22.07.2008
la nouvelle de l'été
Comme dans "Elle" et en raison de ma déconnexion temporaire, je vous offre en exclusivité, avant même qu'ils l'aient trouvée sur la table de leur cuisine, la nouvelle que j'ai écrite pour les remercier de nous avoir offert l'hospitalité, le temps d'intégrer notre nouvel appartement; pour des raisons publiques, certains noms propres utilisés dans la version originale ne sont pas reproduits ici.
RIFFIFI CHEZ APPLAGNAT-TARTET
- C’est p’tit chez toi, mais pour faire la java, ça devrait suffire, a lancé Dédé, qui suivait à deux pas, les bras chargés de victuailles, de gnôle de son père et d’une bouteille d’absinthe.
- C’est qui la bourgeoise sur la photo, là ?
Frédo, déjà, visitait l’appart, dans la chambre, la photo de Bénédicte, au bord de la mer, avec Louis dans ses bras, attisait les curiosités.
- Moi, j’trouve qu’elle a mauvais genre ! marmonna la poule qu’il avait emmenée là dans l’intention, comme toujours avec lui, d’essayer plus assidûment la literie qu’il le faisait chez lui. Là-dessus, elle cracha par terre en maintenant dans sa bouche et sa cigarette et le chewing-gum qu’elle ruminait bruyamment. J’allais émettre quelques réserves quand un bruit sourd, dans le salon, me fit changer de priorité : Manu, à la surcharge pondérale franchement affirmée, venait d’exploser de son assise le lit jumeau des deux enfants, dans l’alcôve. Il riait à perdre haleine et l’autre pépette, déjà bien atteinte, lui versait de la vodka directement dans la bouche, qu’il recrachait par gerbes sur les jouets des gamins. Un autre, que je n’avais pas vu rentrer et que je connaissais dans le quartier pour sa propension à passer d’un bar à l’autre sans jamais rien faire d’autre, attaquait l’absinthe tout en déchirant les pages d’un livre de bio qu’il avait sorti d’une bibliothèque déjà en ruines.
- Tous des connards, ces putains de profs de merde ! Il balança le livre directement dans la cheminée, s’en amusa et recommença avec les autres. Allez, v’nez donc ! le premier qui rate le trou paye sa tournée ! Théodore s’y essaya, mais, noir qu’il était, rata deux fois la cible, s’énerva, prit l’ensemble des manuels scolaires, les enfourna dans l’âtre et, arrachant la bouteille d’absinthe au poivrot, les arrosa copieusement et balança son clope dessus. Les flammes léchèrent le parc en bois du bébé. La fille à la vodka arracha d’un coup les rideaux et étouffa le début d’incendie ; de s’être ainsi précipitée la fit vomir promptement dans le creux du maxi-cosy. Frédo, que l’agitation avait attiré là, riait de la voir penchée sur la barrière et se précipita pour lui soulever la jupe tandis qu’elle se nettoyait le visage avec un ours en peluche… L’autre greluche, jalouse et vexée, décrocha le tableau – un paysage des Alpes – et le lui brisa sur la tête si fort qu’il passa à travers. Manu, qui s’était arraché du lit détruit de la chambre d’enfants, décrocha quant à lui le Matisse de l’entrée et l’assomma en retour. La fille sembla tomber par épisodes, l’arcade explosée faisant jaillir par jets du sang vermeil se mêlant au vomi de sa copine qui battait toujours des jambes pour recouvrer l’équilibre.
Je pensai, à cet instant, que seule Estève pourrait rétablir un semblant d’équilibre à une soirée dont j’avais perdu tout contrôle avant même qu’elle commençât. J’allai la chercher dans la cuisine et la trouvai prostrée, deux bouteilles de champagne vides devant elle, se répétant, comme pour une litanie :
- J’suis nulle ! C’est super bien rangé chez Béné, c’est nickel, moi, j’suis nulle ! .
A côté d’elle, deux types que je ne connaissais de nulle part vidaient consciencieusement le placard à provisions en jetant méthodiquement tout ce qui ne leur faisait pas envie.
- Tiens, regarde, la cassoulet, ça se confond presque avec le carrelage ! riait l’un en se finissant au Picon-bière.
- Regarde, la purée Mousseline comme tu l’as jamais faite ! répondit l’autre dans un rot, en dispersant les flocons à même le plan de travail et, montant avec difficulté sur la machine à laver, les arrosant à grands coups d’urine…
- Estève ! Il faut les arrêter, là, ils vont tout péter !
- J’suis nulle ! C’est super bien rangé chez Béné, c’est nickel, moi, j’suis nulle !
Un coup de sonnette intempestif m’empêcha de lui rendre conscience. Qui pouvait bien encore sonner alors que depuis tout à l’heure, c’était un festival ininterrompu d’allers et venues dans cet appartement ?
- Ah, Madame M. ! Vous tombez bien mal, hélas, j’ai des petits soucis de gestion, là !
- Oui, alors, permettez-moi de vous dire, Monsieur, que jamais je n’aurais pensé qu’il pût y avoir pire voisinage que celui des Applagnat-Tartet mais pardon, vous en êtes un autre ! Et je dois vous dire que vous répondrez de ce tapage avec vos amis arabes, turcs ou afghans, je ne sais, mais vous en répondrez.
- Mais…
- Il n’y a pas de mais. Je ne vous salue pas, Monsieur.
J’allais fermer la porte, mais des petits cliquetis me firent me retourner. Dans le couloir, Dédé et Théodore, assis à même le carrelage l’un en face de l’autre, descellaient les petits carreaux de la mosaïque et se les lançaient en essayant d’enlever les bouchons des cannettes qu’ils avaient posées juste devant eux.
- Si tu la fais tomber avec un carreau rouge, tu gagnes la cannette de l’autre et l’autre boit deux absinthes cul sec !
- Que d’la gueule, Théo ! Après, j’te prends aux Kapla avec les lattes du parquet ! C’lui qui fait la tour la plus haute donne un gage à l’autre !
Dans la chambre parentale, des gémissements montants donnaient à croire que Fredo et la greluche s’étaient réconciliés. Par l’entrebâillement de la porte, ce que j’en vis le confirma. Le pantalon sur les chevilles et les pataugasses crottées sur le dessus de lit blanc, Fredo entreprenait la donzelle qui s’accrochait aux rideaux sans que, hélas, ce fût une image. Je fermais la porte par courtoisie, mais Fredo, ayant arraché les appliques et fait tomber les tableaux en cherchant une position plus confortable, cria Lumière ! d’un ton autoritaire. Je m’exécutai donc, pensant bien faire, et appuyai sur l’interrupteur à ma gauche : un sifflement bref et une fumée noire m’indiquèrent trop tard que l’interrupteur était condamné. Tout ce qui y était relié avait grillé, ce qui ne dérangeait en rien les tourtereaux, qui essayaient maintenant le vélo d’appartement et qui, à force d’à-coups, défonçaient sans même s’en apercevoir l’armoire à rangement. Les cartons posés au-dessus tombaient et s’éventraient l’un après l’autre, manquant de les décapiter, sans qu’ils fissent mine de s’en rendre compte.
