ce sont autant de traces qui, comme les pingouins-poubelles qui viendront mystérieusement mettre l’Exposition totalitaire en échec, redonnent à ceux à qui on l’a niée jusque-là une véritable identité. Il est curieux de voir à quel point ce très bref roman contient des choses auxquelles on s’efforce de ne pas penser : comme si notre âme a nous était déjà damnée de trop d’indifférence et d’insuffisamment d’altérité. Quand la vieille, à l’incipit, crache son mépris sur la porte du bus qui n’a pas voulu l’attendre, c’est un peu de cette partie du monde reniée qui nous crache à la figure. Il est des histoires russes qui ont marqué l’imaginaire collectif. Il en est d’autres qui le sollicitent encore. L’imaginaire de Dominique de Rivaz est bien celui du rideau de fer. Mais elle l’a laissé ouvert** LC

** Boris Vian, bien sûr

« Douchinka», L’Aire

ISBN 9-782881-088483

*« Sans début, ni fin, le chemin du Mur de Berlin » ed. Benteli Verlag & Noir et Blanc)

Prochain numéro : « La main de Dieu », de Yasmine Char

 

 

 

 

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25/11/2009

Parenthèse enchantée

KENT "Reste encore" LIVE from Brio Music* on Vimeo.

 

21:24 Publié dans Blog | Lien permanent

24/11/2009

Quintolet

Julie Delaloye, 30 ans, ravive l’Absence, ciselle l’impression et fait corps avec l’élément, sans un mot de trop.

DECOMPTES D'HIVER

Cliché 2009-11-22 09-17-10.jpgJulie Delaloye est médecin. Autant dire qu’on s’attend à ce que cette belle et brillante jeune femme ait d’autres préoccupations que de griffonner sur papier autre chose que des résultats d’ordonnances et des diagnostics avisés. Pourtant, Julie Delaloye est aussi poète, et dans une assemblée comme celle de Lettres-frontière, si elle n’est sans doute pas la seule à s’être adonnée à la poésie, elle est la seule à s’être vue éditée pour ça, et seulement pour ça. Dans les salons bourgeois du XIX°s., on lui aurait demandé de choisir entre ses deux activités, mais elle les mène de front et sans difficulté. Il est intéressant d’ailleurs de voir que quelqu’un dont le rapport au monde est déterminé par sa lecture rationnelle peut sortir de cette restriction par le seul ordre du sensible. Dans "le ciel de février », son recueil très joliment édité, Julie Delaloye recrée une absence et la dessine à très petits traits, dans des poèmes qui sont brefs, ciselés, musicaux, et qui surtout empruntent à la nature le souvenir de ce qu’elle lui a pris. Puisque c’est la mère qui s’en est allée précocement, Julie nous redonne de sa présence en évoquant tout ce qu’elle a sans doute intensément respiré, de son vivant : des cerisiers en fleur, les feuillages des tilleuls, l’arbre de Judée, l’amertume des citrons… Tout est saisonnier dans ce recueil, jusqu’à la 13ème saison qu’il met en abyme, jusqu’à Pâques également, puisque « le ciel a mûri ce printemps, me dites-vous, au-delà de toute douleur, toute oraison ». C’est bien ce refus de la douleur qu’exhale ce ciel de février, souvent bas et lourd mais, de facto, annonciateur de lendemains plus lumineux. Julie fait de l’absente une figure absolue du recueil ; comme d’autres, de la même sélection, elle procède par petites touches et ramène dans ses paysages de montagne ce que le Narrateur ressentait de ses aubépines (chez Delaloye, les pivoines, le soir) : la certitude d’une présence plus durable, éternelle même. Dans un poème en prose annonciateur, en 2000, la très jeune poète jurait déjà qu’elle la passerait, cette éternité, « à te retrouver ».  Les poèmes de Julie sont construits comme des haïkus, parfois, en quatrains et tercets, aussi,  en proses poétiques, sinon, mais aucun d’entre eux ne revendique de forme fixe : c’est la musicalité des mots qui recrée l’impression, souvent, l’ordre libre qu’il respecte, c’est : une impression, une métaphore, un renvoi à la sensation propre. Ainsi, pour continuer la lecture stylistique, l’azur et le soleil sont liés et le brasier (des étoiles) alimente les feux d’un « chagrin incendiaire » qu’elle se charge elle-même, Je à l’appui, d’allumer.

