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11.05.2008

Julien Girard

Julien GIRARD, 33 ans, auteur-compositeur-interprète, « en développement ».

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Il entrera dans la carrière

Julien Girard a fort à faire. Parce qu’il est un chanteur français de plus qui signe son premier album de ses nom et prénom complets, comme les Florent Marchet, Julien Baer, Bertrand Belin ou autres qui, après les Vincent Delerm et consorts, ont ouvert la voie à ce que des journalistes ont trouvé bon d’appeler la nouvelle scène française. Il n’en est rien, avec Julien Girard. L’homme connaît son Brel sur le bout des doigts, il lui a même, indirectement, consacré une chanson : «le trac », qu’il met en abyme savamment, Brel l’évacuait en vomissant juste avant d’entrer son scène ; il a même rencontré Serge Reggiani dans un train, l’a abordé en balbutiant. L’autre lui a répondu en bafouillant, mais il en a tiré une certitude : il écrirait ses chansons, qu’elles plaisent ou pas, qu’elles soient entendues ou non. L’adulescent à l’allure – cultivée - d’escogriffe affronte donc son public à l'aide sa seule guitare, lui confesse une angoisse aux allures de chleuasme; en rhétorique, ça consiste à confier quelque chose à quelqu'un en espérant qu'il nous convainque du contraire. Du coup, c'est le public, charmé, qui en redemande: l'album - son premier - "Branle-bas de panique", journal de bord d'un homme entre deux âges et entre deux états d'être, mi-Peter Pan mi-Julio Iglesias (qu'il imite dans "Debout": "alors je m'imagine que quelque part il y a une île ou un pays ou les feignants sont servis comme des rois par des femmes métisses qui montreraient leurs cuisses et chanteraient pour moi des chansons d'autrefois"), chroniques un poil déséquilibrées entre souvenirs d'enfance ("Rahan"), d'armée ("300 marins") et métaphysique appliquée ("Où me guideront mes pas") à la chanson, dans ce qu'elle a d'exactement rythmique et récurrent. Sur scène, donc, accompagné d'un contrebassiste comme l'étaient, à leurs débuts, Ferré, Brel ou Brassens dont il épouse le rythme syncopé, le voilà qui pose son regard clair et rieur, son sourire moqueur ou l'intégralité de son estomac sur les petits riens censés faire une vie: la vue d'un sein dérobée par la vitre du métro aérien, trois années de sa vie passées à Londres, la lecture des magazines féminins... Un de ces chanteurs qu'on trouve "rigolo" jusqu'à ce qu'on se rende compte, en l'écoutant, qu'il dit mieux qu'on l'aurait fait ces riens qui font tout: à ce titre, on lui reprocherait le manque d'unité de ce premier album s'il n'était, justement, le premier. "Coin de verdure", par exemple, nonobstant sa chute, ne tient pas la route par rapport à "Londres", par rapport à ce qu'il y met: la texture de voix, le vibrato, qui tient parfois du Forestier, sollicite plus qu'on l'eût cru, initialement. Qui peut dire "Manger du pudding at Christmas" sur un mode nostalgique et y parvenir est forcément digne d'attention... Ce qui fait le fort de Julien Girard révèle donc ses faiblesses, qu'il gomme sur scène par sa présence, sa spontanéité et la capacité qu'il a de saisir son public. Il faudra juste qu'il s'en sépare, de ces chansons qu'il a sans doute portées longtemps mais qui ne lui siéent plus. Qu'ils les lâchent, les effets un peu faciles qu'il a trouvés dans les textes alors qu'il n'a plus besoin de se demander si on va l'écouter ou non. Qu'il les remise au domaine privé, ses imitations talentueuses qui lui font, parfois, s'éloigner de sa voix propre... S'il veut faire rire, il lui suffit, de toute manière, de rester, puisqu'il y est bien, aux frontières de l'ironie et du cynisme: ses portraits de "Roger Moore de banlieue" sont annonciateurs de ce qu'il ne veut pas devenir, ça ne signifie en rien qu'il ne le deviendra pas! Pour éviter ça, puisque chacun règle son pas sur les pas de son double idéal, il lui faudra passer l'écueil du chanteur drôle et de ses - excellents et obnubilants par ailleurs - "vilains petits cadeaux", glisser, petit à petit, vers des sujets plus graves, puis les contrecarrer par une belle chanson lestée de François Valéry, Claude Barzotti et Jean-Pierre François, ses vraies idoles (sic). Comme un pet dans la salle d'attente du médecin, puisqu'il y a du pétomane chez Julien Girard. Il pourrait le faire à la Vian, dont "Au pays doux" emprunte à "À tous les enfants", sans le savoir, un thème qu'il peine à s'approprier sérieusement.

Il reste beaucoup de travail à Julien Girard, alors. Le même qu'il reste à quiconque pour devenir ce qu'il est. Après, la finalité des chansons qu'il va écrire ou qu'il a, depuis "Branle-bas de panique", déjà écrites, n'appartient qu'à lui. On peut chercher à être absolument identifié comme chanteur, on peut aussi se risquer à l'éclectisme, qui paraît, deprime abord, mieux convenir à l'individu. Qui donne un peu de lui dans une chanson, qui s'en moque dans une deuxième: la complaisance, l'écriture de la douleur, ce n'est pas le genre de la maison. L'avantage, peut-être, d'être de plusieurs endroits, de Paris, du Lyonnais, du Berry, de là où on l'accueille parce que ses pas l'y auront conduit. En première partie de Bénabar devant 10000 personnes ou à St Georges-sur-Moulon juste avant Romain Didier. Tiens, et si elle était là, la vie prochaine de Julien Girard chanteur? Entre celui qui a percé parce qu'il sait justement et drôlement mettre à mal l'absurde de nos quotidiens et celui qui a duré parce qu'il l'a fait avec un petit peu plus d'exigence et moins de « recettes »? « Sous entendre plutôt que dire » ? Il doit savoir, lui qui "tient" Bourvil à la perfection - mais il n'imite, c’est bon à savoir, que les gens qu'il aime et qu'il sait regarder - que les plus drôles sont ceux qui savent émouvoir. Que "le petit bal perdu" ou "la petit chanson" pourraient parfaitement intégrer son
répertoire... Quand il remercie les spectateurs pour leur gentillesse et leur attention, on sent que Julien Girard profite d'être là. D’ailleurs, il n’aime pas les rappels, voudrait pouvoir tout donner d’un bloc, sortir de scène en laissant le spectateur rassasié, repus du plaisir qu’il lui a transmis. Peut-être lui faudra-t-il expérimenter, comme d’autres avant lui, le rappel sur scène, avec le même succès que quand il demande au public d’acclamer sa chanson comme s’il s’agissait d’un méga-tube. L’auto-dérision, une arme qui devrait lui permettre de voir venir. Quoi ? Le succès, le deuxième album, la suite de sa carrière… En attendant, on voudrait pouvoir convaincre le plus grand nombre que s’il est là sur scène, c'est que c’est véritablement sa place. Et que la nôtre est toute trouvée, également : là, à l’écouter, juste en face de lui. LC


Photo : Jean Frémiot (tous droits réservés)

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