Un nouvel éclat me fit sursauter. La télévision, dans le salon, n’avait pas survécu au l’autre concours de lancers, de boules de pétanque pour enfants, cette fois. Le poivrot contemplait son œuvre en chantant « Can’t help falling in love with you » :
- Tu vois, Poupée, le King, c’était autre chose ! Une rangée entière de télés qu’il avait et, j’te l’donne en mille, sa télécommande c’était un 357 Magnum ! La classe, tu vois ! Un programme te plaît pas, pan, tu supprimes, tu ventiles… Oh, tu m’écoutes, chérie ?
- Toréador, prends ga-aa-arde, toréador, toréador !
D’une voix de crécelle et perchée sur le faîte de l’armoire normande, la « poupée » triait les CDs qu’elle avait pris soin d’emmener dans son excursion. Elle jetait les boîtes d’abord et en criant « Pool ! », essayait de faire pénétrer le disque idoine en plein vol.
- Tu vois, moi, j’adore l’Opéra, mais personne m’y emmène jamais, déplora-t-elle. Lulu, l’autre fois, m’a dit qu’on irait, mais c’est à l’opérette qu’on s’est retrouvés ! Le mec qu’habite là, je suis sûr que c’est à lui les disques. D’abord il a l’air doux ; Rien qu’à le voir en photos avec ses enfants, on comprend que c’est un mec bien…
- C’est qu’une tarlouze, j’te dis ! éructa le poivrot, écœuré qu’on pût mettre sur le même plan le King et de la musique de tapettes.
Dans l’alcôve de Pierre et Louis, Bébert éventrait un à un les animaux en peluche et les Action Man qu’il trouvait. Sans doute se remémorait-il qu’il n’en avait jamais eu dans son enfance. A voir le sourire sadique avec lequel il étêtait ses victimes, il y avait certainement de ça. Mais on m’extirpa encore de mes considérations psychanalytiques. Enfin pas tant que ça : Manu avait entrepris, dans la chambre de Victor, de rentrer, tel un contorsionniste, dans le lit à barreaux. Même cause, mêmes effets que pour les lits jumeaux des deux plus grands, l’ensemble céda dans un vacarme sans nom, les barreaux sur les côtés et le fond, eh bien, par le fond. Les deux inconnus de la cuisine, voyant Manu sur son séant, lui jetèrent de là où ils étaient, quelques œufs crus en riant de plus belle. Il en capta un au vol qu’il goba prestement en criant A boire ! La greluche de Frédo, dans le même temps, sortit de la chambre en se rajustant un peu, saisit la bouteille de gnôle posée sur la commode du couloir - qu’un des convives avait repeinte à la sauce tomate - et en versa une rasade à même la gueule du gros Manu.
- Non, Estève, maintenant, il faut que tu m’aides, il faut qu’on les vire !
- J’suis nulle ! C’est super bien rangé chez Béné, c’est nickel, moi, j’suis nulle !
Re-Dring.
- Oui, Madame M., je suis désolé, je m’en occupe, ça sera bientôt terminé.
- Voyez-vous, Monsieur, j’ai quatre-vingt cinq ans, ça en fait maintenant plus de cinquante que j’habite cet immeuble et je puis vous dire que du temps de Madame C., jamais un tel fourbi n’eût été possible ici. Et permettez-moi d’ajouter que de voir un membre du conseil de copropriété, Président de surcroît, se comporter comme le premier locataire venu, c’est inadmissible. Et…
- Qu’est-ce tu nous emmerdes, la vieille, là !
Bébert l’embrouille en avait fini avec les animaux en peluche et l’occasion lui était donnée de passer à plus consistant :
- Nan mais kes’ta, là, sans déconner ! Tu viens prendre ton p’tit coup, là, toi aussi ?
- Euh, non, là, Monsieur Bébert, là, intervins-je, je ne peux pas vous laisser parler comme ça à Madame Moreton, quand même…
- Mais kes’tu m’cherches, là, l’intello, toi aussi ? Tu crois que c’est parce que tu nous a amenés dans ton bouge que ça t’laisses le droit d’me parler comme ça, hein ?
Bébert l’embrouille était en rogne. D’un geste vif, et bien que je m’interposai, il fit basculer le porte-manteau de l’entrée sur la pauvre Madame M. qui, pétrifiée, ne dut son salut qu’à la porte que je réussis à lui fermer, contre tout protocole, au nez. Bébert, que j’avais contrarié, arracha sur sa droite la tringle du rideau de douche, la cassa en deux sur sa cuisse et s’approcha, menaçant. Je crus ma dernière heure arrivée quand il s’effondra juste devant moi, l’air hagard : une dernière boîte de cassoulet – pleine, celle-ci – l’avait frappé à la nuque. Les Bouvard et Pécuchet de la cuisine, qui avaient mis le vaisselier en travers après s’être amusés à jeter les verres un à un dans le trou du sèche-linge, semblaient satisfaits qu’on pût encore s’étonner de leur adresse :
- Joli coup, ma foi, dit l’un, de cette distance, pas mal !
- J’ai horreur de l’agressivité en pleine fête foraine, répondit l’autre, faussement modeste.
Pour fêter ça, ils rotèrent de concert et, debout sur le meuble du four dont ils avaient fait sauter les roulettes, jouèrent à faire sauter les vitres de la fenêtre avec le restant des munitions qu’ils s’étaient constituées.
Je commençais à ressentir une profonde lassitude et envisageai d’appeler la police quand j’entendis des pleurs déchirants, entrecoupés de hoquets qui disaient toute la profondeur de la tristesse. Le temps d’enjamber le corps de Bébert, je trouvai l’amatrice d’opéra accablée devant la photo de mariage des propriétaires, juste à côté de la chambre.
- Oh, c’est triste, il y a toute une partie de la famille dans l’ombre, et l’autre dans la lumière, on dirait que c’est fait exprès ! me prit-elle à partie.
- C’est peut-être simplement un problème de lumière ce jour-là, crus-je devoir rajouter.
- Non, non, on sent bien que c’est voulu, hoqueta-t-elle encore, je suis sûre, même, que c’est un coup monté !
Je m’interrogeai, une seconde, délaissant le fourbi dans lequel cette soirée impromptue m’avait plongé. Qu’en était-il réellement de cette photo de mariage ? Quel clan avait-il été plongé dans l’ombre quand l’autre se repaissait de la lumière ? Qu’en pensaient ceux qui les visitaient encore, suivant qu’ils se furent trouvés, ce jour là, d’un côté ou de l’autre ? En tout cas, Carmen était inconsolable : elle restait prostrée devant la photo, alternant les mouchoirs et la vodka d’Yvan, qu’elle avait sans doute prise dans le bar dévasté du salon.
- Are you lone-some to-night ? Le poivrot revenait à la charge, d’une voix mielleuse de crooner sur le retour.
- Ah ! Je l’aime bien, celle-ci, répondit l’amatrice d’opéra.
Les yeux d’Elvis s’éclairèrent : ce fut, jamais, le seul accès de conscience que je lui connus.
- Tu connais la Grèce, chérie ? Tu voudrais que je t’y emmène ?
