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31.05.2008

Premières vitrines..

Page 88, Lyon 3ème -

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Sur le Net, "le matricule des anges", la revue de Sauremps, libraire à Montpellier:

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29.05.2008

Frémiot & I


1678879438.jpg Jean Frémiot est un photographe de talent. Comme il ne fait et n’a jamais fait autre chose que ce qu’il a envie de faire, le voilà lancé, tel le reporter de guerre en Berry qu’il proclame être, dans « les territoires occupés », ces photos qu’il prend sur des chantiers de lotissements en construction à la périphérie des villes. Chantiers désertés un temps, celui d’une pause déjeuner ou cigarette, laissés tels quels, avec leurs boyaux qui se dévident, les meurtrières que n’ont pas encore comblées les fenêtres qu’on posera une fois les cloisons montées, le toit arrivé. Chantiers laissés à la lumière d’un jour, qui n’aura, une fois occupés, plus lieu d’être. Lieux d’être. Etres en devenir, êtres déposés là, mi-dehors, mi-dedans, dans un entre-deux qui tient et de la relégation et de l’aboutissement. Parce que ces gens, qui vivent là, se vivent dans une forme de réussite, en tout cas, c’est ainsi qu’on le leur a vendu. Ils quittent des quartiers défavorisés, parfois, accèdent – la rhétorique est immobilière – à la propriété. On leur attribue des voisins, des numéros de rue, des places préférables à d’autres. On les laisse, parfois, nommer leur maison, en faire un lieu familier, reconnaissable. Ils ne savent pas qu’ils payent cher leur prétendue indépendance, ils ne savent pas plus que les lieux artificiels souffrent d’un déficit de mémoire et d’histoire que l’éloignement d’avec les lieux de culture ne fera qu’aggraver.

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Du coup, en bon iconoclaste, Jean Frémiot entreprend de les ramener, ces gens-là, au cœur de la ville, jusque dans ses endroits les plus sacrés et institutionnels. Le palais Jacques Cœur, par exemple. Ses boyaux, ses maisons inachevées, il les expose(ra) dans les salles marbrées et boisées du XV° siècle, justes reflets des échafaudages qui, au dehors, relient passé et présent. C’est l’imperfection du monde qu’il donne à voir, dans une geste politique. Parce qu’entre la Ride, « la République des enfants » du Berry dont il est l’agitateur, et « Aux Arts, lycéens » dont il est animateur, le Frémiot ne s’arrête jamais à la dimension esthétique que son art atteint pourtant, avec une évidence de plus en plus perceptible. Il manifeste sa part intime, quitte à ce que le bon Sigmund se retourne dans sa tombe ou sollicite un prêt immobilier pour prendre place dans un garage à maisons des Aix d’Agillon. Il suit toutes les étapes du chantier, attend, parfois des heures, que le rai de lumière vienne adouber un lieu qui redevient, l’instant d’après, tristement mortel. Il vise, focalise sur l’arête du mur qui fait perspective avec le mur de la maison de derrière, celle dont on ignorera l’occupant pour ne pas se rendre compte que sa vie est aussi déterminée que l’est la nôtre.
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Il l’annonce, en filigrane, l’insociable sociabilité dont il sera temps, en d’autres occasions, de discuter. Il l’attribue, en secret, la mécanique des places dont elles seront privées, manque de noblesse oblige. En bon sans-culotte, il va donc la chercher là où elle est, la noblesse : Jacques Cœur demain, Chambord, peut-être, bientôt. Il réinstaure l’entrée de service qu’on trouve encore dans les appartements des immeubles bourgeois mais plutôt que de veiller à ce que les invités ne le voient pas, il fait une entrée fracassante et comble du lèse-majesté, c’est lui qui invite ! Après les grands anciens, dont Bambagioni, il entre en force dans des lieux qui ne l’auraient jamais reconnu si ses photos ne l’avaient pas précédé, si elles ne parlaient pas d’elles-mêmes. L’arrière-scène, les coulisses, rien de cela ne sied vraiment aux rites millimétrés des cérémonies protocolaires : il faudra bien, pourtant, qu’ils s’y habituent, ces monuments historiques, à ce que l’objectif du photographe ramène à ce qui ne se voit pas, souvent parce qu’on ne veut pas le voir.
Reporter de guerre en Berry, disait-il donc : c’est là que l’action opère, que sa finalité s’annonce. Les dommages collatéraux, les propagandes, les mensonges d’Etat, tout est contenu, avec violence, dans les grands formats et diptyques qu’il nous assène. Qu’il choisisse un lieu sacré pour cela n’est rien d’autre qu’une forme supplémentaire de la manifestation, de la revendication. On regarde autrement, après, les successions de toits identiques qui fleurissent au bord des nationales, ces petits hameaux auto-suffisants qui excluent en prétendant intégrer. On se demande si on y vit vraiment quand on les vend pour y vivre bien...
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Jean Frémiot s’inscrit dans la réversibilité, en montrant ce qu’on ne voit jamais : celle des lieux, celles des êtres, celles des vies bien calmes. Et comme, en chef de bande, il n’agit jamais seul, c’est moi qu’il emmène avec lui dans ses aventures artistiques : moi qui serai chargé d’écrire le cahier du Palais Jacques Cœur, aux Editions du Patrimoine. Moi qui vais devoir trouver les mots pour dire cette sociologie qu’il fait plus qu’induire mais à laquelle il n’ajoute rien d’autre que ses photos. Moi qui suis obligé d’en rajouter là où tout est déjà dit. En 2001, déjà, il me contraignait à écrire des « Confidences » (voir l’album ci-contre) en vingt secondes. Lui et moi savons ce que ça a donné. « Les territoires » à venir sont explosifs. Vous ne viendrez pas dire qu’on ne vous aura pas prévenus...