« C’est la musicalité des mots qui recrée l’impression, souvent, l’ordre libre qu’il respecte, c’est : une impression, une métaphore, un renvoi à la sensation propre »

Mais la poésie, c’est mon avis, supporte mal la stylistique et ce n’est pas la peine d’aller plus loin : Julie ne revendique pas de baudelairité, elle place, au gré d’une discussion, les figures tutélaires de Yves Bonnefoy, de Philippe Jaccottet, d’autres poètes du lieu, de la présence. Il est de pire compagnie… Julie Delaloye, en débat public, surmonte son trac, paradoxe à part, par une voix ferme, assurée, presque agacée, fruit, sans doute, de sa formation médicale et de cet empressement des vérités, du moins celles dont on est sûr. Quand elle fait lecture – difficile exercice ! – de ses vers, elle donne l’impression inverse, celle d’une fragilité sans laquelle, de toute manière, on ne devrait pas être autorisé à faire de la poésie. La délicatesse est partout, d’ailleurs, dans le recueil, qui revisite, via « l’œil ébloui du passé » « les écharpes blanches » de Sassey, qui passent et qui,  toujours, sont accolées aux saisons, tel l’été «(qui) affleure ». Une tautologie dans l’Art poétique consiste à dire que ce ne sont pas les mots qui comptent, c’est ce qu’ils ne disent pas : en cela, Julie Delaloye ne se trompe pas et son économie d’effets est salvatrice : chacun des lecteurs est à-même d’aller vers ce ressenti qui est celui du promeneur, de la rêverie. Sans le néo-romantisme qui en découle trop souvent, Julie cherchant dans l’élément la seule relation qui lui reste avec la disparue. C’est une manière de faire le deuil -  références bibliques et mythologiques à l’appui - et en même temps c’est parce que le deuil est fait que les mots sont justes. « La mort a roulé, comme une framboise sous la langue », ce n’est ni naïf, ni mortifère. C’est de la sensation pure, de celles qui permettent un moment de dire que oui, là, Elle est retrouvée – Quoi ? – L’Eternité.

La réminiscence est en marche, le recueil a, je l’ai dit, cette magnifique qualité de ne jamais insister.  Soixante-quatre pages de petits éclairs poétiques, organisés – après l’éveil blanc -  selon des parties constituées en « heures limpides »,  en « éblouissement de l’été » et en « treizième saison », donc. Des lieux affleurent, dont on parle au passé comme dans « l’olive » ou au futur comme dans « Porquerolles ». Parce qu’il y a dans ce « Ciel de février » la certitude d’une salvation à venir, « roses à la main », l’assurance que l’éternel retour n’est pas que celui des saisons. Les nuits et pluie d’été, comme chez Duras, ravivent des souvenirs qui, au fil de la lecture, ont perdu de leur tristesse et ravivé « le rire cristallin », « sa voix qui sonne encore et gagne la mer ». C’était la visée de l’exercice, c’est réussi, en cela : la poésie a ceci d’universel que chacun d’entre nous peut reconnaître dans une association de mots et d’images ce qu’il est prêt à y mettre, une part de son ressenti qu’il n’aurait pas exprimé autrement mais qu’il trouve là exprimé pour lui.

Son amour des lieux, son appartenance, a fait de Julie Delaloye un poète dont les valaisans attendront les œuvres futures. Ils ont de la chance, ils tiennent avec elle les deux pôles essentiels à l’équilibre d’une communauté, la raison et la passion. Qu’ils sachent néanmoins qu’elle ne leur appartient plus tout à fait, en tout cas pas exclusivement. Mais que ce n’est pas triste. LC

« Dans un ciel de février», Cheyne éditeur

ISBN 978-2-84116-140-9

 

Prochain numéro : « Douchinka», de Dominique de Rivaz.

 

 

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23/11/2009

Le temps de la lecture.

Evidemment, vous vous doutiez bien que je n'allais pas pouvoir fournir des articles aussi nourris tous les deux jours dans la mesure où, fort heureusement, ils me demandent des efforts et dans l'autre mesure où, depuis l'éternité, le temps de l'écriture se nourrit de celui de la lecture: je mets la touche finale à l'article sur "le ciel de février" de Julie Delaloye, j'entamerai ensuite le bal des quatre derniers livres, ceux que je n'avais pas lus - pour des raisons diverses - avant l'Usage des mots. J'aurai plaisir à avoir lu Thomas Sandoz avant le 15 décembre, puisque je le retrouverai à la Médiathèque de Sierre.

Je me régale dans le même temps de la façon dont Christian Chavassieux nous fait revivre par épisodes la journée du 13 novembre. Et puis, parce qu'il faut que l'oeuvre se fasse, je replonge un peu dans l'esprit de ma "partie de cache-cache", j'en ciselle les parties déjà écrites avant que son dénouement ne s'impose à moi.

La littérature existe, je l'ai rencontrée.

21:47 Publié dans Blog | Lien permanent