- J’adorerais, oui, répondit Carmen, innocente.
Un feu se déclarant dans le salon, je n’en appris pas plus sur la question. Théodore avait pris très au sérieux sa proposition de jouer aux Kapla avec les lattes du parquet, il les avait soigneusement démontées et superposées pour reconstituer le World Trade Center. Par souci de réalisme, seulement, il y avait mis le feu, pour voir s’il s’effondrerait par le fondement, comme le vrai. Sans me fier à ses insultes («Suppôt du grand Capital ! » Je supposai qu’il avait entendu ça dans un feuilleton radiophonique…), j’étouffai l’incendie avec le plaid du canapé et contemplai l’étendue des dégâts : l’appartement était en ruines. Je ne sais qui avait joué au morpion avec la baie vitrée de la chambre des enfants, alignant quatre carreaux cassés en diagonale. Les fleurs séchées, n’ayant plus d’armoire pour y reposer, baignaient dans le sang, le vomi, l’alcool répandu et les mégots de cigarettes écrasés à même le sol…
Re-Re-Dring. Cette fois, Madame M., le haut du crâne bandé, n’était pas venue seule.
- Commissaire Faroux. Vous êtes en état d’arrestation, pour tapage nocturne et, dit-il en contemplant le corps de Bébert et l’entrée sens dessus-dessous, voie de faits et destruction de bien d’autrui.
Deux agents rentrèrent dans l’appartement, évacuèrent Bébert toujours inconscient, Estève endormie, Bouvard et Pécuchet qui voulurent leur piquer leur képi, Manu qu’ils durent extirper, avec difficulté, du lit d’enfant démonté dans lequel il s’était quand même assoupi, Fredo et la greluche qui ne se parlaient même plus une fois leur affaire consommée, Théo et Dédé qui négocièrent de pouvoir amener l’absinthe qui n’était pas terminée.
Il en manque encore. Madame M. avait l’œil : son passé pendant la guerre, peut-être ?
Des coups répétés contre la porte des toilettes et des gémissements étouffés indiquèrent aux policiers où se cachaient les manquants. D’autant qu’Elvis, en pleine action, ne les avait pas entendu venir.
- On n’est pas mieux qu’à Mikonos, là, hein ? Je t’avais pas promis que j’t’y emmènerai en Grèce, hein ?
Faroux ouvrit la porte des toilettes sur lesquelles Carmen et Elvis se livraient à une chevauchée mythologique, Aphrodite et Dionysos réunis. Ce n’était pas encore ce soir qu’on allait l’emmener à l’Opéra… Ils sortirent penauds et suivirent les policiers sans mot dire, dégrisés.
- Commissaire, il faut que je vous parle, dis-je d’un ton grave.
J’ai obtenu du commissaire, après de longues explications, de rester dans l’appartement et de ne me constituer prisonnier qu’après l’avoir nettoyé. En contrepartie, je lui laissais Estève, le temps qu’elle dégrise et je restais sous l’étroite surveillance de Madame M. Dubitatif au début mais empathique au fil et à mesure que je lui racontais l’histoire de la soirée, Faroux me donna deux jours pendant lesquels, m’a-t-il dit, il garderait ma femme à vue, prétextant ma disparition et la menace que Bébert l’embrouille ferait peser sur elle pour se venger de moi. Deux jours pendant lesquels, m’a-t-il dit, je devrais remettre l’appartement en état avant que les Applagnat-Tartet reviennent.
J’ai commencé par balayer les débris, relever les armoires échouées, ramasser les mégots, éponger le vomi dans le salon et le cassoulet-Mousline-urine dans la cuisine, faire un sac du verre brisé, trier les disques détruits de ceux récupérables, ré étêter les poupées, photographier les peluches martyrisées pour les acheter à l’identique. Je suis descendu vider les premières poubelles sur la pointe des pieds, j’ai juste vu le Judas s’entrouvrir : la Kommandantur tenait son rôle, il n’y avait, là-dessus, aucun doute à avoir…
Dès potron-minet, je traversai l’Avenue Félix Faure et demandai aux portugais de me trouver un carreleur : sept d’entre eux, ça tombait bien, l’étaient et n’étaient surtout pas contre un petit travail de reconstitution. J’en laissai deux dans l’appartement, qui refirent la mosaïque (Ah ça, Monsieur, il va manquer des pièces, et puis du comme ça, on peut vous en trouver mais ça va vous coûter un p’tit supplément !) et appelai sur leurs conseils un de leurs cousins vitrier : je pris les dimensions des vitres de la cuisine et du couloir, des miroirs, des cadres de photographies, les commandai par téléphone et, mais ça va vous coûter un p’tit supplément, obtins de lui qu’il vienne les déposer dans la journée.
Bastion, le menuisier de Villeurbanne, vint prendre la mesure des dégâts et des meubles à refaire : un vaisselier, le meuble du four, deux armoires, un lit adulte, deux lits enfant, un parc et un lit bébé, des tringles à rideaux, des lattes de parquet à dénicher.. Il pourrait faire ça en deux jours, oui, mais avec un ouvrier, en y passant la nuit et…
- ça va me coûter un p’tit supplément, c’est ça ? Faites ! De toute manière, je n’ai pas le choix.
Mes trois ouvriers - auxquels allaient s’ajouter l’apprenti du menuisier et le cousin du cousin des deux portugais, plombier de son état et qui allait, contre un petit supplément, refaire les toilettes descellées et la douche fendue – à l’œuvre, je fonçai au centre commercial commander et faire livrer pour le lendemain une machine à laver et un sèche-linge du même modèle que ceux que Bouvard et Pécuchet avaient mis en pièce, trouver les modèles de peluche qui manquaient chez le marchand de jouets, commander une nouvelle télévision, un ordinateur, une imprimante qu’on viendrait m’installer dans la journée, acheter un stock de livres de biologie – collège et lycée – chez le libraire, trois lampes dans un magasin de décoration…
En rentrant dans l’appartement, je demandai à Bastion de me donner le numéro de sa fille, qui faisait les Beaux-Arts, déclinant poliment la proposition du cousin du cousin du portugais qui, m’apprit-il, avait un cousin qui peignait bien, et pas seulement en bâtiment. Il fallait que la fresque des toilettes soit refaite, ainsi que les deux tableaux – les Alpes et le Matisse. Evidemment, elle n’accepta qu’à la condition que son copain soit de la partie et, comme pour tout travail de restauration, contre une somme conséquente : un peu plus qu’un petit supplément, mais l’Art, c’est l’Art, n’est-ce pas ? Il me restait à contacter une collègue de SVT pour qu’elle m’aide à déchiffrer et recopier les cours qui n’avaient pas survécu à l’éventration des cartons de rangement, une couturière pour refaire les rideaux et le plaid du canapé, canapé que je négociai au show-room d’en face sans obtenir grand-chose d’autre qu’un avoir sur un prochain achat de convertible. J’étais pressé, je cédai, d’autant plus qu’il pouvait livrer dans l’heure.