Un dossier textes & photos ici : Dossier-Jean-Fremiot.pdf

Photos - Tous droits réservés
Photo de J.Frémiot : Jean Cormon

28.05.2008

la panthère noire (et verte) dans les 23!

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27.05.2008

A l'affiche du CIFA STDenis...

J’ai le plaisir, d'ores et déjà, de vous inviter à une soirée exceptionnelle au cinéma CIFA St-Denis*
le 18 juin 2008 à 20h30
dans le cadre d’une soirée :

« Histoire, Mémoire & fiction »,

Au programme : 394904919.jpg

la projection du film de Philippe Faucon, « la trahison » (2006)
une présentation de « Tébessa » et une lecture d’extraits par un comédien, à définir.
Un débat sur le thème animé par un intervenant, à définir.
Dédicaces, verre de l’amitié.

Des exemplaires de « Tébessa, 1956 » seront en vente sur place (avec la participation de « la librairie des Canuts »)

*77, grande rue de la Croix-Rousse

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la 3ème jouissance du Gros Robert - Episode 3

1222596065.jpgUn jour qu’il s’échinait à monter la Grande Côte, le Gros Robert n’en put plus. Il se vit finir là, pas loin de la place où ses parents avaient vu le jour. Ses pulsations oscillaient entre trop rapide et brusques chutes, son corps plus que son âme avait choisi d’arrêter là. Des passants s’inquiétèrent de son sort, il les rassura d’un geste, ne pouvant pas parler. Cette sollicitude le ramena à la vie. Il prit le temps de monter doucement les quelques marches qui menaient à l’esplanade. Les terrasses étaient sorties en ce début de printemps mais personne ne s’y risquait. Il s’assit seul à la première table, laissa choir son quintal sur le siège en plastique qui gémit. Il l’avait échappé belle, une fois de plus. Une jeune fille à l’allure soignée de bohémienne vint lui demander ce qu’il voulait boire. Il commanda un Coca, le cinquième de la journée, la vit faire volte-face sans un mot et interpréta son silence comme du mépris. Le jugeait-elle parce qu’il était gros ou bien parce que, en plus d’être gros il commandait du Coca ? C’était le quotidien de Robert : à ce moment-là : rien, dans sa vie, ne pouvait être vécu avec simplicité. Il pensa, en voyant la bohémienne lui ramener son Coca, qu’elle devait être débutante pour tenir à deux mains un plateau avec un seule bouteille dessus, qu’elle devait aussi être de celles qui établissaient a priori les personnes suffisamment bien pour elles. Sans savoir qu’il lui aurait apporté ce que sans doute elle ne soupçonnait pas, dont elle ignorait jusqu’à l’existence. Mais déjà elle n’était plus là. Il s’agaça de ce que sa bouteille ne fût que de 25 cl, au lieu des 33 récemment adoptés par les limonadiers de France, en versa le contenu dans un verre publicitaire orange. Il aimait la première gorgée du Coca extrait des bouteilles de verre, aux bulles plus resserrées que dans leur équivalent plastique, il les sentait investir sa gorge comme autrefois les paquets de poudre pétillante qu’on avalait dans la cour de récréation. Il tira son t-shirt sur son ventre, y passa discrètement la main comme pour s’assurer que ce qu’il buvait ne rajouterait rien à cette proéminence ; il avait le Coca honteux, Robert : comme pour les bonbons, il s’arrangeait pour que personne ne l’en voit boire.

