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11/12/2018

Ground Countrol to Major Tom - 10

On dit que la mémoire se construit vers six ans, qu’avant, c’est la relecture des impressions qui fait l’impression. On connaît le mécanisme soudain du déclenchement des souvenirs, mais on sait aussi que c’est par petites touches qu’il revient. De ma petite enfance, il me reste le goût de la brioche ronde que m’avait offerte mon grand-père maternel, le seul que j’aie connu, mort quand j’avais sept ans. Mais je me souviens précisément des odeurs de mes grands-mères, tout en contrastes : l’une était ronde et enjouée, à l’accent chantant, l’autre était sèche et austère. Sans doute ce qu’elles mangeaient ou buvaient a-t-il déterminé leur odeur corporelle et chacune des pores et des glandes sébacées de mes mémés ont construit ma mémoire, me ramenant les lieux, les goûters (l’une faisait les gâteaux, l’autre les achetait), les silences et les moments d’échange. Comme l’inessentiel fait office, je me souviendrai de la gaufre que m’a achetée l’une, de l’album de bande-dessinée que m’a offert l’autre. Des BD que j’échangeais dans la cour d’école primaire avec Philippe Cavalazzio ou Frédérique Carabin, avant qu’elle parte et – déjà – m’offre mon premier vrai chagrin d’amour. A sept ans. Depuis, je peux ne pas savoir ce que j’ai fait la veille mais reconstituer pas à pas le théâtre d’une de mes sensations d’enfance. Avec précision. C’était en exergue de « la partie de cache-cache », ce livre que j’ai écrit en sollicitant l’enfant que j’étais, le conjurant de ne pas le tromper.

« La maturité de l’homme, cela veut dire retrouver le sérieux que l’on avait au jeu, étant enfant » Par delà le bien et le mal, F.Nietzsche, 1888

17:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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