Dans l’allée, Madame M. ne m’accorda pas un regard : ça tombait bien, il fallait encore que j’aille faire la liste des ingrédients à remplacer dans le placard de la cuisine, commander un vélo d’appartement qu’on ne me livrait que contre supplément, recruter un électricien – un cousin du plombier – pour refaire l’installation du bureau et remettre des appliques. Je vidai encore trois énormes sacs-poubelles de détritus et gravats divers, achetai du désodorisant pour évacuer l’odeur de vomi et de saleté, considérai qu’il n’était pas suffisant et le remplaçai par du Chanel 5. Partout, dans l’appartement, on travaillait et l’ensemble prenait forme : ce désordre-là avait une fin.
J’obtins des ouvriers, contre la rallonge promise, qu’ils restent la nuit mais qu’ils fassent le moins de bruit possible : on feutra les marteaux, on mit des silencieux aux visseuses, on ne parla quasiment pas. J’ouvris et installai le maximum de mes achats de la journée, substituant à chaque objet cassé son double presque identique : je pris le soin de frotter un peu les chapeaux de lampe, plaid et autres sous-verres, qu’ils retrouvent un peu de leur usure initiale. Chaque élément remplacé, après vérification, partait dans une poubelle, en attendant que, le lendemain, je puisse aller à la déchetterie ; ne pouvant les entreposer devant la porte par crainte que Madame M. rompe le pacte de non-agression, je les descendais un à un dans le coffre de ma voiture sans faire de bruit, sans prendre l’ascenseur… Au bout d’une nuit de voyages, l’espace se libérait dans l’appartement, qui prenait forme humaine. J’eus à faire à une grève sauvage du personnel, qui dura dix minutes, l’espace d’une augmentation substantielle en liquide, la promesse de repas conséquents commandés le soir chez un traiteur, de petits-déjeuners complets servis sur le lieu de travail le lendemain, et d’une prime de résultats si l’ensemble était terminé dans les délais.
J’accordai tout et, quarante-huit heures après le chaos, l’appartement était impeccable : tout était en place, on eût dit qu’une intervention divine avait eu lieu : vu que ça m’avait coûté autant que la réfection de la Chapelle Sixtine, rien d’étonnant, pensai-je, mais enfin, le miracle avait pris corps, là, juste en face de moi.
Je congédiai mes employés, contre la prime due mais sans céder à une énième demande d’augmentation ; en conséquence, je dus descendre seul les sept derniers sacs de gravas, Madame M. ayant bloqué l’ascenseur au rez-de-chaussée sous prétexte de courses qu’elle n’allait pas tarder à monter. Je fis trois voyages à la déchetterie, dus trier seul les débris qu’on ne me permit pas de jeter d’un bloc. Au retour du dernier voyage, il était plus de seize heures. J’allais devoir me constituer prisonnier, échanger ma captivité contre celle d’Estève. Au commissariat, Faroux me reçut en premier, m’expliqua que mon épouse était morte de peur pour moi, qu’elle n’avait, par contre, aucun souvenir de la soirée de l’avant-veille, sauf des verres de champagne qu’elle avait, selon ses dires, consommés en trop grand nombre. Il me raconta que Bébert l’embrouille, sitôt revenu à lui, s’était battu avec les policiers dans le fourgon et qu’il avait été transféré directement en prison. Il appela devant moi Madame M. qui dut concéder, à son grand dam, que l’appartement était impeccable : il lui avait laissé un double des clés, qu’il avait prises de son chef le soir de la descente. Je n’aurais qu’à m’acquitter de l’amende pour tapage nocturne, les autres chefs d’accusation devenant caducs par les faits reprochés à Bébert et par la remise en état de l’appartement.
- Par contre, votre voisine, la vieille dame, maintient sa plainte et demande des dommages et intérêts pour blessures, privation de sommeil et harcèlement, dit-il, l’air un peu désolé.
Estève fut ravie de me retrouver mais s’inquiéta de mon air fatigué : je prétextai la fatigue du déménagement, les tensions liées à tout ce dont on doit s’occuper dans ces cas-là ; vraiment, elle ne se souvenait de rien, me parla de Bébert et, sitôt rassurée sur son avenir carcéral, me demanda si on avait bien fini, l’autre soir… De retour à notre domicile d’emprunt, elle n’eut pas un regard pour tout ce qui avait été patiemment reconstruit. Sur le seuil de la cuisine, à l’angle de l’alcôve de Victor et de la chambre parentale, elle dit seulement :
- C’est super bien rangé chez Béné, c’est nickel, vraiment.
Nous sommes partis faire quelques commissions ; elle aurait le temps, par la suite, de comprendre, au vu des factures acquittées, quelle avait été la tenue de la soirée chez Applagnat-Tartet… A notre retour, l’épicier afghan, sur le trottoir, nous interpella :
- Ils sont revenus, vos proprios ! Ce soir, vous couchez chez moi !
- Déjà ? répondit Estève, tout à son angoisse qu’ils trouvent l’appartement en désordre.
Sur le pallier, deux grosses valises noires traînaient, sous le regard noir et judaïsé de Madame Moreton. Je poussai la porte, inspirai un grand coup et lançai à la cantonade :
- Alors, comment c’était, l’Egypte ?
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14.07.2008
déménagements...
Grande période de silence, là, ces prochains jours. Je m'essaie à de la musculation intensive en portant cartons et machines à laver d'un appartement à un autre. Comme si ça ne suffisait pas, je le fais chez d'autres aussi...
Je reste connecté par intermittences jusqu'à jeudi; silence radio, ensuite, jusqu'à mi-août, le temps de la vacance et de la réinscription à un opérateur quelconque.
D'ici là, portez-vous bien! Je reviens très bientôt.
Bises.
07:21 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.07.2008
Au temps pour moi!
L'Inoxydable Christophe Simplex, historien du rock lyonnais, épistémologue émérite, m'a confonfu aujourd'hui entre deux cartons! Il a repéré l'anachronisme dans Tébessa que ni moi, ni mon éditeur n'aurions pu soupçonner: à un moment donné, quand Gérard doit prendre la mitrailleuse ("l'arrosoir") à la suite de celui qui vient de perdre la vie, il fait référence au troisième remplaçant de l'équipe. Or, à cette époque, il n'y avait aucun remplacement dans les équipes: pour preuve, en 1958, en demi-finale contre le Brésil, Jonquet eut la jambe cassée (volontairement? la question se pose encore...) par Vava et la France joua à dix, le pauvre Jonquet devant se limiter à de la figuration...
J'ai donc commis une erreur importante et la contrition étant honnie par notre omniprésident, je m'y adonne pleinement et sans regret.
Pour expier mes fautes, j'assisterai à plus de concerts, dans ma vie, de Deuce que de Carla Bruni, d'une part, et je m'engage dès maintenant à écrire l'album de la maturié dudit Inoxydable, lequel, pour être supporter de l'Olympique de Polionnay, n'en est pas moins, la preuve est là, un homme de sens. Au moins, je m'engage, avant la fin de l'été, d'apporter ma pierre à l'édifice multiple d'Esther Appertine...
21:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Les rediff' de l'été (3)
Paroles & Musiques: Laurent Cachard / Eric Hostettler

En attendant que la "balade d'hiver" se termine et que j'aille pousser la chansonnette pour mes 40 ans...
