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27/09/2026

Pendre les fantômes, Cortés!*

IMG_7206.jpeg-2.jpgUne seule incursion, cette année, aux Automn’Halles de Sète, le festival que j’ai présidé 5 ans durant, du fait de ma nouvelle vie (professionnelle), d’un rythme incompatible avec le grand entretien que j’y menais le jeudi et puis un peu, faut-il dire, de la volonté de laisser la nouvelle équipe faire ce qu’elle avait à faire. Ainsi, mais c’est indicible, de l’idée que j’avais invité absolument tous mes auteurs de prédilection, avec une trilogie Quignard-Jourde-Mauvignier que je ne suis pas prêt d’oublier. Mais quand on m’a demandé si je voulais bien faire une exception pour mon ami Christian Chavassieux, la rencontre se situant le dimanche matin (sic), je n’ai pas pu et je n’aurais pas voulu refuser. D’autant qu’il venait avec Cédric Fernandez, l’homme qui a dessiné pour lui le Cortés que les éditions Glénat leur avaient commandé. Un diptyque en BD pour réaliser un biopic – le mot est à la mode – d’un conquistador qu’on connaît peu, de ce côté-là du monde. Quand je l’ai dit à mon amie Hannah, qui connaît bien l’Amérique du Sud, elle m’a répondu, par mail : Quel Cortés ? Le criminel espagnol dépeint par le roman historique européen ? Le Cortés convoyeur de modernité ? C’est cette ambivalence et cette dualité, justement, que le duo Chavassieux/Fernandez aborde dans la part du récit qu’ils se sont octroyée ; Christian raconte qu’il s’est d’abord imprégnée de l’histoire du Conquistador, que les récits soient hagiographiques ou critiques ; qu’il a justement choisi l’axe de cette duplicité, laissant le lecteur s’imprégner d’un hidalgo du Roi venu chercher des richesses (nous devons connaître plutôt que soumettre) et qui trouve une civilisation déjà en feu, tenue, péniblement, par Moctezuma, son vrai pendant de l’histoire. C’est d’ailleurs un parallèle permanent que suit le récit, en associant Cortès avec Velasquez, avec les chefs des différentes ethnies aztèques (pour aller vite), avec Alvarado, son lieutenant, avec Malina, la Malinche, aussi. Celle qui lui donnera un fils, l’enfant d’un monde nouveau, un monde métissé. Qui reste au Mexique à la fois une mère symbolique et l’incarnation d’une trahison presqu’obligée. On parle, avec Cédric, de l’appropriation des personnages dans leurs traits, des représentations des paysages et des monuments, un travail colossal, auquel il faut rajouter les détails liés aux armadas, aux costumes, on est sur une quasi-décennie entre le début du projet et sa réalisation. Lui évoque, corporate, le travail du coloriste, les ambiances variées entre la couleur vive du pays lui-même, le pan sombre des scènes de nuit, de batailles, de fuite…

C’est un vrai travail de restitution, coller à la réalité pour mieux faire vivre une histoire déjà écrite, mais pas figée. Est-il possible qu’une autre histoire remplace la nôtre ? font-ils dire à Moctezuma, c’est la force de ce diptyque qui rend intelligent, à la lecture. Qu’il faut cesser, régulièrement, pour s’arrêter à la force du dessin (la forteresse de Quiahuitsam, les pyramides de Choluls…), à sa mise en page. Le binôme parle bien, de façon complémentaire, du diptyque, du Saint-Ex qu’il s’apprête à sortir en roman illustré (Cédric a déjà commis une tétralogie sur l’auteur, chez Glénat), on pourrait les écouter des heures et Christian semble avoir anticipé sur la prochaine rencontre, d’ailleurs : ça casse un peu l’équilibre de la parole nécessaire à un double entretien, mais personne ne peut reprocher son enthousiasme à un auteur, surtout à un auteur de ce genre. Je range ce soir mes deux albums dédicacés avec fierté, avec l’impression également, d’avoir participé à quelque chose de bien. Il en faut peu, parfois, pour se dire qu’on a passé une bonne journée.

Cortés, Glénat, 2022, 2024

* titre est emprunté à Noir Désir...

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