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31/10/2026

I nime no e Campari Soda.

IMG_7324.jpegOn ne sort jamais déçu d’un concert de Stephan Eicher. D’abord parce que -et c’était déjà le cas cet été, quand je l’ai vu jouer son Seul en scène au Théâtre d’O, à Montpellier – c’est le premier artiste qui m’a fait passer les quatre décennies à aller le voir en concert, depuis les Eclanova de Villeurbanne, en 1986, jour de la mort de Coluche et de l’obtention de mon Bac ; ensuite parce que son rapport à la musique est tellement viscéral et organique que quoi qu’il fasse, il fait entrer le spectateur dans son monde, dans sa music-room ou, comme ce soir, sur la belle scène du Radiant, qu’il a déjà occupée seul, avec tout un tas d’instruments. Principalement de ceux qui étaient des arbres, avant, dit-il, pas pour s’excuser d’en avoir abattu autant mais pour ramener l’époque où les métiers, la patience et l’application (dont le sens était il n’y a pas si longtemps contraire de celui d’aujourd’hui) donnaient ces résultats, aux mains d’orfèvres comme Tom Vanstiphout - qui passe d’une guitare Blues à une Martin en s’arrêtant, merveille des merveilles, sur une nylon à la tension élevée pour donner le flamenco qui réinvente des titres comme Rendez-vous, en tête – ou Martin Gallop qui, en plus de jouer de l’harmonica, de l’harmonium, du piano, de la guitare et tout un tas d’autres choses, est celui qui est venu de Berlin jusqu’en Suisse, chez Stephan, il y a deux ans, l’été, pour deux choses : prendre une douche et produire son album. La session rythmique – le jurassien Simon Gerber et  Tommy Baldu aux percussions-batterie -  est mortelle, on ne joue pas avec Eicher par hasard et les cinq – quatre casquettes et un gitan – sont alignés, joue l’intégralité du dernier album devant un décor de plaines et de vallées : à 67 ans, vu son parcours, il peut se payer ce plaisir de jouer tous les nouveaux morceaux, dans l’ordre, avec ceux qui les ont conçus en studio. Eicher s’amuse du sérieux avec lequel le public les reçoit, se caricature lui-même, c’est régulier, comme le chanteur de Déjeuner en paix, que tout le monde attend, d’après lui ; sauf moi qui ne l’aime pas, même si la version de ce soir, réorchestrée blues, était très bonne. Quand le rideau en fond de scène tombe, j’ai peur du pilotage automatique avec Pas d’ami comme toi et Combien de temps enchainés, devant un public déchainé qui tape des mains à contre-temps, mais ils reviennent à des morceaux plus difficiles, il y a un Campari Soda sur fond rouge, avec un bel hommage à son auteur, Dominique Grandjean, joliment annoncé comme ayant changé d'adresse galactique*,  un Prisonnière assis sans guitare, en voix suave, il y a eu les Filles du Limatquai, un Iceberg mussen nie wienen qu’on a toujours – et sans réussite – tenté de placer en cours d’allemand, plein d’autres, dont Rendez-vous, donc, ressuscitée d’entre les morts et superbement jouée, version puro. Il n’y a plus de rappel pour les groupes de cet âge, ils restent sur scène, terminent par un Hemmige dantesque, repris pendant que les roadies éclairent le fond, ramènent les flight-cases, commencent à ranger les instruments, les projecteurs etc. ça permet à tout le monde de venir saluer et à Eicher d’emmener toute cette petite bande à Annecy – sauf Martin Gallop qui les rejoindra…à vélo – et au spectateur de me dire que c’est la 2e fois en près de 20 concerts de lui que je n’aurai pas droit à Tu ne me dois rien que je tiens, toujours, pour la plus belle chanson ayant jamais été écrite. Je tiens trop à la liberté des artistes pour lui en vouloir ; mais j’ai une idée, muratienne : s’il ne veut plus qu’on le limite à Déjeuner en paix, qu’il ne la chante plus, pendant un moment. Je ne lui en voudrai pas. On verra ça au prochain concert. Avant quarante ans.

* en janvier 2026, à 81 ans.

23:47 Publié dans Blog | Lien permanent