« Balade d’Hiver »
A force de balades sur les quais de ma ville
Je retrouve peu à peu ce qui m’avait manqué
Des images de toi, puis de moi sur le fil
Des amours infinies, éternelles et passées
Nous déambulerons par ici, par les rues
C’est ce que tu disais, juste avant d’arriver
Nous irons voir ensemble les jardins suspendus
Autant de ces futurs qu’on conjugue au passé
Pas plus de souvenirs que d’amers regrets
On n’est jamais vraiment que ce qu’on a été
Pas plus de repentirs que d’hivers à quai
On apprécie l’instant, c’est ce que tu disais
Les délices du froid sur mon âme engourdie
Ramènent à mon cœur l’illusoire prémisse
De nos emballements, du secret de nos vies
Des serments établis, des errements qui s’esquissent
Sur les quais d’une ville que tu n’as fait que fuir
Des images de toi, ça et là parsemées
Des échos de ta voix que ma mémoire émet
Quand mon émoi renaît parce que l’absence empire
Pas plus de souvenirs que d’amers regrets
On n’est jamais vraiment que ce qu’on a été
Pas plus de repentirs que d’hivers à quai
On apprécie l’instant, c’est ce que tu disais
Voilà combien de temps que ce conte d’hiver
Arraisonne mon cœur, harponne ma raison
M’éconduit sur le seuil des amours délétères
Et règle son pas sur les pas des passions
Combien de quais franchis dans les aubes glaciales
Suivant des crépuscules qui n’en finissent pas
Les quais sont tous les mêmes, et le vide abyssal
Ne m’emmène jamais que vers d’autres que toi.
Pas plus de souvenirs que d’amers regrets
On n’est jamais vraiment que ce qu’on a été
Pas plus de repentirs que d’hivers à quai
On apprécie l’instant, c’est ce que tu disais
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11.07.2008
La partie de cache-cache
Cet été, je me consacre à l'écriture de la deuxième partie d'une "partie de cache-cache" après laquelle je cours depuis...2002! Quelques jours à Bourges, d'autres à Vence et quelques nuits consacrés à l'exercice sous la lumière de la Toscane devraient me permettre d'avancer. Depuis "Tébessa", de toute manière, je sais qu'il faut écrire les blocs et ensuite les affiner. "La partie de cache-cache", pour la tension qu'elle contient, n'échappera pas à cette règle.
Je livre ici, en avant première, l'incipit de ce roman:
" Ils ne me trouveront pas. Depuis qu’elle a commencé, je suis le roi d’un lieu qui ne me livrera jamais. Ils peuvent bien les arpenter, les recoins de la maison et du jardin, aller jusqu’au bois, ils ne font que passer alors que je suis sur mes terres, qui m’ont intégré. Je ne ferai pas un geste. Jusqu’à ce qu’ils se lassent, qu’ils repartent. Je ne leur parlerai que demain matin, à l’école, juste en bas des escaliers, s’ils veulent encore de moi. Sinon, ils auront au moins compris qu’on ne propose pas un jeu pareil quand on n’est pas capable de se mettre au niveau. Qu’en matière de cachettes, je pourrais leur en apprendre longtemps encore, s’ils le désiraient. Mais ce n’est pas ce qu’ils veulent : ils veulent jouer, se cacher pour être découvert. Un enfant qui joue à cache-cache se fatigue de ne pas être remarqué, ou alors c’est l’angoisse qui le fait sortir de sa tanière. Ils ne savent pas, mes petits camarades, que ces jeux de gamins ne sont plus pour moi. Mais puisque c’est mon anniversaire aujourd’hui, je vais m’offrir une longue séance de silence, de respiration imperceptible, d’immobilité complète ; je ne suis pas plus en mouvement que les feuilles du laurier qui couvrent la remise : les insectes peuvent se poser sur moi, je n’esquisserai pas le moindre geste. Cette planque là n’est pourtant pas la plus introuvable, pas forcément le meilleur endroit. C’est une première étape dans la partie de cache-cache, celle qui permet de voir venir, les voir s’agiter, ne pas savoir par quel côté entamer les recherches ; qui permet d’inverser les rôles, d’être le maître du temps : le traqué devenu traqueur. Ils me cherchent, mais c’est moi qui me joue d’eux, qui les manipule à ma guise. Les endroits où ils me cherchent sont ceux où eux se seraient cachés, pas moi. Ils le savent, mais ne veulent pas le reconnaître. "

Photo Jean Frémiot - Tous droits réservés.
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09.07.2008
Les rediff' de l'été (2)
Après xième visionnage à l'Institut Lumière il y a quelques jours, je ressors ici l'article rédigé pour "le Cheval de Troie" sous le pseudonyme - que les lecteurs de Tébessa reconnaîtront - de Philippe Giraud.
http://xavier.rockenstrocly.free.fr/
qu’il a consacré au livre de Henri-Pierre Roché immortalisé par François Truffaut. « J&J », c’est d’abord l’histoire des amours croisées de HPR, de Helen Hessel et de son mari Franz, dans les années 20 à 30. C’est aussi un pacte littéraire que seuls Helen et Henri respecteront, la même passion vue par ses protagonistes : Henri-Pierre écrira ses Carnets, Helen tiendra un journal plus rétroactif que linéaire dont Henri-Pierre se servira pour écrire son J&J, premier roman d ‘un septuagénaire qui s’inscrit de fait dans la lignée des artistes qu’il aura, en collectionneur, côtoyés sa vie durant.
