13/05/2012
Prix du Deuxième roman, Grignan 2012.
Comme je n'ai pas pu venir aujourd'hui pour la remise du prix, j'ai eu envie de vous adresser ces quelques mots.
Merci pour ce beau et singulier roman que vous nous avez offert. J'ai aimé la grande clarté et précision de votre langue pour exprimer toute la gravité de l'enfance. Est-on d'ailleurs encore dans l'enfance? Cela a été un des débats lors de la délibération. J'ai aimé cheminer avec vos personnages, éprouver avec eux combien la faiblesse, les fragilités, les failles du monde des adultes depuis longtemps pesaient sur eux, et les façonnaient.
Il m'a semblé, en lisant votre livre, qu'à la fois vous étiez dans une grande maîtrise (limpidité de la langue, pas d'effets, monologues secs et ciselés), mais qu'à la fois tout ceci, finalement, vous échappait. C'est ce qui m'a, à moi, beaucoup plu. Ecrire, n'est-ce pas aller là vers ce qu'on ignorait, et que seule l'écriture nous révèle?
Votre livre m'a laissé une empreinte forte, étrange, durable. De cela aussi, je vous remercie.
Je vous souhaite de continuer avec joie votre route d'écriture. Soyez tenace et perdez-vous un peu, sans trop vous égarer. J'espère que des fées, de temps à autre, se pencheront sur votre route, pour vous donner du courage, vous dire que vos mots ne sont pas vains, qu'ils nous emportent.
Laurence Tardieu
Cette lettre, lue publiquement lors de la remise du prix du Second roman, tout à l'heure, à Grignan. Au risque de décevoir, je n'en dirai pas plus, pas ce soir. Il faut que je digère l'émotion, réelle. Celle d'avoir été lu, écouté et - j'ose - apprécié. Grignan, tel que je l'imaginais, m'aura validé dans ma démarche. Là aussi, avec pugnacité, je reviendrai: la littérature, l'écriture, sont des sports de combat, bon sang de bonsoir!
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Grisant Grignan.
Belle première journée, ici, à Grignan, pour ces rencontres du IIème titre qui commencent, comme souvent, par quelques sourires intimidés et se terminent par une franche et réelle complicité. La première table ronde pour ouvrir ces rencontres porte sur le thème, local, du deuxième roman. Chacun des auteurs présents explique ce qui l'a fait passer d'un premier récit à la volonté d'en écrire un deuxième. Volonté ou nécessité, chacun y va de son credo. Denis Bruyant, qui anime la rencontre, interroge chacun des auteurs sur son rapport à l'écriture, ose la question de l'apport de chacun à LA littérature. Personne évidemment n'ose répondre. Chacun ici, quel que soit son rapport à la notoriété, suit son bonhomme de chemin, écrit et continue d'écrire. Les troisièmes romans sont en cours, le mien est déjà sorti mais personne ne le sait. On parle du corps de l'écriture, lié au plaisir pour les uns, à la contrainte pour les autres. De l'état de l'écrivain, de la culpabilité, parfois, qu'il éprouve à faire ce qu'il fait. Le vent se lève un peu, déjà, dans la cour du bailli et le pollen des acacias commence à irriter les gorges. Mais Denis Bruyant tient à nous interroger sur la cuisine interne: sur les plans que l'on a faits en amont, ou pas, sur les auteurs qui nous inspirent. Chacun exprime un pan de sa personnalité, toutes sont différentes, c'est le sel d'une sélection. Je lâche Céline, sans savoir que nous en reparlerons une bonne partie de la nuit... Isabelle Kaufmann, dont le père se récitait, dans les camps de concentration, des pans entiers de poésie, a des raisons de lui en vouloir. Mais l'essentiel, à Grignan, est plus léger et surtout ailleurs. Dans la lecture d'extraits des œuvres, et ce bout de Cache- cache qui fait taire, encore. Dans les deux premières tables rondes qui donnent plus envie, si c'est possible, de lire les auteurs, de les connaître davantage. J'ai lu les œuvres, j'hésite puis participe. J'entre dans le débat, je voudrais avoir assisté aux délibérations du jury, à ces empoignades et à cette élection, dévoilée demain. C'est Grignan, c'est majestueux et intime à la fois. Mes pensées s'évadent, souvent, et je me dis que, plus que jamais, je me dois à l'écriture. Au moins autant que mes camarades. Tatiana Arfel me dit qu'elle a des plans pour moi. Carole Martinez qu'elle sort de 200 rencontres depuis la parution du "Domaine des murmures". Je suis dedans et dehors à la fois. Mais pas hors champ. Écrivain en résidence, chez la Marquise. On fait pire, dans une vie.
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