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13.05.2008

La 3ème jouissance du Gros Robert - Episode 1

1196738656.jpg Au moment où "Tébessa, 19556" va proposer à ses lecteurs une promenade dans les rues de la Croix-Rousse des années 50, j'ai eu envie, également, d'offrir en feuilleton aux passants de ce blog les aventures d'un autre de mes personnages...

"LA 3ÈME JOUISSANCE DU GROS ROBERT
Une nouvelle de laurent cachard

A peine avait-il posé le pied sur l’esplanade du Montana que Robert sentit déjà qu’il allait lui échapper, ce premier tiers d’existence au cours duquel tout lui avait pourtant obéi. Le soir tombait sur cet espace qui n’avait plus guère de ressemblance avec ce qu’il avait connu, dans les années soixante-dix que la Croix-Rousse ne régurgitait plus que par le biais de cartes postales anciennes. Trente-cinq ans, déjà, Robert, dis donc. Et qu’est-ce que ça te fait, alors ? Pour échapper à cette question, il avait décidé qu’il ne verrait personne, ne décrocherait pas son téléphone de la journée ; il lui fallait aussi sortir de chez lui, au risque qu’on vînt l’y retrouver. Voilà quel serait son plaisir, à Robert, le jour de ses trente-cinq ans : n’exister pour personne d’autre que pour lui, celui qu’il est, celui qu’il a été, celui qu’il aurait pu être et celui qu’il n’a pas pu être.
Sur la place, il commanda un thé à la menthe. Des enfants semblaient recommencer la même partie de football que lui engageait avec ses copains d’école : un môme moins alerte mais visiblement mieux placé attira le premier son attention. Il enchaînait les buts là où ses camarades se perdaient en arabesques. Il se reconnut un instant dans cette façon de rester en retrait de l’action, mais il détourna la tête : rien ne devait le distraire de ce pour quoi il était venu, aujourd’hui, se poser là. Il lui sembla être tout entier dans le thé à la menthe que le serveur venait d’apporter : il ne se rendit pas compte que des gouttes d’eau s’écoulaient sur sa cuisse. Le garçon de café le ramena à lui, lui demandant s’il voulait qu’il l’essuie en même temps que la table. Robert le regarda un moment, lui trouva un air maladif mais refusa poliment, s’interdisant de faire plus cas de lui que du jeune footballeur. On n’est pas dans la Nausée, non plus, s’amusa-t-il. Un pignon de pin s’intercala dans sa dent creuse, il prit immédiatement la décision de ne plus jamais revoir son dentiste : peut-être, d’ailleurs, avait-il cessé d’exercer, depuis aussi que Robert avait quitté la ville ?
Il n’avait qu’à lever la tête et toute la ville de Lyon s’offrait à lui, des toits immédiats d’en-bas des Pentes, du dôme de l’Opéra aux tranchées transversales de l’autre côté du Rhône, là où la ville se dessine en axes paradigmatiques plutôt que syntagmatiques. Chacun son fleuve, chacun ses axes : les abscisses et les ordonnées ne le détermineraient plus, à compter d’aujourd’hui.(...) "

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Commentaires

Le Gros Robert, c'est bien lui qui avait le "coca honteux" ? J'ai beaucoup aimé cette nouvelle.

Ecrit par : Fred | 16.05.2008

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