Rien à dire, donc, sur l’œuvre elle-même, davantage pourtant sur sa portée. « Jules et Jim », c’est, depuis 1966, plusieurs générations de contre-culture, d’abord, trente années cette année à préférer Jeanne à Brigitte, Moreau à Bardot. Trente années cette année passées à se connaître, se reconnaître, se perdre de vue, se reperdre de vue. Trente ans, enfin, à se demander si la Penthésilée de Kleist a eu raison de celle de Troie, la bien nommée ici : de la Reine des Amazones - que seul Achille put vaincre et dont on dit qu’il en tomba amoureux juste avant qu’elle rende l’âme - il ne reste que le destin tragique, inscrit dans la mythologie. Kathe, pourtant, figure centrale du roman de Roché, n’a rien perdu de son « actualité », Penthésilée non plus : en lisant « Jules et Jim », on se rend compte un peu plus encore qu’on ne maîtrise rien de son destin, et qu’on ne s’en accommode qu’en le déterminant. Ce premier roman d’un homme qui, dit Xavier Rockenstrockly, « a vingt ans lorsque commence le XX° siècle », n’est écrit que dans le cours de sa soixante-quatorzième année : c’est davantage l’œuvre mûre d’un homme que l’œuvre d’un homme mûr, pourtant. Lui a-t-il fallu ce temps-là, à HPR, pour rendre compte des amours triangulaires ou s’en est-il servi, de ce temps-là, pour polir un roman qui n’a de romanesque, au final, que l’arrangement qu’il se fait d’une même réalité vécue par trois de ses protagonistes. Belligérants, devrait-on dire, sans pour autant qu’il soit ici question de guerre : la vraie, la Grande, Roché l’a éludée dans son roman, ellipse que Truffaut et Jean Gruault, son scénariste, traduisent par un sonore et tardif « Alors, crapule, vous avez gagné la guerre ! » que Jules adresse à Jim en guise de retrouvailles. Non, pas même la guerre lasse que deux hommes pourraient se mener pour conquérir une femme… Une guerre silencieuse, pacifique, qui n’est une guerre pourtant que parce qu’on sait qu’il y aura des victimes : la première partie, éponyme, du roman de Roché montre que les deux amis ne sauraient se dissocier. La troisième et dernière, « jusqu’au bout », ne prend son sens que parce que Kathe et son « sourire archaïque » (le même que Jules et Jim avaient trouvé sur une statue en Grèce, qu’ils s’étaient juré de suivre s’ils devaient le rencontrer, ce qui arriva et ce qu’ils firent donc) s’est immiscée dans l’histoire. Dans les premières années du siècle, quand Jules et Jim se rencontrent, les femmes les rejoignent, elles se succèdent à leur table et parfois dans leurs lits, sans qu’aucune ne s’impose. Jusqu’à l’évidence de Kathe, qu’ils vivent ensemble et partagent forcément : l’évidence, pas la personne. Le génie du roman, dit Truffaut, c’est que Roché, qui n’écrit que parce qu’il ne peut plus vivre, profite de ce recul de cinquante ans pour dédramatiser des événements qui furent douloureux (les doutes, les séparations, les menaces, tous ces éléments guerriers) et les inscrire dans une morale dont la dernière phrase du roman est, paradoxalement, la mise en exergue : «Mais ce n’était pas permis. » .

Qu’est-ce, alors, que la morale réprouve tant ? Qu’une femme aime deux hommes et s’interdise de choisir ou que deux hommes aiment la même femme sans s’en vouloir ? « Cela arrive-t-il en amour ? » se demande Jules quand les deux autres s’en sont allés. Comme s’il devait se convaincre de ce qu’il a vécu : quand Achille plante sa lance dans le cœur de Penthésilée, que celle-ci le regarde dans les yeux, lui tombe amoureux et elle s’efforce en vain, si l’on en croit l’amphore à figures noires d’Exékias (530 av. J.C), de le frapper encore. Ce que la Penthésilée de Kleist, l’héroïne préférée de Kathe (« qui massacre avec frénésie un Achille désarmé et pantelant d’amour pour elle », II, 5) ne rate pas, elle ; dans la tragédie romantique, Penthésilée est prise d une violente passion pour Achille, qu’il ressent aussi : plus ils s'aiment, plus ils se combattent et plus ils se combattent, plus ils s'aiment. À croire que Roché, en « artiste qui n’exerce pas » (Truffaut), est allé chercher chez Kleist l’incompris, rejeté de Goethe, soupçonné d’espionnage, suicidé à 34 ans avec sa femme, le pendant de celui qu’il fut dans « ses années chastes et dans ses années folles » (les appellations sont de Xavier Rockenstrockly), quand il fut l’amant de Marie Laurencin avant de rencontrer Franz puis Helen puis les deux. À croire également que le livre, écrit en quarante jours puis poli, laisse vivant le seul mort des trois dans la vie, au moment où il paraît, et tue les deux vivants. À croire enfin que le rapport à l’épée, dans le roman, dépasse les stades conjugués du symbole, de la synecdoque et de la stichomythie : « celui qui frappe avec l’épée périra par l’épée », dit Jules à Kathe à un moment du livre ; « ils s’étaient porté et se portaient de grands coups d’épée », pense Kathe de Jim un peu après. Des coups que ne contrecarrent pas toujours les sourires gracieux qu’ils se donnent aussi…
Ce qui fait de Jules et Jim, le livre, un roman à part, c’est sans doute bêtement ce qu’il provoque chez le lecteur. Quelque chose entre l’absolu et l’impossible, là où Kleist, l’homme, s’est justement arrêté. Il faudrait pouvoir attendre cinquante ans pour écrire sur ses amours, il faudrait, comme Roché, avoir compris que « le temps n’est plus pour un écrivain de créer des types merveilleux et divers, il est davantage de se créer soi-même et de s’exposer, simplement » (in « Autobiographie », texte de 1903). Soit, comme lui, avoir un siècle d’avance tout en en prenant un demi de retard.
Et Truffaut, là-dedans ? Quand il répond à Michel Polac en 1966, le cinéaste avoue d’abord son amour pour le livre, qu’il a découvert par hasard chez un bouquiniste, attiré par la sonorité du titre. Il admet que si son film n’en est pas « une trahison », l’œuvre littéraire est plus complète, entre la préciosité et l’extrême simplicité, privilège de l’âge et du recul pré-cité. Ce qu’il ne dit pas, en revanche, et ce qui fait de son œuvre à lui une œuvre elle aussi autobiographique : celle de son amour pour Jeanne Moreau, la Kathe devenue Catherine du film. Ce faisant, il s’inscrit dans le cycle des traitements pluriels de la même histoire : les carnets de Roché, les carnets d’Helen, le livre de Roché, le film de Truffaut Les anecdotes de tournage sont désormais connues : Rezvani qui emmène le « Tourbillon », Truffaut qui filme Jeanne alors que son ex-mari est sur le tournage, Jeanne qui dira plus tard, avec pudeur, que dans Jules et Jim, entre deux improvisations, « il y a eu des mouvements de caméra provoqués certainement par moi devenue Catherine »(2)…Il est plus intéressant de constater que Truffaut et Gruault ont découpé et déplacé des choses que de s’apercevoir qu’ils en ont délaissé : on trouve ainsi dans le film des répliques des Deux anglaises et le continent (le deuxième et dernier roman d’HPR) dont la phrase en pré-générique : « Tu m’as dit je t’aime, Je t’ai dit attends, J’allais dire prends-moi, Tu m’as dit va-t’en ». On trouve des contresens, volontaires : Jim supplée Jules dans certaines scènes, à moins que ce ne soit l’inverse. L’histoire des lettres à Lou, d’Apollinaire, est racontée dans le film, également : Truffaut inclut des éléments de son univers, il s’approprie ces règles de l’amour réinventées, les applique à une histoire plus légère selon lui que celle que le livre rapporte. Peut-être parce que l’exigence propre à la morale que Jules et Jim se sont inventée (une morale qu’ils modifient au fur et à mesure, dit Truffaut, et dont l’énorme qualité est qu’elle vient d’eux et pas de l’extérieur) n’est pas adaptable au cinéma, comme il l’a pensé dans un premier temps de l’œuvre de Roché : on n’oscille pas, en général, entre l’amitié et l’amour, dans la vraie vie. On n’éprouve pas non plus de soulagement quand les deux êtres les plus chers qu’on a meurent en même temps dans la même tragédie : c’est pourtant ce qui arrive à Jules, étrangement. « Il n’aurait plus cette peur qu’il avait depuis le jour où il connut Kathe, d’abord qu’elle le trompât – puis seulement qu’elle mourût, puisque c’était fait.». Henri-Pierre Roché pensait faire les dialogues de l’adaptation de son roman : sa mort et le fait que Truffaut tourne d’abord « les 400 coups » l’en ont empêché. Ou libéré : c’est ainsi que le roman de la vie d’un homme trouve un écho, une continuité, quitte à ce que celle de l’homme qui aimait les femmes s’y substitue partiellement. On comprend que Truffaut dise qu’il est heureux d’avoir contribué à faire connaître une œuvre qui, sans lui, serait restée anonyme, très certainement. Il n’aurait manqué que cela, qu’il l’enterrât une deuxième fois. Ce ne sont pas des choses qu’on pense, encore moins que l’on dit. C’est cela, oui, en réalité. On le pense, mais on ne le dit pas : ce n’est pas permis."