Une très jeune fille, d’une dizaine d’années, le tira soudain de ses pensées. Ses grands yeux verts le fixaient, il lui sembla qu’elle le regardait au plus profond de lui-même ; sans le quitter des yeux, elle s’avança vers lui et demanda d’une voix assurée :
- Je peux boire un peu de ton Coca, Monsieur ?
- Si tu veux, répondit-il, en lui tendant son verre orange.
Elle le porta à ses lèvres, en but une demi gorgée. Robert croyait voir un tout petit oiseau se désaltérer.
- Merci, Monsieur, tu es gentil.
Elle avait dit ça avec un grand sourire, et une lumière intense dans ses yeux. Le verre orange était de nouveau sur la table, mais elle ne bougeait pas, le fixant toujours. Elle attendait peut-être qu’il lui parle ou elle n’attendait rien, elle était là.
- Lucía ! entendit-il appeler du coin de la rue Burdeau, sans que la petite daigne, pour autant, se détourner de lui. Robert vit arriver un bout de femme brune, aux cheveux tirés en arrière et noués en natte. Elle était vêtue d’un sarrau blanc, en lin, qu’elle portait sur un juste au corps noir. Robert se demanda si elle était la mère ou la grande soeur, tant la ressemblance était frappante. La femme prit sa fille – c’était sûr, maintenant, même des sœurs ne peuvent pas être aussi identiques ! – dans ses bras, se collant contre son dos : toutes deux debout, elles faisaient face à Robert et à son verre orange. Et lui souriaient.

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25.05.2008

Numérisé(s)!

Week-end plus que vintage puisqu'avec du matériel d'emprunt, j'ai entrepris de numériser quelques-unes de mes vieilles cassettes audio endormies dans le grenier: et me voilà replongé, avec délectation, dans "les jardins d'Ellington" de Aurélia Kreit, mon groupe fétiche, de "Anassaï" du premier concert du Voyage de Noz, au Vaisseau public,  le 10 février de... mille-neuf cent quatre-vingt sept! Mais aussi l'inénarrable concert des Kakous au 24h de l'INSA,  le premier - et dernier - disque de White pain et leurs "paroles absurdes"...

Plus sérieusement, j'ai pu sauver de l'oubli, également, les "je me souviens" énoncés, sur sa bicyclette, par Sami Frey; une intervention de Xavier Rockenstrockly sur "Jules & Jim"; la venue de Serge Doubrovsky, interviewé par Claude Burgelin, à l'Université Lyon II, en 1991... C'est vraiment quand on peut tout trouver qu'on se rend compte de ce qui nous manque, en fait.

Petit cadeau, la maquette du "Coeur en croix", de Aurélia Kreit. Si l'un des membres de ce groupe disparu venait à tomber sur mon blog, qu'il m'appelle, nous règlerons les droits en échange de la biographie que j'ai toujours voulu écrire de ce groupe absolument mythique! 

 podcast

22.05.2008

Qu'est-ce qu'on nous a laissé à nous?

