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23/09/2018

Rester en vie.

balançoire.jpegC’est toujours surprenant, la concomitance des sensations, le bouleversement que peut entraîner la réception d’un message au moment même où on en a terminé avec une vague d’amour et de bien-être, dans le beau cadre de cette Balançoire qui vaut à elle seule – et sa propriétaire - qu’on y retourne et qu’on s’habitue à elle. Dur de ne pas soupçonner une intention malveillante, quand un mot qui se prétend informatif fait l’effet d’un coup de poignard dans le dos. Mais c’est le lot des rapaces, je les ai suffisamment décrits, dans leur lâcheté et leurs petites victoires que je ne les laisserai pas me voler les instants que j’ai vécus autour de la Girafe, à Lyon. Dans cette ville qui est la mienne et dont Franck Gervaise, quand j’étais dans le train, m’envoyait des clichés, déjà, lui qui la découvrait un peu plus, encore. Il y avait du monde, des visages connus, en masse, d’autres que je découvrais. Des qui, depuis la mi-aôut, avait lu le livre, d’autres qui se montraient intrigués, par le titre, par les débats que ce personnage-là a commencé à susciter. Est-elle vraiment velléitaire, Clara Ville, subit-elle son existence ou, au contraire, en reprend-elle le cours, une fois son père retrouvé, autant de questions auxquelles je n’aurai pas répondu – il faut laisser le lecteur à sa réception du roman – mais en en subissant d’autres. Samantha Barendson a excellé – l’effet micro de Madonna, sans doute – dans le rôle de l’intervieweur, à l’entretien préparé – biographie, bibliographie, thèmes de la Girafe et d’autres ouvrages – et à la juste circulation de la parole entre Franck, moi – et même mon éditeur qu’elle a interrogé sur la ligne éditoriale et artistique du Réalgar. Franck et moi racontons comment nous nous sommes rencontrés, autour de Murat et de Ouessant, comment notre amitié a fini par engendrer cet ouvrage commun. On suppose encore, et c’est très bien, que c’est lui qui tient les propos du peintre, il les confirme à demi-mots, raconte comment les dessins sont nés, comment un paysage s’est inscrit dans le propos, aussi, d’une île à l’autre. Samantha conteste la distanciation, fait un parallèle avec Tébessa, parle de bienveillance envers le personnage. Qui reçoit plus de soutien qu’elle n’a provoqué d’agacement, en somme, mais de tout cela, je m’en amuse. Comme je souris à l’idée qu’on puisse trouver à ce roman une part d’autofiction alors même qu’il en est l’exemple inverse. On parle de musique, d’inspiration, on s’étonne du nombre d’artistes qui m’entourent et avec qui j’ai besoin de poser des projets et des ouvrages, comme marque d’éternité et de permanence. Les visages connus le savent, je n’oublie jamais rien, et ceux qui ont été portraiturés le savent doublement. J’explique le procédé, la petite centaine d’exercices déjà faits en quinze ans : de la fonction référentielle pour en savoir suffisamment sur celui dont je dresse le portrait, une fonction expressive forte et psychologisante, l’impression de rentrer dans l’intimité d’un être tout en gardant une distance analytique forte. De tous ceux qui m’écoutent, je me rends compte que tous n’y sont pas passés, que ça me prendra du temps, qu’ils n’en prennent pas ombrage. La Balançoire fait salon littéraire, j’utilise le mot de faussaire, encore, pour désigner le travail de l’écrivain, en insistant sur le mot : lire des livres dans lesquels je n’apprends rien équivaut à du temps perdu. On parle d’Aurélia, à demi-mot, parce que c’est la prochaine étape de ma vie d’auteur, la dernière, peut-être. Franck et sa voix douce sont rassurants, à côté de moi, il traite de la difficulté de l’exercice, de sa fatalité dans l’instant saisi. Immortel. Eternel, malgré l’antiphrase en exergue. On craint un début d’incendie dans l’appartement du dessus, mais c’est bel et bien de l’incandescence du souvenir et de la mémoire dont traite la littérature. Ça tombe bien, pour la première fois, Jean-Christophe Géminard interprète trois de mes chansons, ressorties de l’oubli dans lequel mes précédents musiciens les avaient laissées. Il joue « le Mont sans souci » de Murat pour Franck et moi, enchaîne avec des versions remaniées du « Café des Ecoles » et de « Au-dessus des eaux et des plaines ». Il est fragile, tendu, se rate un peu, reprend, mais on est dans l’émotion, réelle, qui atteint son paroxysme quand il interprète « l’Embuscade », la chanson de Tébessa, de Gérard et de la Croix-Rousse. Un baptême du feu, pour lui, dans ces conditions, un beau cadeau pour l’assemblée. Et pour moi.

D&M.jpegJe repense au chemin parcouru, me dis que ceux qui étaient là au départ ne se posent plus la question de savoir si je suis un écrivain ou pas, quels que soient les obstacles qu’on met sur mon chemin. Ils ne pourront jamais être plus vils que ce qu’on a voulu m’apprendre hier, pour désenchanter l’instant. La vie-l’instant. La fin de soirée avec Mareva, Franck et Joël, la Balançoire rien que pour nous. Que se seraient-ils dit, les rapaces, s’ils avaient su que le lendemain, alors même que les dates nous avaient offert une mauvaise coïncidence, j’allais retrouver Fergessen à la Casa Musicale, le lendemain de leur concert, pour une soirée magique et privée, au cours de laquelle le duo a sorti les guitares pour accueillir Franck dans le grand manège, lui chanter une bonne dizaine de leurs chansons et quelques autres (dont une au biniou en verre, une autre en mode Stade de France, et quelques solos de basse à faire pâlir Roman Gervaise, allez comprendre). Quatre spectateurs, c’est maigre en recettes, mais celles des pâtes au beurre et de la rosette lyonnaise feront office.

Le Beau, le Vrai, l’esthétique finissent toujours par l’emporter : je crois en une justice immanente, un rééquilibrage des forces. Ou à leur damnation. Je rentre rasséréné. Clara Ville est dans la place.

17:14 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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