Philippe Giraud
(1) « Henri-Pierre Roché. Profession : écrivain », Thèse présentée par Xavier Rockenstrocly,
sous la direction du Professeur Claude MARTIN, Université Lumière-Lyon II, 1996
(2) in le roman de François Truffaut, Ed.de l’Etoile / Cahiers du cinéma, 1985
en cadeau, un morceau oublié de Jean Bart, hélas exhumé par Françoise Hardy en duo avec... Alain Delon, où l'on entend, à la fin, Jules répliquer à Catherine qui traduit "les affinités électives":
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08.07.2008
les portraits de mémoire
Je tâtonne encore un peu du blog, il faut dire... Je voudrais mettre en ligne la collection déjà conséquente de portraits que j'ai rédigés de certain(e)s de mes ami(e)s, mais ce n'est pas lisible dans la galerie de photos. Je vais en placer quelques uns ici, ensuite, on verra :



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les rediff' de l'été
Article paru en avril 2006 dans "le Cheval de Troie" et retrouvé au gré de mes humeurs:
"Je vais faire l’article d’un livre qui est là sur mon bureau, que je viens à peine de finir. Seulement. Procrastination, comme écrit dans l’édito ? Pas vraiment, en fait. Contrairement à ce qu’il est habituellement salvateur de faire, j’ai pris le temps d’écouter l’auteur parler de son ouvrage ; les occasions n’ont pas manqué, il faut dire : pas un jour, en ce moment, sans que l’on parle de Pascal Quignard, pour son « Villa Amallia ». Pas un jour, pas une émission sans que l’auteur de « Vie secrète » vienne nous parler d’Ann Hidden, son héroïne, qui veut qu’on l’appelle Ann et non plus Anne, encore moins Eliane. Une femme qui disparaît ou plutôt qui « veut éteindre la vie qui précède »,. Une femme dont Gilles Anquetil, du « Nouvel Obs » (2 mars 2006) dit qu’on tiendra peut-être d'elle « le mot d'hiddenisme, pour dire qu'on peut s'enfuir sans lâcheté, emporter avec soi sa douleur, et revenir enfin dignement blanchir sur les lieux du deuil. » S’enfuir là où il y a de l’eau, comme souvent chez Quignard : beaucoup d’eau. Des fleuves, des océans, des mers, mais aussi des piscines, s’il le faut… Qu’en fait-il, Quignard, de son héroïne cachée, privée par le fait d’un simple adultère de cette conversation à laquelle elle croyait, et dont lui, pour Terrasse à Rome, écrivait qu’elle s’adressait « à un seul être, auquel tout ce qu’on vit est dédié »? On sait tout, déjà, de cette femme de quarante-sept ans qui bascule sur une image, un jeu d’ombres, celles de l’homme qu’elle pense aimer qui enlace une autre femme qu’elle dans les reflets mordorés d’un laurier. Qui organise méthodiquement son départ, trouble les pistes, s’appuie sur Georges, l’ami retrouvé au moment même où sa décision prend corps (ce qui, chez Quignard, fait sens : Ann Hidden passe du corps noué de sa première vie à l’alanguissement de sa vie secrète, doublé d’une métamorphose physique dictée par le mouvement et la baignade), va jusqu’à quitter ses pianos sans même leur consacrer la cérémonie rituelle et familiale (« Elle se dit qu’il lui fallait désormais jouer partout l’adieu sans le savoir »). Elle arrive à Ischia, Ann Hidden, différemment de Gaspard à Ouessant. Là où le héros romantique de Rohmer (dans « Conte d’été ») vient se réfugier des amours et contingentes et nécessaires –ce qui forcément les rend inextricables : Gaspard a invité Léna, Solenne et Margot sur l’île, indépendamment les unes des autres, sans imaginer qu’elles pourraient toutes accepter– Ann alanguie ne se reconstruit pas, elle se réinvente, elle rencontre Amalia qui la fera lui succéder dans des murs qui ne demandaient qu’à être habités de nouveau et qu’elle abordera comme un amour nouveau. Evidemment, la question posée par Quignard est celle de la renaissance : Ann se découvre autre mais n’est jamais que ce qu’elle était sans se laisser l’être, le refrain est connu : « Je pense qu’il y a en moi un fond d’obstination passive qui a fait le malheur de ma vie ». Quand elle se met à fuir la mort (celle, à venir, de sa mère vieille, de son ami malade), elle n’est pas seulement la rédemptrice de sa propre existence, elle épouse les éléments qu’elle ressent jusqu’à y « participer », jusqu’à l’impression, écrit Quignard, « de vivre au cœur de la mer ». De l’abandon à la conscience, la palette des ressentis est large, chez Ann comme chez Gaspard, son pendant adolescent. Rien de moins illusoire que de penser refaire sa vie, et pourtant…

Quel lien, alors, entre une femme entre deux âges qui fuit une existence qu’elle a laissé s’échapper et un jeune homme qui découvre sans badiner qu’il peut, comme le lui dit Margot, sa confidente – qu’il aura embrassée une fois, quand même, comme Georges embrasse Ann ; ce à quoi Margot lui rétorque, ironiquement : « Comme ça, tu ne pourras pas dire que tu as entièrement perdu ton temps avec moi. » - qu’il peut se réaliser à moitié s’il ne le peut pas pleinement (« Tu arriveras peut-être aux trois-quarts d’existence, avec un petit effort ! »). L’idée qu’il y a toujours un lieu qui représente l’infiniment lointain, fût-il proche dans l’espace. L’inatteignable, aussi, est une thématique commune : la villa Amalia, perchée à flanc de colline, Ouessant, au bout de la fin de la Terre. Pas étonnant que cette même Margot propose à Gaspard de l’y accompagner un jour - « plus tard, si ça n’a pas marché » - mais en hiver -« c’est la meilleure saison ». Les musiques d’écriture, également, s’apparentent, paradoxe à part : Rohmer part de la parole pour parvenir au silence, celui d’un Gaspard qui finalement partira seul à Ouessant ; Quignard, lui, plus avancé dans l’âge de ses personnages, part d’un silence qui s’impose (quand il n’y a plus rien à dire) pour aboutir à un autre qui se crée (« les bruits s’anéantissaient tant leur présence possédait d’ascendant ») et parle de lui-même, c’est différent. Dans les deux cas, les éléments prédominent, les existences sont rendues à leur vacuité et la musique s’élève : c’est le monde intérieur que Ann Hidden confie, « une ouverture obscure » par laquelle le corps prend « l’habitude de passer, quitter la terre, quitter l’espace externe » :
-Car tout dans la nature, les oiseaux, les marées, les fleurs, les nuages, le vent, les heures des étoiles, dit au temps son temps, expliquait-elle à Léna.