J'te promets la lune

Je trouve la newsletter de Kent qui annonce la disparition de son manager et celle, tristement conjointe, de Jeff Bodart, que j'ai découvert au théâtre de la Croix-Rousse il y a quinze ans peut-être et dont j'apprends seulement quelle a été la vie. Ce mec-là était chaleureux sur scène, en plus de ça, il avait une chanson qui ne m'a jamais quitté, en mémoire, que je n'arrive pas (encore) à retrouver, qui disait simplement; "je te jure, ça vaut toutes les aventures, j'te promets la lune". De quoi se dire qu'il est allé retrouver celui de la ballade de Johnny et la lune... Ouais, ça fait quelque chose...

le mot de Kent :

312403227.jpg"Un con a dit un jour "un malheur n'arrive jamais seul". Depuis d'autres cons reprennent la maxime lorsque le hasard joue les salauds.
J'ai appris la disparition de Jeff, Jeff Bodart, sur le chemin du retour du cimetière Montmartre où nous venions de faire nos derniers adieux à Max Amphoux.
Jeff était dans le coma depuis plusieurs jours et sa survie relevait du miracle palliatif. Il avait été retrouvé inconscient, en bout de parcours frénétique, celui qu'il a toujours suivi sans ménagement aucun. On se demandait, on se demande encore, éberlué, comment il tenait le tempo tout en triples croches qu'il s'imposait 24 heures sur 24. La demi-mesure n'était pas de mise dans son existence. Il ne se voyait pas finir en papy ni même en papa. Il voulait goûter à tout, sans contrainte, à l'endroit et à l'envers. Il débordait d'enthousiasme pour les projets les plus fous. "La pêche, la pêche !" scandait-il rigolard pour nous faire avancer quand nous aspirions au hamac. Ses connaissances me laissaient pantois. Le savoir élémentaire et les derniers gossips, la géopolitique internationale et le plug-in du jour, il assimilait tout. Il était aussi le tonton de tous nos mômes. Il était l'ami qu'on rêve tous d'avoir. Et c'est peut-être ce rêve qui l'a tué. Il ne s'y est jamais soustrait, multipliant au paroxysme les liens autour de lui, de l'aube à l'aurore, usant, pour se faire, de tous les expédients calorifiques qui puissent se mettre en bouteilles. Toujours partant, toujours d'accord, même avec le danger.
La musique ne lui a jamais accordé la renommée qu'il souhaitait. Il en souffrait, sans nul doute, mais se gardait bien de l'étaler. Il arpentait les scènes en dératé, tellement désireux de donner du bon temps au public comme à ses proches. Son énergie communicatrice calcinait parfois de très belles chansons qui ne demandaient qu'à être écoutées. Mais c'était plus fort que lui, il avait l'empathie pyromane. Il y a longtemps, dans sa tête de gosse, son caractère passionnel s'est mis en auto-allumage. Derviche électrisé, il a éclairé, illuminé, réchauffé toutes les rencontres qu'il a faites jusqu'à se transformer en nova, jusqu'à l'effroi, le franchissement du point de non-retour.
Je me souviendrai toute ma vie de ce soir de janvier 2007 pluvieux et violent, aux alentours de la gare de Bruxelles Midi où j'ai vu Jeff pour la dernière fois. Non pas le pantin ivre qui m'a pris dans ses bras en riant, mais celui qui avait perdu le contrôle de son être et qui apparaissait en fulgurances douloureuses au fond de son regard perdu. Apparaissait, disparaissait, apparaissait, disparaissait, happé par une centrifugeuse dévastatrice. Je l'ai laissé là, mortifié et impuissant. Je ne pouvais tellement plus rien.
Je me souviendrai aussi et davantage de ce trublion qui a déboulé 20 ans plus tôt aux studios ICP où je démarrai un enregistrement. Il était fan de la première heure, on s'est serré la main chaleureusement. Le soir nous étions inséparables. Tavernes, baraques à frites, Mer du Nord, Prague, Edinburgh, Montréal, New York, la Croix-Rousse, l'an 2000... Toutes ces nuits blanches et belles, ces équipées ! Et puis ses casquettes et puis son chapeau.
Allez, les gars ! La pêche, la pêche !"




21.05.2008

Article "le Progrès", 21.05.2008

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18.05.2008

Métalinguistique d'une vie

Un extrait de l'adaptation, par Jacques Doillon, de la pièce de Nathalie Sarraute "Pour un oui ou pour un non", que j'ai découverte il y a plus de dix ans et qui, à mon sens, vaut toutes les explications du monde. Ce blog devient un autoportrait par petites touches... C'est bien, ça.



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