Dire son temps au temps. De la Bretagne à Ischia – soit l’exacte parcours de Ann – on peut se demander si Quignard ne dessine pas notre propre départ en nous confiant celui de son héroïne. Tant on sait depuis « Ouessant » - il fallait y venir, comprenne qui pourra - que le voyage intérieur et l’embarcadère sont intimement liés. Ce n’est pas le moindre des échos d’un livre qui a déjà fait date."
« Villa Amalia », de Pascal Quignard, Gallimard
©& ®Photo. & textes : Eric Rohmer, « Conte d’été » (« Contes des quatre saisons, » Les films du Losange / Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma)
01:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.07.2008
Epousailles au Birhakeïmistan!
LA SCENE SE PASSE A LA COUR DE DAOUD 1ER, GRAND EMPEREUR DU BIRHAKEÏMISTAN, EN PLEINE EFFERVESCENCE. LA POPULATION BRUISSE D’UNE AGITATION PALPABLE : C’EST AUJOURD’HUI QUE LE PRINCE CONSORT RUI, GRAND MUPHTI DE LA FRITERIMARTIE, PREND LA GOLEMITE MARION, DUCHESSE DE LA RUDULAQUE POUR EPOUSE.
Le Grand Sultan Daoud
Résonnent les trompettes, vibrent les violons
Le quartier est en fête, qu’on vienne faire ripaille
Qu’on les publie, les bans, car de Rui et Marion
En ce jour radieux ce sont les épousailles !
Dame Estève
C’est faire peu de cas des tenues à porter
En de pareilles fêtes, jusqu’au moindre détail
Au bouton de manchette, il faut que tout soit prêt
Ce ne sont plus, là, non, de seules fiançailles
Dame Isabelle
Nous n’allâmes pourtant nous vêtir chez Hermès
N’avons pas cédé à la précipitation
Si je regarde le carton d’invitation
Je vois bien ces deux noms : Rosenfeld, Rodrigues
Laurent le Janissaire
Dont celui du deuxième respire la sardine
Quand celui du premier fait de Rabbi Jacob
Un allié tout trouvé pour qu’on danse et qu’on dîne
Sans pour autant chercher une marque à la robe !
Le Vizir Dario
D’autant plus qu’on me dit que par un prompt renfort
De cuissards profilés et de joggings rageurs
Ces deux tourtereaux-là se sont sculpté un corps
Donnez-leur des haillons ils paraissent empereurs !
Dame Isabelle
Ah ! Il est loin le temps quand dans l’arrière-boutique
Du marchand de journaux, la gueule enfarinée
Reprenant de son chien plus les sommes que les tiques
Il venait d’un pas lent pour voir ce qu’on voulait !
Laurent le Janissaire
Et quand jusqu’au cinquième résonnait Halloween
Et qu’au petit matin madame Marovic
Sentinelle zélée serbo-monténégrine
L’accablait de reproches, la joute était épique !
Dame Estève
Oui, et quand Marion, de sa voix si fluette
Haranguait les voisins afin qu’ils participent
Plutôt que de subir les si nombreuses fêtes
Qu’en a-t-elle eu à faire des sacro-saints principes ?
Le Derviche Philibert
De cette nostalgie je ne me nourris pas
Et puisque épousailles riment avec festin
Allons donc sur le champ tester nos intestins
Si parler vous suffit, je vous le dis, moi pas !
Dame Isabelle
Allons voir si le vin vient de l’épicerie
Puisque du panier bio Marion est l’égérie
Et si le riz afghan n’est pas bien cuisiné
Vers les bacalhau mon choix va se porter
Dame Estève
Ou vers un matzo brei, là, je l’avoue, j’hésite
Surtout si le serveur fait jouer des tsit-tsit
Comment ? Je me trompai ? Mais les boucles d’Elias
M’ont enduite en erreur : j’ai confondu, hélas !
Le Derviche Philibert
C’est que vous abusâtes un peu du gatao !
De même les princesses, l’orientale et l’ibère
Que vous voyez là-bas, à l’ombre du préau
Ce sont Mathilde et Eve en habits de lumière
Laurent le Janissaire
Tout comme il faut savoir que Ruben n’est pas né
Dans une vieille valise à peine cartonnée
Comme le veut la légende, si tenace pourtant
Qu’on crut qu’à sa naissance, il eut pour premier chant :
La laoulaïlaoutioutiloulilou
Dame Estève
On dit n’importe quoi, par jalousie, surtout !
Et des grands conquérants dont Rui se veut le fils
On ne retient souvent qu’ils restèrent maçons
Et les stéréotypes se fondant sur le vice
On crut longtemps que Rui bâtissait sa maison !
Le Vizir Dario
Ce qu’il arriverait de pire au quartier !
Si d’un coup ces deux-là devaient déménager
On ne quitte jamais vraiment la rue du lac
On y reste attaché, tel Marseille à l’Estaque
Le Grand Sultan Daoud
Mais que dites-vous là ! Ils ne partiront pas
Puisqu’à la différence des rites conjugaux
Les enfants qui les suivent, ils les ont faits déjà
Rien ne les force donc à chercher d’autre hameau
Laurent le Janissaire
Allons donc ripailler puisqu’on nous y invite
Et chantons d’autres chants que ceux-là bafouillés
Allons donc les fêter à grands coups d’eau bénite
Pourvu qu’on y rajoute de l’agua ardente !
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04.07.2008
Des lendemains qui chantent
Excellente surprise hier soir aux Nuits de Fourvière avec le concert de Benjamin Biolay qui, c'est un signe, laisse une impression le lendemain encore supérieure à celle laissée la veille. Très bon concert, donc, d'un être beaucoup plus sympathique qu'il le laisse médiatiquement paraître - un bon point pour lui, déjà! BB, content d'être là, ému peut-être au regard des années qu'il a passées au conservatoire juste au-dessus, a fait le lien en invitant sur scène, en plus de sa formation rock, huit cordes, cinq cuivres et une vingtaine de choristes de son ancienne école. Un peu gauche dans ses mouvements mais alternant les instruments, il enchaîne des morceaux souvent excellents, se perd peut-être dans une reprise non nécessaire ("Syracuse", une façon d'adresser un bras d'honneur au vieux dans l'au-delà?) mais se reprend avec des perles, "mon amour m'a baisé", "Négatif", "Dans la Merco Benz" - devenue Sarko Benz, RamaYade Benz, Rachida Dati Benz, Jean-Louis Borloo Benz... Et revient chanter "les cerfs-volants", que je tiens pour une chanson absolument majeure. Bref, très bon concert, vous l'aurez compris. Je ne dis rien sur Catpower, qui a suivi, pour ne pas heurter mes inrockuptibles d'amis. Mais un des deux artistes avait envie d'être là, hier. Il vaut donc mieux parler de lui.
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